Après Le Siffleur et La Claque, la nouvelle création musicale de Fred Radix réjouit le public de la Gaîté Montparnasse en rendant hommage aux ouvreurs.
« Projectionniste aux ouvreuses, séance dans cinq minutes ! », prévient une voix off tandis qu’un ouvreur à l’air benêt, Barnabé (Simon Parmentier), nous offre des friandises. Serti d’ampoules jaunes, l’écran installé sur le plateau de la Gaîté Montparnasse annonce la projection d’un obscur film austro-hongrois des années 1920. Un petit sac en bandoulière, les placeuses, Anita, 18 ans (Éléonore Duizabo formée à la Maîtrise de Paris) et Marie-Jo son aînée (Patricia Samuel repérée dans Ménopause le musical d’Alex Goude) accueillent les spectateurs, dont des enfants (à partir de 8 ans).
On assiste à la diffusion des premières images du film, mais tout à coup un problème électrique interrompt la séance. Amédée, père d’Anita et projectionniste (Guillaume Destrem), va vérifier les plombs et demande au pompier Pin-pon de l’aider. On ne verra jamais ce dernier. De leurs côtés, les deux ouvreuses tentent de distraire la salle.
Après Le Siffleur, conférence burlesque et documentée sur la pratique du sifflet (actuellement en tournée) et La Claque qui raconte l’histoire d’un « chef d’orchestre d’applaudissements » (à l’affiche dans le même théâtre), Fred Radix reparle des coulisses avec Et n’oubliez pas la pièce. Passionné et cultivé, le génial auteur, acteur, compositeur et metteur en scène entrecroise les trajectoires de ses personnages qui se dévoilent peu à peu.
Apprentie comédienne à l’instar de Barnabé, Anita rêve d’un premier rôle. Marie-Jo est une gloire déchue qui n’a pas tout à fait renoncé à se produire de nouveau sur scène. Elle attend qu’Amédée lui déclare son amour, mais celui-ci estime que sa fille est trop « jeune » pour affronter une telle nouvelle. Tous jouent, dansent et poussent joliment la chansonnette avec la complicité du public qui n’attend que ça.
Ancien étudiant en arts plastiques, Fred Radix est sans aucun doute nostalgique. Nous sommes revenus en 1978, dans la fraîcheur d’un soir de décembre à l’époque des ciné-clubs. Les costumes (Lucas Le Jallé), le décor (Néon) et les accessoires ; radio cassettes, lampes de poche équipées de piles plates et autres sacs Mammouth font oublier la morosité de notre société.
L’auteur qui mène sa troupe d’une main experte fait l’éloge de l’amitié, de la solidarité, du bonheur d’exister enfin. Ah, le bon temps des veillées à la lueur des bougies quand il y avait des pannes d’électricité ! L’obscurité est propice aux confidences, nous sommes tout ouïe d’autant que les protagonistes ne manquent pas de nous interpeller. Un spectacle qui met en joie et apporte une légèreté bienvenue.
Jusqu’au 19 mai et à partir du 21 septembre à la Gaîté Montparnasse (Paris 14e).