Dérider les ambiances guindées avec une blague de potache, rire de la morale: le cinéaste français à succès Jean-Marie Poiré continue d’appliquer sa recette favorite dans la peinture, à Bruxelles, où une galerie expose jusqu’à la fin juin une quinzaine de ses œuvres.
A 80 ans, le réalisateur du « Père Noël est une ordure » (1982) et des « Visiteurs » (1993), cinquième plus grand succès du box-office français, vit une sorte de seconde vie en Belgique, où il est installé depuis une quinzaine d’années et dont il a acquis la nationalité.
Lors d’une rencontre avec l’AFP, l’octogénaire volubile le revendique: il ne se prend pas au sérieux.
Ses élans créatifs? Ils sont « sans codes, sans messages ».
« Dans mes films je n’en ai jamais eu et je n’en ai pas plus en peinture. Le message ça me gave! Je cherche à m’amuser ».
« J’ai commencé la peinture comme une formule anti-stress, j’attendais la réponse pour +Les Visiteurs 3+, je ne savais pas si on allait faire le film », raconte le cinéaste, une casquette de football américain sur la tête.
Lui-même fils d’un ancien grand nom du métier à Paris — le producteur Alain Poiré — Jean-Marie Poiré a des relations complexes avec les producteurs.
Mais cette fois-là le doute sera levé. Le projet aboutit, le 3e volet de la trilogie (2016) sort sur les écrans… Avec à nouveau en vedette son compagnon de rigolade préféré, Christian Clavier, coscénariste et qui incarne cet écuyer du Moyen-Age en haillons lâchant ses irrépressibles « okay ! ».
Dans une allusion à la machine à cash que furent « Les Visiteurs », Jean-Marie Poiré érige l’interjection de Jacquouille en réplique cultissime. « C’est ma préférée, c’est grâce à +okay+ que je peux faire de la peinture à fonds perdus », lâche-t-il en éclatant de rire, devant une armoire vitrée remplie de tubes de toutes les couleurs.
– « Un nom effroyable » –
Son exposition se tient dans une galerie de la commune bruxelloise d’Uccle, où il guide aussi les journalistes ce jour-là, à quelques centaines de mètres de son domicile.
Elle montre une quinzaine de tableaux aux couleurs éclatantes, façon pop-art, dans lesquels des visages du cinéma du siècle passé (l’italienne Sophia Loren, l’américaine Gene Tierney, etc.) côtoient la Madone ou d’autres figures religieuses. Les collages, d’abord travaillés sur ordinateur, mélangent volontairement époques et ambiances.
La nudité, surtout celle des femmes, est bien présente. Toujours à moitié sérieux, Poiré se dit très marqué depuis son enfance par la sensualité qui se donne à voir dans les églises, « tous ces anges nus, la femme qui donne le sein ».
« Je suis né dans la religion catholique. Ma mère était croyante, ma grand-mère carrément bigote, elle allait à la messe tous les jours », raconte-t-il. « Je me suis farci énormément de spectacles religieux, cette permissivité m’a fasciné ».
L’exposition « Juxtaposed emotions », ouverte jusqu’à fin juin, est signé Jim Jazz.
Encore un pseudonyme après celui de Martin Dune, sous lequel il a goûté à la vie de chanteur de rock dans les années 1970, voyageant jusqu’aux Etats-Unis.
« Jean-Marie Poiré c’est un nom effroyable, on ne sait même pas le prononcer en anglais ».
publié le 14 mai à 13h53, AFP
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