À Avignon, le Musée Angladon accumule de lourdes pertes depuis plusieurs années. Pour survivre, il envisage aujourd’hui la possibilité de vendre son œuvre majeure, les « Wagons de chemin de fer à Arles » peint par Vincent Van Gogh. En espérant que des aides extérieures lui permettent de l’éviter.

L’actu des régions

Chaque jour, un tour d’horizon des principales infos de toutes les régions.

France Télévisions utilise votre adresse e-mail afin de vous envoyer la newsletter « L’actu des régions ». Vous pouvez vous désinscrire à tout moment via le lien en bas de cette newsletter. Notre politique de confidentialité

Dans les salles d’exposition installées dans cet hôtel particulier du XVIIIème siècle ,niché au cœur de la cité des Papes, s’entrechoquent les noms des plus grands artistes impressionnistes. Accrochées au mur, des toiles majeures de Degas, de Cézanne, de Picasso, de Manet. Également un Modigliani, et plusieurs sculptures de Derain.

Amadeo Modigliani - La blouse rose. 1919

Amadeo Modigliani – La blouse rose. 1919

© Musée Angladon

Jusqu’à la « masterpiece », tableau multicolore signé de Vincent Van Gogh, les « Wagons de chemin de fer à Arles » peint en Camargue en 1888.

Un chef-d’œuvre qui attire chaque année vingt mille visiteurs dans les locaux de la Fondation Angladon. Mais qui est peut-être en sursis : confronté à un déficit accumulé depuis une dizaine d’années, le musée étudie aujourd’hui la possibilité de s’en séparer afin d’assainir ses finances.

« La collection rassemblée par Jacques Doucet est exceptionnelle » confirme Alexandra Siffredi, la médiatrice culturelle de la Fondation Angladon. Précurseur dans le domaine de la haute couture française, ce Parisien amateur d’art averti a accumulé des centaines de tableaux et objets créés par les artistes qui étaient ses contemporains, à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.

Jacques Doucet

Jacques Doucet

© Musée Angladon / Frédéric Roche / FTV

En 1993, ses héritiers Jean et Paulette Angladon-Dubrujeaud, artistes vivant à Avignon sans descendance, offrent certaines œuvres à des musées comme le Louvre. Mais ils créent également une fondation, chargée d’exposer l’essentiel de la collection Doucet dans leur propre maison avignonnaise reconvertie en musée d’art privé.

Inauguré en 1996, le Musée est aujourd’hui en grande difficulté reconnaît le président de la Fondation. « L’établissement rencontre un déficit d’exploitation d’environ 400 000 euros par an, qui s’accumulent depuis plusieurs années » explique Philippe Lechat.

Edgar Degas - Deux danseuses. Vers 1880/1885

Edgar Degas – Deux danseuses. Vers 1880/1885

© Musée Angladon

À huit euros le ticket d’entrée, la billetterie est loin de couvrir les charges qui se sont alourdies ces dernières années. En plus de la dizaine de salariés chargés de la sécurité et l’animation du lieu, « l’entretien du bâtiment ancien nous coûte pas mal d’argent » détaille le président. Une équation devenue intenable. « Si on ne fait rien, la Fondation risque d’être obligée de fermer le musée faute de ressources d’ici 4 ou 5 ans » alerte Philippe Lechat.

Si on ne fait rien, la Fondation risque d’être obligée de fermer le musée d’ici 4 ou 5 ans

Philippe Lechat, président Fondation Angladon

à France 3 Provence-Alpes

Pour éviter le pire, la Fondation Angladon fait feu de tout bois. Elle a pris contact avec la nouvelle équipe municipale d’Avignon, espérant une subvention publique qui l’accompagnerait dans son projet de développement. Le Musée d’Orsay, à Paris, a également été sollicité, afin de multiplier l’échange de tableaux entre les deux lieux d’exposition. « De nouvelles œuvres d’Orsay mises en dépôt ici nous permettraient d’accroître la billetterie et la fréquentation » estime Philippe Lechat.

L'entrée du Musée Angladon à Avignon

L’entrée du Musée Angladon à Avignon

© Musée Angladon

Aux côtés de la Direction des affaires culturelles PACA, la Fondation Angladon travaille aussi à développer un réseau avec d’autres musées régionaux, et à améliorer le fonctionnement interne. Et s’apprête enfin à revoir la tarification et la boutique du musée.

Mais au vu du montant du déficit, les efforts annoncés pourraient ne pas suffire. « Pour ne pas nous trouver dans une impasse dans cinq ans, nous devons prévoir la possibilité d’une vente » explique Philippe Lechat.

La Fondation s’apprête donc à solliciter en justice une modification des clauses du legs de la collection, afin de rendre possible la cession d’un ou plusieurs tableaux. Et au sein de l’équipe, les regards se tournent déjà vers le Van Gogh.

Vincent Van Gogh - Wagons de chemin de fer à Arles. 1888

Vincent Van Gogh – Wagons de chemin de fer à Arles. 1888

© Musée Angladon

« Plutôt que la moitié de la collection, nous préférerions vendre un seul tableau » se projette le président. Et donc le plus important : les « Wagons de chemin de fer à Arles« , qu’une récente estimation a évalué entre quinze et vingt millions d’euros.

Notre Van Gogh est estimé entre 15 et 20 millions d’euros

Philippe Lechat, président Fondation Angladon

à France 3 Provence-Alpes

« La vente de cette toile nous permettrait de garantir à la fois la pérennité du musée voulu par le testament du couple Angladon, et aussi son développement » estime Philippe Lechat, qui se verrait bien relancer de nouvelles acquisitions.

Tout en précisant : « nous souhaitons vivement ne pas en arriver là ». Pour la Fondation, les mois à venir seront décisifs.