Sa peinture fait penser à celle de Peter Doig, les deux artistes revenant en particulier sur les terres de leurs ancêtres dans les Caraïbes, à Trinidad (Peter Doig, né à Edimbourg en 1959 et qui vit actuellement entre Trinidad, Londres et New York). Tous deux expérimentent la peinture, les couleurs, les chromatismes subtils et intenses, pour nous communiquer une humeur, une émotion, un sentiment. Ils ont les mêmes couleurs saturées, le cloisonnement des formes. Trinidad est leur Tahiti, leur ailleurs, la « terre étrangère », un lieu que la pollution contemporaine n’aurait pas encore (trop) atteint.

Peter Doig dans la foulée de Gauguin

La peinture de Hurvin Anderson se base souvent sur des photographies de son enfance (la piscine municipale, les enfants regardant un ballon de football tombé dans l’eau). Dans ses œuvres, le décor se transforme peu à peu en mirage tropical, un lieu glissant sur un autre, donnant une forme visuelle au déplacement de la mémoire et à la relecture du passé.

Hurvin Anderson Artists Portrait, 2026.Hurvin Anderson Artists Portrait, 2026.Hurvin Anderson Artists Portrait, 2026. ©Photo Tate Photography (Lucy Green)

L’œuvre la plus ancienne, de 1995, est un double portrait de sa sœur, qui apparaît à la fois comme une femme et comme une jeune fille. Hollywood Boulevard de 1997 est une image d’Anderson enfant debout à côté de son père. Dans ces compositions, Anderson joue avec le temps, confondant passé et présent. Une photographie ancienne qu’il a prise de ses amis regardant un match de football à Birmingham, est transformée en un lieu tropical en superposant un lieu à un autre.

Barber shops

À travers des paysages et des intérieurs baignés de couleurs, l’œuvre d’Anderson fait la navette entre le Royaume-Uni et les Caraïbes, reflétant ses expériences d’appartenance et de diaspora, évoquant un sentiment, comme il le dit lui-même, « d’être à un endroit tout en pensant à un autre ».

Il explore la diaspora, la mémoire et l’identité caribéenne entre autres avec ses séries des coiffeurs (barber shops) faisant référence à une période des années 1950 et 1960 où les immigrants caribéens créaient des salons de coiffure improvisés dans leurs maisons, qui servaient de lieux de rassemblement social et d’activité économique. Le grand peintre afro-américain Kerry James Marshall a lui aussi documenté dans ses peintures ces salons de coiffure.

Hurvin Anderson  : Limestone Wall. 2020 (c) Hurvin Anderson.Hurvin Anderson  : Limestone Wall. 2020 (c) Hurvin Anderson.Hurvin Anderson: Limestone Wall. 2020 ©Courtesy the artist and Thomas Dane Gallery. Photo Richard Ivey.

Comme chez Doig, on trouve surtout les très beaux paysages luxuriants, les plages, les habitants au milieu des palmiers dans une peinture mêlant abstraction et figuration, passé et présent pour évoquer cette expérience « d’être ailleurs ».

Bacon, Freud, peindre l’humain dans sa chair

Ses paysages sont parfois filtrés par des grillages. C’est le fruit de sa visite à Trinidad en 2002, quand il a ressenti un sentiment de déracinement, se sentant souvent à la fois comme un initié et un étranger. La Tate Britain montre d’œuvres de vues à travers une grille de sécurité rouge, observée lors de ce voyage.

Hurvin Anderson at Tate Britain Installation View.Hurvin Anderson at Tate Britain Installation View.Hurvin Anderson at Tate Britain Installation View. ©Photo Tate Photography (Larina Annora Fernandes)

L’utilisation de clôtures par l’artiste vise à distancer le spectateur, créant une séparation physique et émotionnelle. Il a fait de même avec les terrains de sport qu’il peint et qui deviennent des images saturées de couleur mais traversées par la tension sociale et raciale. Le visiteur se sent exclu de ces lieux, comme peuvent l’être les habitants.

L’exposition confirme la place d’Anderson comme l’un des plus importants peintres contemporains au Royaume-Uni, à la croisée des traditions du paysage britannique et des héritages caribéens. Un peintre qui réinterroge les grands thèmes de l’histoire de l’art : la nature morte, le paysage, le portrait.

Hurvin Anderson, Tate Britain, jusqu’au 23 août