En 1949, Thomas Mann, lauréat du prix Nobel de littérature, retourne pour la première fois en Allemagne depuis la fin de la guerre, accompagné de sa fille Erika, actrice, écrivain et pilote de rallye. Voyage dans un pays meurtri et scindé au sein d’une famille accablée par le deuil et l’amour qui ne se dit pas
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La critique de Paris Match (4/5)
Il y a tellement plus de cinéma dans les soixante-quinze toutes petites minutes de « Fatherland » que dans les dizaines d’heures de cinéma projetées depuis deux jours sur la Croisette que le film de Pawel Pawlikowski doit être jugé à l’aune de sa forme. Voici un récit d’une infinie précision, un cinéma qui réussit le pari d’une extrême rigueur, d’une emphase romanesque et même de quelques répliques façon humour au vitriol. Et puis cet art du cadre que le cinéaste polonais manie comme personne, faisant de chacune de ses images, pensées et ajustées, dans un noir et blanc aussi magnifique que glaçant, un personnage à part entière du récit ».
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Tous ceux qui avaient déjà vu « Ida » et « Cold War » ne seront pas surpris. Rien de nouveau sous le soleil Pawlikowski, toujours aussi aveuglant d’intelligence. Ce récit du retour de Thomas Mann, l’enfant prodige, dans son Allemagne post-guerre, déchirée et déjà scindée, lui permet une nouvelle fois de s’interroger sur le Heimat : le nid, les racines, l’appartenance. Celles à un pays (Mann a fui pour les États-Unis, d’où cette réplique coupante, « comment choisir entre Mickey et Staline »), celle aussi d’une famille qui s’aime sans jamais se le dire, quitte à vivre le deuil dans l’économie d’émotion. Et crier quand la douleur est trop lourde. Face à un Mann incapable de sentiments (le monolithique Hanns Zischler), Sandra Hüller compose par petites touches, dans un crescendo émotionnel, une Erika stoïque mais à l’âme bouillante. À l’image d’un film dont la beauté formelle semble exploser de l’intérieur. Implacablement. L’expression est certes galvaudée mais permettez-la quand même : voilà du grand cinéma.
De Pawel Pawlikowski
Avec Hanns Zischler, Sandra Hüller