Publié le 14/05/2026 23:07

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L’Eurovision, temple de la chanson, est aussi le spectacle le plus politique du monde. Avec chaque année, son lot de tensions et de polémiques. Cette année, l’Espagne, l’Irlande, la Slovénie et les Pays-Bas et l’Islande ont décidé de boycotter le concours en raison de la présence d’Israël.

Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.

C’est l’un des favoris de la compétition : le candidat franco-israélien Noam Bettan. Pourtant, malgré lui, il est au cœur d’une polémique, le boycott d’ampleur de l’Eurovision. Cinq pays, dont l’Espagne, ont refusé de venir à Vienne (Autriche), et trois ne diffuseront pas le concours, du jamais-vu. Tous veulent protester contre la présence d’Israël, accusée depuis 2023 de dévaster Gaza.

À Vienne, depuis quelques jours, des manifestants ont essayé de perturber la demi-finale. D’autres ont déployé des cercueils symboliques d’enfants palestiniens dans les rues du centre-ville. Pour Israël, ce concours est un enjeu majeur d’image. Selon le New York Times, depuis deux ans, le pays mène une campagne intense pour ses candidats. Des centaines de milliers de dollars auraient ainsi été investis. Même le Premier ministre, Benjamin Netanyahou, a encouragé ses citoyens de la diaspora à voter massivement pour la candidate de l’an passé. « D’autres pays ont fait campagne comme Israël. Malte l’an passé, l’Azerbaïdjan l’a fait. Je pense que chaque pays devrait y penser », commente Yaniv Dornbush, journaliste israélien chez « Walla » et spécialiste de l’Eurovision.

Depuis sa création en 1956, le concours de chant a souvent été une tribune politique. L’Autriche refuse de se rendre à l’Eurovision à Madrid en 1969, pour protester contre la dictature de Franco. Six ans plus tard, la Grèce annule sa participation en Suède pour s’opposer à la présence de son ennemi turc, qui vient d’envahir Chypre. Sur scène, les artistes aussi font passer des messages. En 2009, un an après la guerre avec la Russie, un groupe géorgien chante en sélection : « We don’t want to put in », un jeu de mots explicite en anglais : « Nous ne voulons pas de Poutine ». La chanson, jugée trop politique, sera retirée du concours. Mais en 2022, après l’invasion de l’Ukraine, la Russie est exclue.

Pour espérer l’emporter, certains pays jouent aussi la logique de bloc : des pays voisins qui partagent la même langue ou la même culture, et dont les votes ne prennent pas toujours en compte la seule performance artistique.

Ainsi, Chypre, les trois dernières années, a placé la Grèce trois fois dans le top 5.` »Et c’est une chose qui m’a toujours beaucoup amusé, évidemment. Parce que je prévois toujours, je dis : vous allez voir, la Grèce va voter pour Chypre, et puis Chypre va voter pour la Grèce. Les pays scandinaves ont aussi une vocation à voter entre eux. La politique est partout », observe Stéphane Bern, commentateur Eurovision pour France Télévisions

Conséquence : face aux polémiques, l’Eurovision a adopté de nouvelles règles. Les téléspectateurs ne pourront plus voter que dix fois, contre 20 auparavant, et les gouvernements et diffuseurs ne pourront plus faire de campagnes de promotion intensive pour influencer les votes.