Le choix du sapin de Douglas
L’expérience commence par le type de bois retenu : « du Douglas dans tout l’ensemble, y compris les murs, les sols et les menuiseries ». Cette essence à croissance rapide, de grande qualité, s’adapte à différentes conditions climatiques. Benni Allan explique que le projet a permis d’étudier « comment utiliser des matériaux économiques de manière à les faire durer ». Ce choix vise aussi à évaluer les procédés de pose, les finitions et le comportement du matériau dans le temps. À ce système s’ajoutent des éléments de récupération, comme un parquet en acajou provenant d’un ancien projet du studio, intégré ici comme une strate supplémentaire dans un ensemble qui accepte les superpositions et les ajustements.
L’organisation spatiale s’articule autour d’une grande pièce réunissant cuisine et salon. La cuisine disparaît visuellement derrière une façade continue d’armoires en bois qui occupe tout un mur. Ce volume résout la question du rangement, agit comme une véritable infrastructure domestique — capable d’intégrer aussi bien les appareils électroménagers que les systèmes audio — et corrige également la géométrie irrégulière du bâtiment d’origine, en absorbant un angle complexe pour le transformer en surface utile.

Haut-parleur conçu en collaboration avec Friendly Pressure et Our Department, en sapin de Douglas, placé sur une structure métallique incorporant une étagère. En arrière-plan, la fenêtre secondaire apporte une lumière latérale. C’est le seul mur qui n’est pas habillé de bois.
© Felix Speller
L’appartement de Benni Allan avait un mur incliné qui a été laissé nu mais peint en blanc pour ressortir parmi tout le bois, et qui absorbe un angle complexe du bâtiment d’origine. Comme il s’agit d’une maison à mi-chemin entre l’habitation et le showroom, voire l’atelier, les objets créés par l’architecte et le designer se retrouvent dans tous les coins.
Le salon est une scène délibérément composée, dont l’agencement rappelle un dispositif d’exposition. Les pièces — une table basse à la géométrie affirmée, des enceintes en bois suspendues et de petits objets métalliques — se déploient sur un sol continu aux veines apparentes. Il n’y a pas de hiérarchie évidente entre mobilier, architecture et objets : tout semble appartenir à un même système matériel.
Une lumière empruntée
Toutes les pièces sont reliées entre elles. Depuis la chambre principale, on rejoint l’espace de vie par une porte coulissante pleine hauteur, qui laisse circuler la lumière entre les deux espaces. Cette « lumière empruntée », selon les mots de l’architecte, évite le recours à des cloisonnements plus rigides et maintient une continuité d’ambiance, renforcée par l’utilisation du même matériau sur l’ensemble des surfaces. Le lit, placé face à une grande baie vitrée habillée de rideaux légers, s’inscrit dans cette même séquence.
Près du couloir, un bureau fait office d’atelier, avec des panneaux appuyés contre le mur, des outils, des livres et des échantillons de matériaux. C’est un espace de travail, directement lié à la logique du projet. On y trouve des pièces écartées d’autres réalisations qui, selon Benni Allan, « sont sur le point de devenir de nouvelles expériences ». Dans la salle de bains, la présence du métal s’intensifie à travers des éléments comme le lavabo cylindrique ou les toilettes suspendues, créant un contraste tactile avec l’omniprésence du bois.