Le carton rouge de Benjamin Maréchal : « Ces 47 femmes dérangent »

Depuis des mois un groupe de femmes tente de trouver sa place au carnaval. Face à la violence, les « colombines » ont dû renoncer à une partie des soumonces. Mais dimanche, elles seront bien là, en costume de fantaisie.

femmes.png

Image auteur par défaut

Par Benjamin Marechal
Publié le 13/02/2026 à 17:30

Vu d’ailleurs, cela peut paraître désuet. Mais vu de Binche, c’est un combat pour l’histoire. Il fut un temps ou les femmes se battaient pour voter. À Binche, les femmes se battent pour… danser. Surréaliste. Pour ne pas dire choquant.

Bénédicte, Joëlle et Pauline nous racontent l’histoire des Colombines, un groupe de fantaisies, composé exclusivement de femmes. Ces femmes sont des « pionnières ». Elles clament haut et fort qu’elles ne veulent pas être Gilles, qu’elles veulent juste une place.

Nous avons fait le choix de regrouper leurs réponses. Elles parlent de toute façon d’une même voix malgré leur différence d’âge.

Vous avez participé aux soumonces du 18 janvier mais pas à celle du 1er février. Il y a eu un problème ?

Disons que les opinions ont commencé à s’exprimer. Avec l’alcool, des actes de violences peuvent advenir. Du coup on a voulu apaiser les choses et on a renoncé.

Vous vous êtes fait hara-kiri vous-même en quelque sorte en renonçant à cette sortie festive ?

On comprend les situations mais notre tolérance s’arrête à la violence.

Après la sortie de janvier, il paraît que c’est même une femme qui a allumé le feu sur les réseaux. Elles ne vous suivent pas toutes ?

Toutes les femmes ne sont évidemment pas d’accord. Certaines femmes de Gilles ont peur. C’est vrai.

Combien de fois on vous a traité de féministe ou sale féministe ?

Je n’aime pas qu’on lie les mots « accuser » et « féminisme ». Le féminisme n’est pas une insulte. De toute façon, on n’est pas dans une démarche militante, c’est juste pour faire la fête.

Bénédicte, c’est un homme, un de vos neveux, en 2024 qui a lancé le sujet de la place des femmes cantonnées jusqu’ici au soutien des Gilles.

On débriefait nos 15 jours de carnaval à table et il a dit effectivement que son folklore ne correspondait plus à ses valeurs de vie. À 24 ans on est dans une relation de couple ou l’égalité est le quotidien. Il ne supportait plus l’exclusion de ses cousines. Cette jeunesse a pu exprimer les choses et pour moi c’est un point de bascule.

L’an dernier au dimanche gras qui est le jour où chaque société sort en tenue de fantaisie, vous n’aviez pas de violes pour vous suivre mais un accordéon. C’était un hasard.

Aucune viole ne voulait jouer avec nous mais cette année nous en avons une. Et c’est un homme qui assure la musique. Pas de polémique, c’est l’ADF, l’association du folklore qui nous l’a trouvée. Les choses avancent. L’ADF a dit face caméra qu’elle n’était pas contre notre existence.

Les hommes ne révèlent jamais leur costume de fantaisie du dimanche. Et vous ?

Pareil, on ne dira rien.

Vous êtes aussi embêtant que les hommes alors (sourire)