À l’occasion du Festival de Cannes 2026, des films primés sont mis à l’honneur. C’est le cas de La Zone d’intérêt, Grand Prix en 2023, qui est diffusé sur France 5 ce vendredi 15 mai 2026 à 21h05. Sorti en France en 2024, ce drame historique est signé Jonathan Glazer, également connu pour Under the Skin (2013) avec Scarlett Johansson et Birth (2004) avec Nicole Kidman.

La Zone d’intérêt fait partie de ces œuvres que l’on n’oublie pas. Dans ce long-métrage aussi sidérant que glaçant, Jonathan Glazer raconte l’horreur de la Shoah et du camp d’Auschwitz à travers le quotidien du commandant Rudolf Höss, joué par Christian Friedel, et de sa femme Hedwig. Cette dernière est incarnée par l’actrice allemande Sandra Hüller, récompensée pour son rôle dans Anatomie d’une chute.

Comment comprendre la fin du film ?

Le long-métrage s’achève sur Rudolf Höss, alors en charge d’une opération visant à déporter 700 000 Juifs hongrois à Auschwitz. Depuis Berlin, il appelle son épouse pour lui annoncer cette « bonne nouvelle », d’autant plus fier que l’opération portera son nom : « l’opération Höss ».

Après avoir raccroché, Rudolf Höss est pris de violentes nausées alors qu’il descend l’escalier. À cet instant, le film fait un bond dans le temps pour nous montrer le site d’Auschwitz aujourd’hui, où des employés nettoient méticuleusement le mémorial.

À travers des images des chambres à gaz, des uniformes, des piles de vêtements et de chaussures, le réalisateur Jonathan Glazer met en lumière l’horreur et la portée de cette période sombre de l’Histoire. L’image revient ensuite à Rudolf Höss, qui poursuit sa descente des escaliers, marquant ainsi la fin du film.

Comment interpréter cette séquence ? Deux lectures sont possibles. Ces nausées pourraient représenter une prise de conscience physique de l’horreur commise par Rudolf Höss, également soulignée par le flash-forward. Son état pourrait aussi être le signe d’un problème de santé dû à l’inhalation constante de la fumée et de l’air contaminé émis par le camp, juste en face de chez lui.

Par cette scène finale et ce flash-forward saisissant, Jonathan Glazer a cherché à établir un lien entre le passé et le présent. Comme il l’a confié au magazine Rolling Stone, l’idée lui est venue en observant l’équipe de nettoyage lors d’une visite à Auschwitz.

« C’était comme s’ils s’occupaient de tombes. Rudolf Höss a disparu depuis longtemps. Il n’est plus qu’un tas de cendres. Mais le musée et l’importance de tels musées, eux, sont toujours là », a-t-il conclu.

La puissance de la bande sonore

Dans ce film, les images montrent une histoire, tandis que le son en raconte une autre, bien plus sombre. Visuellement, on observe le quotidien paisible d’une famille dans une grande maison, avec un beau potager et une magnifique piscine.

Cependant, la bande sonore plonge immédiatement le spectateur dans l’horreur du camp d’Auschwitz. Cris, aboiements, vrombissement des fours, coups de feu… Ces bruits terrifiants parviennent directement de l’autre côté du jardin de la famille Höss, dont la maison borde le camp. Le son est la force majeure du film. C’est lui qui crée ce sentiment de malaise et de terreur.

Rudolf Höss, le commandant du camp, et sa femme s’efforcent de mener une vie idéale pour leur famille, choisissant d’ignorer la réalité qui se déroule juste à côté. Jonathan Glazer fait le choix de placer le spectateur dans le même état d’esprit que la famille, en n’offrant aucune image de l’intérieur du camp, mais uniquement ses échos sonores.

Ce qu’il faut savoir sur La Zone d’intérêt Le film a-t-il été tourné dans la vraie maison du commandant Rudolf Höss et de son épouse Hedwig ?

Le tournage n’a pas eu lieu dans la véritable maison de la famille Höss. Une réplique de la propriété a été créée à partir d’un bâtiment abandonné, situé à seulement 200 mètres de la maison d’origine, donc à quelques mètres du camp d’Auschwitz.

De quel roman le film est-il adapté ?

Le long-métrage est tiré du roman La Zone d’Intérêt de Martin Amis, paru en 2014. Ce livre met en scène des personnages fictifs, dont Paul Doll, le commandant du camp, inspiré en partie par Rudolf Höss. De son côté, Jonathan Glazer a fait le choix de centrer son film directement sur Rudolf Höss.

Combien de récompenses le film a-t-il reçu ?

Le long-métrage a été largement salué et a reçu de nombreux prix. Il a remporté le Grand Prix à Cannes, le César 2025 du Meilleur film étranger, ainsi que deux Oscars en 2024 (Meilleur film international et Meilleur son). Il a également été distingué lors des BAFTA 2024 avec trois récompenses : Meilleur film britannique, Meilleur film en langue étrangère et Meilleur son.