Michael Jackson revenu d’entre les morts ? C’était peu ou prou le synopsis de Thriller, clip historique qui avait propulsé le cadet des Jackson Five au panthéon de la pop music. Quarante-trois ans plus tard, c’est le même scénario qui se rejoue – à ceci près que Michael Jackson, décédé le 25 juin 2009 d’une overdose médicamenteuse, est vraiment mort.

Son œuvre, elle, n’avait plus semblé aussi vivante depuis longtemps. Le film Michael est un carton dans les salles obscures. En seulement trois semaines d’exploitation, le biopic d’Antoine Fuqua (avec Jaafar Jackson dans le rôle de son oncle) a déjà rassemblé en France plus de 3,5 millions de spectateurs. La bande originale du film, composée des principaux tubes du « roi de la pop », caracole en tête des ventes d’albums. Sur les sites de streaming, les écoutes de Billy Jean ou de Beat It ont explosé, alors que le « moonwalk » est devenu une tendance sur TikTok. « C’est un peu comme si toutes les planètes étaient alignées », résume Richard Lecocq, spécialiste de la musique noire américaine et auteur de la biographie Michael Jackson – Legend (Glénat).

L’icône musicale des années 1980

Engouement spontané ou aboutissement d’une stratégie marketing XXL ? Le catalogue de Michael Jackson est aussi un capital à faire fructifier, évalué entre 1,2 et 1,5 milliard de dollars. Pour en récupérer la moitié, Sony avait rédigé en 2024 un chèque à neuf chiffres. Mais le matraquage publicitaire n’explique pas tout. « Michael Jackson a vraiment une dimension iconique, qui transcende les générations. Chaque année à Halloween, Thriller revient dans les charts, il en est presque devenu la bande-son. Il y a un côté universel dans son œuvre, ce qui est rare dans la culture pop. Aujourd’hui, on regarde un peu ses clips comme on regarderait un Tex Avery, un Disney ou un Charlie Chaplin. C’est à la fois très marqué dans son époque, mais les émotions que ça véhicule, les scénarios, les danses, ça traverse les années », reprend Richard Lecocq.

Sa redécouverte s’inscrit par ailleurs dans une certaine idéalisation des années 1980, illustrée par le succès de la série Stranger Things, et le rôle de passeurs d’une nouvelle génération d’artistes, de Billie Eilish à The Weeknd, qui ne cachent pas l’influence que Michael Jackson a pu avoir sur leur musique.

Impasse sur les accusations de pédocriminalité

En 2019, après la sortie de Leaving Neverland, documentaire accablant dans lequel deux hommes accusaient le chanteur d’abus sexuels alors qu’ils étaient enfants, personne n’aurait pourtant parié sur cette renaissance. Certaines radios avaient même commencé à déprogrammer ses titres. « Il y a eu les affaires Epstein, R. Kelly ou Puff Daddy, et les gens ont eu des points de comparaison. Ils se sont rendu compte que les accusations contre Michael Jackson ont toujours été faites sur le même schéma, par des gens qui vont d’abord voir des avocats avant la police », estime Richard Lecocq, qui préfère retenir que l’unique procès pour agression sexuelle sur mineurs intenté contre Michael Jackson s’est terminé en 2005 par un acquittement. Mais un second doit se tenir en novembre, intenté aux sociétés du chanteur par les deux victimes présumées citées dans Leaving Neverland.

Ces accusations ont été passées sous silence dans le biopic, officiellement en raison d’une clause du règlement amiable conclu entre Michael Jackson et la famille de Jordan Chandler – le premier à l’avoir accusé en 1993 d’agressions sexuelles.

Selon la presse spécialisée, l’affaire Chandler aurait pourtant dû constituer le fil rouge du film. S’achevant sur la tournée Bad de 1987-1989, ce dernier ne cache en revanche rien des rapports entre Michael Jackson et son père Joseph – une relation fondatrice pour comprendre la psychologie du chanteur, privé de son enfance par un paternel despotique qui l’a transformé en machine à cash. « Ce qui touche les gens, c’est aussi la trajectoire humaine assez triste de Michael Jackson. Il n’a pas eu une vie facile. Même quand il était au sommet de sa gloire, il a toujours eu cette relation désastreuse avec son père. »