Le réalisateur du Dernier train pour Busan revient à Cannes avec un film de zombie malin. Colony mélange Romero et McT dans une tour de Séoul.

Visiblement le festival a décidé de faire plaisir aux noctambules cette année. Après Sanguine hier, et avant Jim Queen qui devrait mettre le feu demain soir, Colony débarque entre les deux et confirme que les Séances de Minuit sont parmi les sélections les plus excitantes du cru 2026. Et puis… revoir des zombies sur la Croisette, ça fait toujours plaisir, non ?

D’ailleurs, à ce sujet, vous pensiez vraiment avoir tout vu ? Depuis que Romero a enfermé ses survivants dans le centre commercial de Zombie, on a eu droit aux sprinters de Boyle, aux hordes industrielles de World War Z, ou aux marcheurs de fond des walking Dead. Le genre s’est tellement dilué qu’il ne reste plus grand-chose à se mettre sous la dent. Même la Corée du Sud s’y est mise avec Dernier Train pour Busan, très efficace, mais qui collait encore trop au cahier des charges : survivre dans un espace confiné, courir très vite, et éviter les morsures.

Et voilà donc que Yeon Sang-ho (réalisateur de Busan justement) revient avec une proposition qui dépoussière la formule. Colony piège ses personnages dans un gratte-ciel technologique de Séoul. Une conférence scientifique vire au carnage et les survivants vont devoir jouer une partie d’échecs sanglante. C’est Die Hard qui rencontre Zombie, avec des infectés qui ne se contentent plus de mordre bêtement. Ici, ils apprennent. Ils rampent d’abord comme des bêtes, puis se coordonnent et s’organisent en intelligence collective. Yeon Sang-ho filme ça comme un ballet horrifique et transforme l’action en duel stratégique. Jun Ji-hyun (la Sassy Girl est de retour) est une biologiste qui va devoir composer avec son ex et un chercheur inquiétant (Koo Kyo-hwan). Elle va surtout devoir anticiper les réactions des prédateurs.

 

Colony

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Mais ce qui frappe au-delà de la mécanique, c’est l’idée qui irrigue tout le film. Yeon Sang-ho assume une lecture frontalement politique du genre – il nous l’a dit lui-même : ses zombies, c’est ChatGPT. Une masse qui pense à l’unisson, qui produit des réponses uniformes, qui absorbe les individus jusqu’à les faire disparaître. Face à ça, deux héroïnes-mutantes refusent de se fondre dans le groupe et finissent par se rejoindre. Le réalisateur de Busan avait fait il y a dix ans le film de la solidarité collective contre l’égoïsme ; il revient avec son contre-champ exact. Colony est un film sur l’individu, sur la résistance au formatage, sur la nécessité des voix minoritaires à l’heure des IA.

Et il a l’intelligence de glisser tout ça dans un pur film de genre, jubilatoire et spectaculaire. Bref : il nous offre de quoi patienter, en attendant le vrai morceau coréen de l’édition – le retour de Na Hong-jin avec Hope, dix ans après The Strangers. Cette nuit Colony a réussi un petit tour de force : faire souffler un vent de fraîcheur sur le film de zombie, et mélanger politique et divertissement.