L’école en question ?

Outre les facteurs génétiques, cela s’expliquerait notamment par une sur-scolarisation. Les jeunes élèves asiatiques, principalement en zone urbaine, commencent l’école très jeunes, passent de moins en moins de temps à l’extérieur et sollicitent davantage leur vision de près, penchés sur leurs livres et leurs écrans. Est-il possible d’inverser la tendance ? Si la myopie n’est pas réversible, on peut néanmoins la freiner, la stabilisateur. Pour ce faire, les experts prônent la règle « 20-20-2 ». Après 20 minutes de fixation attentive, on regarde au loin pendant 20 secondes… Et on s’expose à la lumière naturelle au minimum 2 heures par jour.

Ensuite, pour se passer des lunettes et lentilles traditionnelles, les ophtalmologues disposent aujourd’hui d’un arsenal thérapeutique. À commencer par les opérations au laser, de plus en plus pratiquées en Belgique. « Cela fonctionne très bien, confirme le Dr Hick. Mais il faut attendre l’âge de 21 ou 22 ans et que la myopie soit stable depuis deux années. Il faut en outre être en bonne santé et que l’œil n’ait pas d’anomalies ou d’autres pathologies qui expliquaient la myopie. » Coût de l’opération: entre 1 100 et 2 500 euros par œil en fonction des praticiens et des régions. « Sauf, parfois, une petite prise en charge par votre assurance, ces opérations ne sont pas remboursées par la mutuelle, car l’Inami considère que ce sont des interventions esthétiques. Ce qui n’est pas logique dans le cas des grandes myopies, car c’est un vrai handicap. »

Quand ce trouble est trop important, les myopes ont aussi recours à l’implantation de lentilles intraoculaires. Facturés entre 2 500 et 3 000 euros par œil, ces implants permettent de corriger la vision avec un très bon taux de réussite. Des opérations également pratiquées pour pallier la presbytie, ce trouble de vision rapprochée qui peut concerner chacun dès l’âge de 45 ans. Un trouble en plein boom, lui aussi, notamment en raison du vieillissement de la population. Selon l’OMS, le nombre de presbytes devrait d’ailleurs éviter les deux milliards en 2030. Pour corriger l’hypermétropie (trouble de la réfraction oculaire entachant surtout la vision rapprochée), en revanche, c’est beaucoup plus compliqué. « Les hypermétropes, ce sont les grands malheureux, poursuit l’ophtalmologue. On limite les opérations au laser car elles n’affichent pas de très bons résultats, et ces patients ont souvent des yeux trop petits pour y placer un implant. » Mais de nouvelles techniques pourraient bientôt corriger cela. « On attend des modèles d’ablation qui offriront de meilleurs résultats avec le laser, mais les études sont en cours et on n’a pas encore un recul suffisant. Car il ne faut pas seulement obtenir de bons résultats, il faut aussi s’assurer de leur stabilité dans le temps. »

Des gouttes salvatrices

À côté des chirurgies réfractives, il existe aussi des méthodes non invasives. Dont les gouttes d’atropine destinées à ralentir la myopie chez les enfants. Cette solution, déjà utilisée en hôpital depuis des années, se généralise aujourd’hui en pharmacie. Un nouveau collyre, le Ryjunea, vient également de recevoir son autorisation européenne de mise sur le marché et est déjà disponible en Allemagne. « En combinaison avec des changements d’habitudes de vie, l’atropine est l’un des moyens les plus efficaces pour freiner la myopie chez les enfants. Ça n’a quasiment pas d’effets secondaires et c’est très facile à utiliser. Une petite goutte chaque soir suffit. »

Aux États-Unis, un autre collyre (VIZZ) a été approuvé par les autorités de santé pour corriger la presbytie. Sur le papier, cette solution est révolutionnaire: une goutte chaque matin restaure la vision de près pendant près de dix heures. Si certains ophtalmologues pointent le risque d’effets secondaires, comme une irritation, des maux de tête ou un assombrissement de la vision, les études cliniques américaines montrent que ces effets indésirables restent légers et transitoires. Mais d’autres collyres anti-presbytie sont également à l’étude. Contrairement à l’acéclidine (la molécule contenue dans le VIZZ), ceux-ci n’agissent pas sur la pupille pour la rétrécir, mais bien sur l’élasticité du cristallin, ce qui semble bien plus logique puisque c’est précisément la cause de la presbytie. Si leur efficacité a déjà été prouvée dans des essais pilotes, ces nouvelles molécules doivent encore être étudiées plus en profondeur avant d’être commercialisées.

Les lentilles de nuit

Parmi les autres solutions non invasives pour corriger la myopie, l’astigmatisme ou l’hypermétropie, citons les lentilles de nuit. Aussi appelées lentilles d’orthokératologie (ou ortho-K), ces verres de contact vont modeler la cornée pendant le sommeil afin de se passer de lentilles ou de lunettes en journée. « Certains pays, comme la France, sont à fond dans l’ortho-K, constate encore le Dr Hick. Au CHU de Liège, pourtant, on ne la recommande pas ! « Notamment parce que ce dispositif requiert une hygiène très stricte. » Cela induit une privation en oxygène de la cornée et un risque infectieux assez important. On a d’ailleurs reçu des jeunes patients avec des abcès cornéens extrêmement graves causés par le port de ces lentilles. Cela fonctionne mais ce n’est donc pas sans risque. Et puis, il y a des alternatives. « Pour ralentir la myopie chez les enfants (l’un des avantages rapportés de l’ortho-K), une nouvelle génération de verres freinateurs trouve également sa place chez les opticiens. » Mais il faut les réadapter chaque année, voire deux fois par an, et cela coûte cher, environ 200 euros le verre. L’atropine est beaucoup moins onéreuse, bien qu’elle puisse être associée au port de ces verres freinateurs. Aujourd’hui, on le voit, les alternatives aux lunettes et lentilles traditionnelles se multiplient. C’est que le potentiel commercial est énorme. Avec déjà 2,2 milliards de personnes atteintes de troubles visuels, nul doute que les départements R&D des laboratoires et des firmes d’optique sont à pied d’œuvre.

Vous avez besoin d’un rendez-vous chez un spécialiste ? Voici les secteurs où vous devrez patienter le plus longtemps en Belgique