Scarlett Johansson s’apprête à fouler le tapis rouge de Cannes pour présenter Paper Tiger, et tous les regards risquent de se tourner aussi vers son mari. Star du Saturday Night Live, roi de l’autodérision, l’humoriste cache pourtant une enfance aux failles dissimulées.
Colin Jost est un chanceux. C’est du moins la première chose qui vient à l’esprit en le voyant. Coupe de jeune premier, sourire impeccable, carrière sans faux pas et mari de celle qu’on a longtemps surnommée «la plus belle femme du monde», Scarlett Johansson. De quoi agacer légèrement. Lui-même semble d’ailleurs en avoir conscience, à en croire le titre de ses mémoires publiées en 2020, A Very Punchable Face (Une Vraie Tête à claques, pour les Français). Une manière de désamorcer avant les autres ce que son allure de gendre idéal peut avoir d’un peu irritant, et de se rendre paradoxalement assez attachant.;
Ainsi, celui qui est devenu l’un des visages les plus connus du talk-show américain Saturday Night Live viendra tout de même nous narguer avec panache, ce vendredi 16 mai, balayant sa mèche hollywoodienne sous les palmiers de la Croisette pour accompagner sa femme sur le tapis rouge de Cannes. Scarlett Johansson est en effet à l’affiche du nouveau film de James Gray, Paper Tiger, aux côtés d’Adam Driver, présenté en compétition officielle. L’an dernier déjà, les photographes n’avaient d’yeux que pour elle et son mari. Difficile, c’est vrai, d’oublier le regard presque étourdi qu’elle posait sur lui. Sous les flashs des photographes, l’actrice semblait le regarder avec une admiration intacte, presque rare après plus de dix ans de relation.
«Il m’arrive de me détester moi-même»
Colin Jost au SNL.
Lloyd Bishop/NBC via Getty Image
Il faut dire que Colin Jost est un homme brillant. Si son visage reste moins familier du grand public que celui de son épouse, il s’est cependant forgé une réputation redoutable dans l’industrie télévisuelle américaine. D’abord engagé comme scénariste au Saturday Night Live — émission humoristique culte diffusée en direct chaque semaine — il en est progressivement devenu l’un des piliers. Depuis 2013, il apparaît régulièrement à l’écran.
Rien, pourtant, ne semblait le prédestiner à une telle aisance face aux caméras. Comme le rapportait le New York Times en 2020, Colin Jost, né en 1982 à Staten Island, dans l’État de New York, ne commence à parler qu’à l’âge de 4 ans. Dans A Very Punchable Face, il revient d’ailleurs sur cette enfance singulière et sur une adolescence marquée par des problèmes de poids. «Toute ma vie, ma confiance en moi a reposé sur ma créativité, sur le fait que je me sentais drôle ou intelligent. Je n’ai jamais eu confiance en mon apparence physique. Il y a toujours ce petit garçon potelé en moi», confiait-il. Avant d’ajouter, fidèle à son humour un peu acide : «Je ne cherche jamais vraiment la sympathie de qui que ce soit. Si les gens me détestent, je le comprends. Il m’arrive aussi de me détester moi-même.»
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Peut-être est-ce justement là que tout a commencé. Fils d’une médecin-chef du service des incendies de New York, et d’un enseignant dans un lycée technique de Staten Island, Colin Jost grandit dans une famille catholique plutôt stricte, où l’humour deviendra peu à peu une manière de trouver sa place au sein du foyer. On l’imagine comme tous les enfants, affalé sur le canapé familial, les yeux rivés sur la télévision. Peut-être déjà devant Saturday Night Live, dont les premiers épisodes avaient été diffusés quelques années plus tôt. Face à ces sketchs absurdes et nerveux, quelque chose semble alors se débloquer.
Le New York Times raconte cependant que l’idée de devenir humoriste ne lui traverse réellement l’esprit qu’au début des années 2000, lorsqu’il découvre de jeunes artistes comme John Mulaney (Big Mouth, NDLR) ou Zach Galifianakis (Very Bad Trip, NDLR) dans un club de l’East Village. Il se souvient notamment d’un sketch où un humoriste «lisait à voix haute le menu d’un restaurant et décrivait quel type de pet accompagnait chaque plat». À cette galerie d’influences s’ajoutent bientôt Jerry Seinfeld et Chris Rock, qu’il admire pour leur rigueur et leur méticulosité.
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Après des études à la Regis High School de Manhattan, où il dirige le journal de l’établissement, The Owl, Colin Jost intègre la prestigieuse université d’Harvard. Là, il prend la tête du Harvard Lampoon, mythique revue satirique fondée par sept étudiants à la création de l’institution au XIXe siècle. C’est à peine diplômé qu’il signe son premier contrat d’auteur dans l’équipe du Saturday Night Live. Le mordant de son humour, sa plume politique — farouchement anti-Trump — et son sens du timing lui valent rapidement une reconnaissance dans le milieu. Quinze nominations aux Emmy Awards plus tard, il gravit un à un les échelons : scénariste, scénariste en chef, rédacteur en chef adjoint, puis présentateur de la rubrique «Weekend Update», qui fera définitivement sortir son visage de l’ombre.
Un mariage en plein Covid
Au sommet de cette ascension, il croise pour la première fois la route de Scarlett Johansson en 2006, dans les coulisses du Saturday Night Live. Dans ses mémoires, il raconte avec humour leur première rencontre : «Elle venait d’avoir 20 ans et j’en avais 23. Elle prétend se souvenir qu’elle me trouvait “mignon”, mais je sais à quoi je ressemblais et ce n’est pas le mot que j’aurais utilisé.» Le rendez-vous est manqué, et ce, pendant onze ans. Il faudra attendre 2017, et la séparation de l’actrice avec le Français Romain Dauriac, pour que leur histoire commence réellement. En 2025, Scarlett Johansson revenait d’ailleurs avec amusement sur leur premier rencart dans l’émission Today . «Personne ne m’avait jamais invitée à sortir auparavant», racontait-elle. «J’étais monogame en série, et je n’avais jamais vécu ce moment très classique où quelqu’un vous demande simplement d’aller dîner.» Le futur couple choisit alors un restaurant italien de l’East Village. Mais la soirée s’écourte. «Après le dîner, il m’a dit : “Je retrouve des amis, allons boire un verre.” Et moi, j’ai répondu : “Je dois y aller.” Je suis rentrée chez moi pour relayer ma baby-sitter», racontait-elle, encore amusée par sa propre réaction. Sa fille Rose, née de son précédent mariage, l’attendait à la maison. «Ma baby-sitter m’a demandé : “Pourquoi es-tu déjà rentrée ?” et j’ai répondu : “Je ne sais pas.” J’étais complètement décontenancée.»
En 2020, trois ans après ce premier rendez-vous maladroit, ils se marient discrètement en pleine pandémie de Covid-19. «Évidemment, nous voulions prendre toutes les précautions possibles», expliquait Scarlett Johansson, cette fois à People en 2021. Tous les invités portaient alors des masques estampillés «Jost 2020». «Quand je revois les photos, je me dis que c’était vraiment un évènement à la fois étrange et magnifique.» À leur image… finalement.
Scarlett Johnasson et Colin Jost aux Emmy Awards en 2025.
Michael Buckner / Variety via Getty Images
Un an plus tard, le couple annonce la naissance de son premier enfant ensemble. Fidèle à son humour absurde, Colin Jost (Scarlett Johansson n’est plus sur les réseaux sociaux) publiera alors ce message sur Instagram : «Ça y est, on a eu un bébé. Il s’appelle Cosmo. On l’aime énormément. Pour toute demande de renseignements, merci de contacter notre attaché de presse Michael Che (en référence à son complice de «Weekend Update)». Une publication qui a depuis été supprimée, cependant relayée à l’époque par le Los Angeles Times . Depuis, le couple protège farouchement sa vie privée, apparaissant au compte-goutte lors de rares événements. Must du glamour, Cannes fait justement partie de leurs exceptions.