Le 20 octobre 2004, un télescope spatial est mis en orbite : le Neil Gehrels Swift Observatory, plus connu sous son nom simplifié « Swift ». Son but est d’observer les sursauts gamma, ces phénomènes ultra violents qui ne durent parfois que quelques millisecondes. Il s’agit d’une forte éruption de rayons gamma qui voyagent à des vitesses proches de celle de la lumière et dont on ignore encore l’origine exacte.
Seulement, Swift vieillit. Et malgré plusieurs décennies de résultats incroyables pour mieux connaître ces phénomènes, il commence à descendre vers la Terre. Suite à des tempêtes solaires, son altitude est abaissée à 400 kilomètres seulement, au lieu de 600 quelques mois auparavant, et il risque de finir brûlé dans l’atmosphère si rien n’est fait pour le sauver.
« Link’s awakening »
C’est là qu’arrive le sauveur, tel le héros de la légende : Link ! Ici, pas de chevalier tout de vert vêtu, mais bel et bien un satellite qui doit venir en aide à Swift, mais comment ?
Link est actuellement en cours de construction, la Nasa a annoncé récemment que l’engin que l’on doit à l’entreprise Katalyst Space Technologies avait été transporté de l’Arizona au Colorado pour subir toute une batterie de tests en vue de son lancement.

Dossier : Sursaut gamma : une puissance colossale dans l’Univers
Les sursauts gamma sont peut-être les phénomènes les plus puissants de l’univers. De quoi s’agit-il exactement ? Pourquoi se déclenchent-ils ? Comment les détecter ? Futura lève le voile sur les sursauts gamma dans ce dossier…. Lire la suite
Le directeur de la mission à la Nasa, John Van Eepoel, précise dans un communiqué : « La mission de sauvetage de Swift est une mission à haut risque, mais avec une belle récompense à la clé. Si nous ne faisons rien, Swift va rentrer dans l’atmosphère terrestre avant la fin de l’année. »

Le plan de sauvetage du télescope spatial Swift par le satellite Link. © Katalyst
Le temps presse. Katalyst a dû élaborer sa mission en un temps record. Le contrat a été signé il y a moins d’un an, en septembre 2025. Et il a fallu alors créer le satellite sauveteur, le concevoir, le construire, le tester, et bientôt le lancer dans l’espace.
Sur le papier, la mission de Link est simple : le vaisseau doit rejoindre Swift, s’y amarrer et le propulser à une altitude plus haute d’où il pourra poursuivre sa mission sans risquer de finir en étoile filante dans l’atmosphère. Après cela, Link poursuivra sa route loin de là, et finira, lui, par retourner dans l’atmosphère.
Un risque inhabituellement élevé
La mission, baptisée Swift Boost, est risquée. Elle nécessite un rendez-vous orbital et doit se passer de calculs trop complexes afin d’être finalisée à temps. Une manière de faire assez inhabituelle dans le spatial où l’on n’accepte pas d’habitude un niveau de risque si élevé, mais qui montre à quel point l’urgence dicte ici le programme.

Swift, premiers résultats scientifiques sur les sursauts gamma
Lancé en novembre 2004, l’observatoire spatial Swift, conçu spécifiquement pour observer et étudier dans le visible, le gamma et le X, les mystérieux sursauts gamma (GRB) a déjà détecté plus de 20 sursauts de rayons X, des sursauts courts comme longs mais également des modifications dans le rayonnement X après le sursaut (postluminescence)…. Lire la suite
Il faut dire qu’à part ce problème d’altitude, les instruments de Swift restent performants. Il est actuellement le seul télescope spatial capable de guetter les sursauts gamma de manière aussi fine. Il continue de fournir d’importantes données à la communauté scientifique, et il serait infiniment plus cher et plus long, pour la Nasa, de le laisser tomber et de lancer une nouvelle mission équivalente.

Les sursauts gamma sont extrêmement violents et spectaculaires, mais aussi très mal connus. © Nasa
Link doit décoller d’ici le mois de juin, à bord d’un lanceur Pegasus XL de Northrop Grumman. Mais si c’est un échec, nous ne pourrons rien faire, à part regarder le moment où Swift finira désintégré dans l’atmosphère.