Comme dans son film « Congo Boy », la vie de Rafiki Fariala est l’histoire d’un jeune Congolais réfugié en Centrafrique avec ses petits frères et sœurs, dont les parents se trouvent en prison pour avoir franchi illégalement la frontière. Depuis, il a réussi un parcours époustouflant. En 2019, à l’âge de 21 ans, il tourne « You and Me », une traversée de 29 minutes de la société centrafricaine à Bangui, en compagnie d’un jeune couple. En 2022, son documentaire « Nous, étudiants » est tellement percutant qu’il est censuré après avoir dénoncé les abus dans son université. Et aujourd’hui, il se retrouve en sélection officielle du Festival de Cannes avec « Congo Boy ».
Publié le : 17/05/2026 – 11:42
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Attention, vous allez pleurer ! Rafiki Fariala raconte avec une sincérité désarmante son histoire sous forme de fiction avec Bradley Fiomona Dembeasset dans le rôle principal. Ce dernier incarne Robert, son alter ego, avec brio et une énergie qui transperce le grand écran. Pour le jeune acteur centrafricain, c’est le premier rôle dans un film et il l’interprète avec un grand charisme et une énergie débordante : « Cette énergie vient sûrement d’une ressemblance de cette histoire avec moi. Mon père aussi ne veut pas trop que je fasse de la musique. J’ai l’impression de parler à mon père. Rafiki a vécu cette histoire, donc il était là pour me diriger, pour me dire quoi faire. Moi, j’avais une très belle connexion avec lui. »
Les douleurs et les difficultés, les espoirs et le courage
Le tout est admirablement filmé, avec une caméra qui ne lâche pas une miette de ce tourbillon qu’est la ville de Bangui, où la survie ne tient qu’à un fil et où le Congo se trouve juste derrière les collines si belles à regarder. « Le Congo Boy Robert veut faire de la musique, mais ses parents veulent plutôt qu’il puisse faire la médecine, raconte Rafiki Fariala. Ses parents sont en prison. Il se retrouve tout seul à nourrir ses petits frères et sœurs. Il va faire un concours de musique, laver des voitures, faire ses études et chercher à trouver une solution pour ses parents. »
Dans son introspection, les images vibrent avec les habitants et les habitats souvent délabrés, la vie, crachotante, et la violence incessante. Un quotidien tiraillé entre sapeurs et violeurs, entre le grand cœur des uns et la corruption facile des autres. Dans Congo Boy, chacune des scènes respire les douleurs et les difficultés, les espoirs et le courage. « J’ai caché mon identité, avoue Rafiki Fariala. Je n’ai pas dit à mes amis que je suis Congolais. Personne ne savait que j’étais un réfugié congolais en Centrafrique. C’était interdit. Mes parents ne voulaient pas que je le dise, parce que ce n’était pas prudent. J’ai commencé à écrire ce projet à la première personne et, après, j’ai écrit le scénario à la troisième personne au nom de Robert. »
« Etudes, diplôme, cravate, veste… »
Congo Boy est aussi l’histoire d’un père souhaitant le meilleur pour son fils qu’il incite à étudier même la nuit. Même derrière les barreaux de sa prison, il n’envisage pas de lâcher son fils avant que celui-ci ait son bac et réaliser le grand rêve de son géniteur : devenir le père d’un médecin. « L’ancienne génération a sa manière de voir les choses : études, diplôme, cravate, veste… Pour eux, c’est ça la vie. Mais ce n’est pas forcément ça la vie que tu veux faire. J’ai fait des études pour faire plaisir à mes parents, mais aujourd’hui je fais du cinéma. Je n’ai pas fait d’école de cinéma et je me retrouve aujourd’hui à Cannes. Ça veut dire que c’est possible. »
Dans le film, son alter ego Robert se sent poussé par d’autres rêves. La nuit, il met sa casquette rouge et sa chaîne de coquillages et s’échappe dans les boîtes de rap pour électriser la foule et forcer son destin sous son nom d’artiste Big-R. Un peu comme Bradley Fiomona Dembeasset a décroché ce rôle de rêve dans Congo Boy. « Cela a débuté dans mon lycée. J’allais en cours, j’avais cours comme d’habitude, et Rafiki et toute l’équipe étaient là. Ils étaient là pour rechercher des jeunes qui pourraient interpréter ce rôle. Et moi j’étais là. »
« Un jour, ça ira. Il faut se battre »
À côté du personnage de Robert, sa musique tient également un rôle principal et porte l’histoire du film. Avec ses petits frères et sœurs, ils chantent ensemble leur « combat pour la paix ». Une berceuse réussit à faire oublier au petit Daniel la guerre qui fait rage à côté. Et Robert continue à chanter même sous le coup de feu des rebelles terrorisant la ville. Quand il chante « la langue et les dents se mordent, mais se séparent jamais », il reprend les mots de sa tante et perpétue ainsi la tradition et la transmission. Chaque épreuve le rapproche de son rêve qui paraît si impossible. Pour Rafiki Fariala, le fil rouge de sa vie résonne dans le refrain d’une chanson : « Un jour, ça ira. Il faut se battre ». « À travers la musique, j’ai pu respirer, mais aussi parce que j’ai eu espoir, parce que j’ai réussi à me battre. Il ne faut pas lâcher. Si on lâche, on meurt. »
Malgré vents et marées, le jeune Congo Boy réussit à frayer son chemin, montre patte blanche en faisant son coming out en tant que Congolais, dans un pays où les réfugiés congolais ont très mauvaise réputation. Un défi que Rafiki Fariala a relevé même avant le début du film, dans son avant-propos affiché à l’écran : « Bangui est ma ville, mon abri ». Un hommage déchirant à sa nouvelle patrie.