Et tout cela n’est pas sans conséquence. Dans les colonnes de La Libre, on évoquait les derniers chiffres de l’IATA (Association du transport aérien international), qui montraient qu’un incident lié à l' »indiscipline » a été signalé lors d’un vol sur 568 en 2022, contre un sur 835 en 2021. Et « la consommation excessive d’alcool se trouvait dans le top 3 des incidents les plus fréquents, avec le non-respect des règles par les passagers et la violence verbale », lisait-on dans le rapport.
« Il y a un changement de mentalité par rapport à la consommation d’alcool »« Qui a besoin de boire de la bière à cette heure-là ? »
Le phénomène a même fait réagir les compagnies aériennes. Ryanair, la low-cost irlandaise, a déjà pris quelques mesures ces dernières années. Par exemple, ils interdisent aux passagers de consommer leur propre alcool : « Les passagers peuvent transporter de l’alcool à bord, mais ne doivent pas le consommer pendant le vol », peut-on lire dans La Libre. Des règles aussi prises chez Brussels Airlines, notamment.
Michael O’Leary, PDG de Ryanair, a d’ailleurs récemment déclaré auprès du quotidien britannique The Times : « Je ne comprends pas pourquoi on sert de la bière dans les bars des aéroports à cinq ou six heures du matin. Qui a besoin de boire de la bière à cette heure-là ? ».
Un risque d’impact sur le vol, l’équipage et les passagers
La problématique est confirmée par Eric Paquet, médecin et responsable de la cellule Alcool de la Société scientifique de médecine générale (SSMG). Le spécialiste a en effet pu constater que la plupart des incidents aériens sont liés à l’alcool, et que cela pourrait donc avoir un impact considérable, que ce soit sur des coûts supplémentaires, le risque de déviation de vols, ou encore des poursuites judiciaires.
« On peut imaginer que l’intoxication éthylique puisse être un facteur favorisant des modifications de comportement, qui représentent un risque de sécurité pour l’équipage et les passagers », note-t-il. « Il revient que la majorité des cas d’ivresse provient d’alcool consommé avant l’embarquement, par exemple dans les bars et les restaurants d’aéroports. Il faudrait donc que l’industrie aérienne crée, entre guillemets, des mesures de vente responsable en zone aéroportuaire, car l’alcool est une drogue dure », poursuit l’alcoologue.
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Par rapport aux horaires matinaux évoqués par le CEO de Ryanair, Eric Paquet déconseille de toute façon l’alcool à toute heure, et recommande des mesures. « Si vous prenez un avion à 16 heures et que vous devez être là trois heures avant, cela vous laisse quasiment deux heures de temps libre avant d’embarquer. Il faudrait informer les voyageurs qu’avant un vol d’avion, il vaut mieux ne pas boire d’alcool, ou en tout cas essayer de se limiter », avertit-il.
Car les effets négatifs de l’alcool seraient démultipliés par l’environnement de vol, selon l’expert. « L’alcool étant diurétique, ce à quoi s’ajoute la sécheresse de la cabine d’avion, la déshydratation augmente, et le taux d’alcool augmente plus vite avec la pression », prévient Eric Paquet. « Il y a aussi des gens qui prennent des médicaments avant de décoller, par exemple ceux qui ont peur de l’avion et qui avalent un somnifère ou un anxiolytique, voire un antihistaminique un peu sédatif, tout en buvant de l’alcool. Imaginez la concentration que vous aurez à ce moment-là par rapport aux consignes de sécurité », observe l’alcoologue.
Il rappelle également que toute compagnie a le droit de refuser l’embarquement à une personne visiblement ivre, et que les conseils de précaution par rapport à la consommation doivent s’appliquer, peu importe le contexte. « Il ne faut pas boire plus de 10 unités d’alcool par semaine, respecter au moins 2 jours d’abstinence, et ne pas boire plus que 4 unités en une occasion. Et depuis 2018, on invite même à diviser ces recommandations par deux », conclut-il.