Excès de vitesse: faut-il des amendes proportionnelles au revenu ? « Le système actuel est profondément injuste »

Mais en 2021, le ministre de la justice de l’époque, Vincent Van Quickenborne (Anders, ex Open-VLD), actait la fin de cette tolérance dès 2022. Résultat : une forte augmentation des procès-verbaux. De 2,6 millions de P.-V. dressés pour des vitesses dépassant de moins de 10 km/h la vitesse maximale autorisée en 2021, on est passé à 5,6 millions en 2024. Et 3,2 millions pour le premier semestre 2025.

« Quand l’automobiliste a le sentiment d’être piégé, il ne se sent pas responsabilisé, mais sanctionné »

Selon l’organisation de défense des automobilistes Touring, cette explosion du nombre de petits excès de vitesse, alors que les plus gros restent stables, doit permettre d’ouvrir le débat sur la légitimité des limitations de vitesse en place. « La sécurité routière reste évidemment une priorité, commente Lorenzo Stefani, porte-parole de Touring. Mais une politique efficace ne peut pas reposer uniquement sur la multiplication des limitations, des radars et des sanctions automatiques. Une règle qui n’est plus comprise, ou qui paraît incohérente avec la réalité du terrain, perd sa force éducative. L’objectif premier d’une règle de circulation doit être l’adhésion, pas l’amende. Quand l’usager comprend le danger, il adapte naturellement son comportement. Quand il a le sentiment d’être piégé, il ne se sent pas responsabilisé, mais sanctionné. »

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Les adhérents de Touring disent comprendre la nécessité de limiter la vitesse devant une école, dans une rue résidentielle, à proximité de travaux ou à l’approche et dans une zone dangereuse. « Ce qu’ils contestent, c’est l’impression d’une généralisation mécanique de limitations parfois perçues comme déconnectées : 30 km/h sur des axes larges, 70 km/h sur des voiries lisibles, 50 km/h sur autoroute plusieurs kilomètres avant un chantier visible, ou encore radars tronçons installés dans des zones où le danger immédiat n’est pas évident. »

Des limitations de vitesse dangereuses ?

Selon Touring, des limitations inadaptées peuvent être sources d’accidents et donc aller contre leur objectif de sécurité routière. « Quand je respecte la limitation de 50 km/h imposée par moments sur le ring de Bruxelles, je me fais talonner et klaxonner par les bus et les camions, témoigne Lorenzo Stefani. Idem quand je suis sur l’E40 au départ de Bruxelles vers Liège. Il est très difficile de respecter la limitation de 70 km/h sur une autoroute à 6 bandes dans le même sens. Rouler strictement à 70 km/h dans un flux où la quasi-totalité des autres véhicules circule plus vite peut aussi générer du stress, des différences de vitesse importantes et des manœuvres de dépassement répétées, avec parfois un effet inverse à celui recherché en matière de sécurité routière. »

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Selon Touring, pour qu’une limitation de vitesse soit respectée, il faut qu’elle soit comprise par les automobilistes. « On ne forme pas un élève en le punissant sans lui expliquer l’erreur. Sur la route, c’est pareil : une limitation doit être lisible, justifiée, proportionnée et cohérente. »

Touring veut un audit systématique des limitations de vitesse

Touring réclame donc un audit systématique des limitations de vitesse dans les trois régions. Pour vérifier qu’une limitation est bien judicieuse lorsqu’elle se trouve en deçà des prescrits du Code de la Route. Par exemple lorsque l’on impose le 90 sur autoroute ou le 70 sur nationale. Mais également dans les zones de chantier, les axes passés à 30 ou 70 km/h et les tronçons contrôlés automatiquement. Enfin, Touring préconise aussi un audit des super-radars, à savoir ceux qui collectionnent les P.-V.. »Quand un radar flashe 150.000 voitures par an, c’est peut-être parce que la limitation de vitesse n’y est pas adaptée. La bonne question n’est pas de savoir pourquoi il y a plus d’infractions mais si les limitations sont suffisamment crédibles pour être spontanément respectées. Un audit permettrait d’objectiver les choses : si limiter la vitesse à 30 km/h devant une école a du sens, la limiter à 50 km/h dans une ligne droite en rase campagne en a beaucoup moins. »

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Touring plaide d’ailleurs sur le système suédois où la limitation de vitesse est établie sur base de la vitesse moyenne de 85 % des automobilistes aux endroits délimités. « Une telle formule est idéale car elle convient à la très grande majorité des automobilistes.