Un lien fusionnel avec ses chats
Face à cette saisie, la propriétaire des chats, qui est domiciliée à Theux, n’est pas restée les bras croisés et a multiplié les démarches pour prouver son « attachement » et sa « capacité à s’occuper » de ses chats. Jusqu’à aller à une procédure en annulation au Conseil d’État contre la décision prise. Elle explique qu’elle a un lien fusionnel avec ses félins, qu’elle considère comme sa famille. Dans sa requête, elle affirme que ses quinze chats « représentent le prolongement d’un engagement ancien, constant et personnel […] en faveur du bien-être des animaux errants ». Un engagement renforcé « par les démarches entreprises pendant plusieurs années pour la stérilisation des chats errants de son village, la prise en charge financière de soins vétérinaires, la connaissance individualisée des comportements et besoins de chacun de ses animaux, ainsi que les multiples démarches après la saisie afin d’obtenir des nouvelles de ses chats et de les récupérer ».
Il est précisé également que cette séparation forcée a eu des conséquences sur son état de santé. « La présence de ses chats constitue pour elle un facteur essentiel d’équilibre personnel et de stabilité psychique, ainsi qu’un élément moteur de son quotidien. […] Elle consacre une partie essentielle de son quotidien à ses animaux de compagnie. »
Sur les 15 chats, 7 sont morts et les autres donnés à l’adoption
Mais le souci est que le sort chats en question a quelque peu évolué depuis leur arrivée à la SRPA de Liège. En effet, sur les quinze chats initialement saisis, sept sont depuis décédés ou ont été euthanasiés par le service vétérinaire de la SRPA de Liège. Et les huit autres ont été donnés à l’adoption entre fin décembre 2025 et début janvier 2026. Cette situation a été vécue comme un déchirement pour la Theutoise qui craint une rupture définitive. Elle estime d’ailleurs qu’il s’agit d’un « préjudice irréversible, qui ne pourrait être réparé par un arrêt d’annulation intervenant au terme de la procédure au fond ».
Le Conseil d’État a finalement tranché en faveur de la suspension de la décision de l’unité du bien-être animal. La présidente a souligné que le fait d’être privée de la compagnie de ses animaux a eu « une incidence directe et significative sur sa vie personnelle et constitue un inconvénient présentant un certain degré de gravité ».
Malgré les adoptions déjà réalisées, la justice administrative considère que ces contrats de tiers ne sont pas définitifs. « Les contrats d’adoption produits par la partie adverse ne se concilient pas avec le transfert du droit de propriété et les droits qui en résultent pour les adoptants sont affectés d’une certaine précarité. »
L’arrêt conclut donc de manière formelle. « La suspension de l’exécution de la décision de destination prise le 9 décembre 2025 par le Ministre-Président du Gouvernement wallon en charge du Budget, des Finances, de la Recherche et du Bien-être animal, ayant pour objet d’attribuer la propriété de quinze chats appartenant à la requérante […] à la Société Royale Protectrice des Animaux (SRPA) de Liège, est ordonnée ».
Si la demande de remise immédiate des chats à la Theutoise a été rejetée à titre de mesure provisoire, ce premier succès gèle le transfert de propriété des chats et donc laisse une chance à la propriétaire de récupérer, à terme, les félins survivants.