Ce qui inquiète particulièrement les spécialistes relève de la localisation de l’épidémie. C’est ce qu’explique Emmanuel Bottieau, infectiologue à l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers : « Le foyer principal de propagation du virus se situe dans la région de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC. C’est une région extrêmement instable, dangereuse, avec beaucoup de mouvements de population. Ici c’est la difficulté de communiquer et d’accéder aux populations qui nous préoccupe. L’information du virus est d’ailleurs arrivée tardivement à l’OMS car cela fait au moins trois semaines que le virus s’y propage. »

Mpox, VIH, Covid, rougeole… Ce premier quart de siècle a été marqué par plusieurs pandémiesUn variant moins virulent… mais sans traitement

Parmi les différents variants d’Ebola identifiés, le Bundibugyo est considéré comme le moins virulent. Mais cela ne signifie pas inoffensif, au contraire. Selon Emmanuel Bottieau, il s’agit d' »un variant considéré comme moins grave, même s’il provoque quand même 30 à 50 % de décès. »

À titre de comparaison, la souche Zaïre affiche un taux de mortalité supérieur à 50 %. Mais contrairement au Bundibugyo, elle bénéficie de vaccins et de traitements. « La différence, c’est que comme il est un peu moins fréquent, on a développé moins de médicaments », souligne Emmanuel Bottieau.

En effet, seules deux épidémies liées au variant Bundibugyo ont été recensées jusqu’alors : en Ouganda en 2007, et en RDC en 2012. « S’il était apparu plus souvent dans les dix dernières années, on l’aurait beaucoup plus étudié, évidemment », poursuit l’infectiologue.

Résultat : à ce jour, il n’existe ni vaccin, ni traitement reconnu contre cette souche. Les seuls vaccins développés, ont été conçus pour lutter contre la souche Zaïre, responsable de la majorité des épidémies. Des solutions sont toutefois envisagées : « Je pense qu’on va essayer d’utiliser les vaccins et les traitements qu’on a. Mais on n’a pas la certitude que ce sera efficace », avertit Emmanuel Bottieau.

"Je ne pense pas qu'il y aura de pandémie", estime Emmanuel Bottieau, infectiologue à l'IMT d'Anvers« Je ne pense pas qu’il y aura de pandémie », estime Emmanuel Bottieau, infectiologue à l’IMT d’Anvers ©ITGQue faut-il craindre chez nous ?

Depuis la pandémie de Covid-19, chaque nouvelle alerte sanitaire mondiale suscite inquiétude. Mais faut-il réellement craindre une propagation d’Ebola en Europe ?

Pour Emmanuel Bottieau un tel scénario reste peu probable : « L’Ituri reste une zone où il y a très peu de touristes. Et a contrario, il y a peu de Congolais de la région qui viennent en Europe. »

L’infectiologue nuance toutefois : « L’Ouganda, c’est une autre histoire. Le virus s’y répand davantage car c’est un pays beaucoup plus touristique. »

Selon lui, si nous, Européens, venions à être exposés au virus, « nous serions probablement plus vulnérables, parce que dans les populations rurales du Congo, le virus circule et il y a une certaine immunité qui se développe. »

Malgré ses inquiétudes, Emmanuel Bottieau se veut rassurant : « Avec un peu de prudence, et des précautions raisonnables, il n’y a pas de raison que le virus se répande en Europe. Je ne pense pas qu’il y aura de pandémie. » Il poursuit : « Nos collègues Congolais sont impressionnants. Parce qu’ils ont peu de moyens, et jusque-là, ils ont chaque fois bien contrôlé beaucoup d’épidémies. Alors l’expérience et la connaissance du terrain font que ça ne devrait pas nous atteindre », conclut-il.

Le foyer d’hantavirus touche-t-il à sa fin ?

Après plusieurs semaines d’inquiétudes liées au désormais célèbre paquebot MV Hondius, devenu un foyer d’hantavirus, le navire a finalement accosté dans le port de Rotterdam. Les 27 personnes encore présentes à bord seront placées en quarantaine.

L’infectiologue Emmanuel Bottieau revient sur l’évolution de la situation : « Pour l’instant, tous les cas restent des gens qui ont été présents sur le bateau. Il n’y a eu aucun cas qui s’est développé chez des gens qui auraient été secondairement en contact avec les passagers, dans un avion par exemple. Cela semble confirmer ce que l’on pense : ce sera probablement une épidémie qui va rester confinée aux gens qui étaient sur le bateau. »

Selon lui, la situation paraît sous contrôle, donnant l’espoir de réduire ce virus à un lointain souvenir : « Les vacanciers arrivent dans un pays qui est bien organisé, où tout est prêt pour isoler les gens. Alors je pense que cette épidémie-là, on ne devrait plus en entendre parler dans les prochaines semaines. »