À l’annonce de cette nouvelle, les organisateurs ont pris leurs responsabilités et ont continué le voyage en la mémoire de Christian, avec l’assentiment de son épouse. Évidemment, l’ambiance en a subi un coup, mais il s’est avéré que la poursuite des visites autour de Verdun a contribué à forger une belle solidarité autour d’Annie. Et le groupe s’est remémoré le bonheur que Christian avait connu lorsqu’il avait accompagné l’an passé le groupe à Auschwitz. « J’ai entendu, parmi les noms qui sont énumérés en début de visite, celui d’un membre de ma famille mort à Auschwitz, nous avait-il dit à l’époque, et cela me rend fier et heureux. »
Verdun et ses témoins de la Grande Guerre, la Voie Sacrée entre Verdun et Bar-le-Duc, tranchées et citadelles, ossuaires et cimetières, monuments et stèles n’ont donc plus de secret pour les participants. Lesquels ont pu aussi se consoler de la disparition de Christian en se promettant de toujours honorer sa mémoire et en se rendant compte qu’il ne meurt que ce qu’on oublie.
Car, encore une fois, le devoir de mémoire de « Donceel se souvient » a fonctionné à temps plein, en faisant prendre conscience à tous les participants que la guerre, et notamment celle de 1914-1918, reste parmi les plus meurtrières, et donc, les plus stupides du siècle dernier. Et l’actualité du monde ne donne évidemment pas l’impression qu’on en a terminé avec la folie des hommes. Comme l’écrivait Ferdinand Céline dans Voyage au bout de la nuit : « On est puceau de l’horreur comme de la volupté. Comment aurais-je pu me douter, moi, de cette horreur en quittant la place Clichy ? »
La Der des Ders, comme on a qualifié ce conflit mondial, a mêlé durant plusieurs années paix et espoir, doute et fatalisme, amour et haine, combat et fraternité. C’est ce dernier mot que nous épinglons en mémoire de Christian.