La pollution atmosphérique est un tueur silencieux. Au niveau mondial, les études montrent qu’elle raccourcit de trois ans en moyenne l’espérance de vie et qu’elle causerait chaque année près de 10 millions de morts prématurées. Et ses effets ne se résument pas aux maladies respiratoires (asthme, bronchite, BPCO, cancer du poumon…).

On sait par exemple que les particules fines issues notamment de la combustion de charbon et de carburants fossiles sont susceptibles de passer dans le sang et d’augmenter les risques de maladies cardiovasculaires. Elle affecte le système immunitaire, peut perturber le développement fœtal, et a des effets néfastes sur le cerveau. Mais qu’en est-il de la démence et des pathologies comme la maladie d’Alzheimer ?

Pollution de l’air et démence : un lien direct ou indirect ?

La nature des liens entre polluants de l’air et dégénérescence neuronale n’est pas claire. On sait bien que la pollution atmosphérique augmente le risque d’hypertension et d’accident vasculaire cérébral (AVC), deux facteurs de risque connus de démence. Il existe donc bien un lien indirect entre ces deux facteurs. Mais celui-ci semble faible.

Les études démontrent en effet que ces deux maladies vasculaires n’expliquent qu’une petite partie de l’association. D’ailleurs, quand on tient compte des facteurs « AVC » et « hypertension » dans les études, le lien entre pollution et maladie d’Alzheimer reste largement inchangé, ce qui suggère que la pollution pourrait agir par d’autre biais sur le cerveau, et peut-être même directement.


Une étude menée sur 27,8 millions d’Américains apporte une nouvelle confirmation que la pollution, en exerçant des effets néfastes directement sur le cerveau, augmente le risque de démence et de maladie d’Alzheimer. © Natali, Adobe Stock (image générée avec IA)

Les données de près de 30 millions de personnes analysées

Pour mieux documenter comment la qualité de l’air impacte la santé neuronale, des experts indépendants de l’Emory University d’Atlanta (États-Unis) ont analysé les données de santé de 27,8 millions de bénéficiaires américains de Medicare (l’assurance maladie américaine) âgés de 65 ans qui avaient été suivis durant 18 ans.

Ils ont notamment tenté de savoir s’il existait un lien entre leur exposition aux « PM2,5 », les particules fines présentes dans l’air pollué dont la taille est suffisamment faible pour pénétrer dans la circulation sanguine, avec les diagnostics ultérieurs de la maladie d’Alzheimer.

Les résultats de leurs calculs, publiés dans PLOS Medicine, révèlent que la pollution atmosphérique, comme on le suspectait, a bien des effets directs sur le cerveau.

La pollution de l'air que nous respirons diminue notre espérance de vie. © Milanka, Adobe Stock

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Les particules fines pointées du doigt

« Dans cette vaste étude nationale menée auprès de personnes âgées, nous avons constaté que l’exposition à long terme à la pollution atmosphérique par les particules fines était associée à un risque plus élevé de maladie d’Alzheimer, principalement par le biais d’effets directs sur le cerveau plutôt que par le biais de maladies chroniques courantes telles que l’hypertension, les accidents vasculaires cérébraux ou la dépression », expliquent les chercheurs dans leur article.

Comme attendu en revanche, le lien était légèrement plus fort chez les personnes ayant déjà subi un accident vasculaire cérébral, ce qui suggère que des lésions vasculaires préexistantes augmenteraient la vulnérabilité. « Nos résultats suggèrent que les personnes ayant des antécédents d’accident vasculaire cérébral peuvent être particulièrement vulnérables aux effets néfastes de la pollution atmosphérique sur la santé cérébrale, soulignant une intersection importante entre les facteurs de risque environnementaux et vasculaires », poursuivent-ils.


Les particules fines présentes dans l’air sont susceptibles de passer dans le sang et d’atteindre le cerveau où elles génèrent un stress oxydatif néfaste pour les neurones. © Gorodenkoff, iStock

Des polluants qui génèrent un stress oxydatif

Cette étude apporte donc une preuve supplémentaire et cette fois très solide que les polluants atmosphériques accélèrent la neurodégénérescence de manière directe et pas seulement à travers des maladies. Mais quels mécanismes ?

Il semblerait que les polluants atmosphériques, une fois dans la circulation sanguine, parviennent au cerveau où ils exercent des dommages aux neurones, notamment en augmentant le stress oxydatif et donc la production d’espèces réactives de l’oxygène (ROS) qui altèrent les différents composants cellulaires.

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Avec 57 millions de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer dans le monde selon l’association Alzheimer’s Disease International, ces résultats sont une preuve supplémentaire que la pollution atmosphérique est un fléau qu’il faut absolument continuer à combattre.