Cela faisait quatre ans que la police avait lancé une enquête sur l’homme d’affaires et tentait de déterminer comment ce dernier aurait pu transformer une société commerciale basée en Allemagne en une structure d’approvisionnement gérée par la Russie.

Cette enquête montre une véritable faille qui subsiste malgré les sanctions européennes. En effet, des composants critiques peuvent toujours être achetés en Europe et ensuite déguisés derrière des formalités administratives, ce qui permet de les envoyer dans d’autres pays avant de finalement les acheminer au cœur du Kremlin.

Feu vert des États membres au prêt de 90 milliards à l’Ukraine et à de nouvelles sanctionsDiriger de l’intérieur

Selon les enquêteurs, l’homme de 39 ans a tourné son commerce en une entreprise illégale après l’invasion de l’Ukraine en 2022. Avant, la société exportait directement vers la Russie mais après le début des sanctions, il a fallu être plus original et passer par des moyens détournés…

Au cœur de l’approvisionnement, une société russe connue, Kolovrat, et sanctionnée par les Etats-Unis. Nikita S. était l’homme au milieu, central pour coordonner les commandes, les paiements et les expéditions. Officiellement directeur général de la société allemande, il travaillait donc pour la société russe. Des employés de Kolovrat s’étaient d’ailleurs à plusieurs reprises fait passer pour du personnel de la société allemande pour contacter des fournisseurs, ou encore établir des commandes. Les autorités affirment donc que Moscou dirigeait l’entreprise de l’intérieur.

La plupart des produits exportés par l’entreprise semblait banale au premier abord mais nombre d’entre eux peuvent en fait se révéler multi-usages et être utiles dans des systèmes militaires. Certains de ces produits ont pu être tracés jusqu’à des utilisateurs russes liés à la défense et à la recherche nucléaire.

Malgré les sanctions européennes, « la fortune des milliardaires russes a bondi de 11 % »Des moyens détournés

La société ne pouvant pas exporter directement vers Moscou, a souvent acheminé ces cargaisons via la Turquie avant de les réexpédier vers la Russie. Les délais entre les deux livraisons étaient souvent courts, entre cinq à dix jours. Une société turque a donc servi de véritable plaque tournante pour les produits envoyés depuis l’Allemagne. D’autres sociétés écrans allemandes ont également été utilisées.

L’affaire était professionnelle. On peut lire dans des communications internes de l’entreprise des références au fait de ne pas mentionner la Russie, ou encore de retirer tous les documents des cartons avant l’envoi… Mais ce n’est pas tout, du personnel était également nécessaire pour mener une telle opération : comptables, personnel logistiques et responsables commerciaux. L’enquête estime que certains des employés étaient au courant de la supercherie.

Selon les procureurs dont la porte-parole s’est exprimée auprès de Bild, la société a permis d’envoyer 16 000 fois des produits à la Russie pour une valeur de 30 millions d’euros.

L’oligarque Ilan Shor, le nouveau visage du contournement des sanctions occidentales du régime russe : « Il travaille clairement pour le FSB »