Felice : « tout est remonté »
Felice, présent dans le cortège au moment des faits, estime avoir échappé de peu à la mort. Il raconte avoir remercié un automobiliste arrivant en sens inverse avant de se déporter sur le trottoir, du côté droit de la rue des Canadiens. Quelques instants plus tard, la BMW est arrivée par l’arrière.
En larmes, il décrit « une scène de guerre », évoquant « des corps partout » et « du sang ». Le témoin affirme avoir confiance en la justice et salue « un procès exemplaire dans l’encadrement des victimes ». « Depuis quatre ans, j’ai tout enfoui en moi. Quand j’ai reçu la convocation, tout est remonté », confie-t-il. Il assure également n’avoir aperçu aucun signe de freinage. « La voiture avançait de manière rectiligne, à haute vitesse. »
Didier et son fils : « Un homme répétait qu’il allait mourir »
Didier comparaissait lui aussi devant la cour. Ce jour-là, il accompagnait son fils dans le cortège afin de soutenir leur ami Frédéric D’Andrea, qui effectuait sa première sortie comme gille depuis vingt ans. « À un moment, j’ai demandé à mon fils de monter sur le trottoir. Puis il y a eu l’impact. J’ai vu un vieux monsieur voler, puis cette voiture noire. Quelqu’un cherchait son papa », raconte-t-il.
Dans les secondes qui suivent, l’homme part à la recherche de son ami. « Je remonte la rue en courant. Fred était au sol. Sa compagne est arrivée en voiture, en sens inverse. Pendant quarante-cinq minutes, nous avons tenté de le réanimer. » Le témoin affirme ne pas avoir entendu la BMW arriver, ni klaxon, ni freinage.
Son fils livre un récit tout aussi éprouvant. « Un homme était à mes pieds. Il avait une ouverture à l’arrière du crâne et répétait qu’il allait mourir. J’ai essayé de l’aider avant de porter secours à d’autres personnes. » Les deux hommes pensaient initialement pouvoir surmonter l’épreuve sans accompagnement psychologique, mais les cauchemars se sont multipliés depuis le drame. Didier reconnaît ne plus trouver le sommeil.
Anthony, Medhi et Marino : « comme des marionnettes »
Anthony, placé à l’arrière du cortège, se souvient d’images particulièrement marquantes. « Mon père et mon beau-père s’étaient décalés sur le trottoir pour déposer des gobelets. Puis il y a eu un énorme impact. J’ai vu des gens voler comme des marionnettes. » Il explique avoir immédiatement cherché son frère, Medhi. « Je me retourne, je ne le vois plus. Puis je l’aperçois au milieu des corps au sol. Je n’ai vu aucune lumière de frein. » Tétanisé, Anthony tente malgré tout d’appeler les secours.
Medhi décrit, lui aussi, « un énorme boum venu de nulle part », suivi « d’un courant d’air » et « d’un vide » avant de comprendre qu’une voiture venait de traverser le groupe. « Je l’ai vue continuer à avancer », affirme-t-il. Il raconte ensuite avoir aidé un homme blessé aux jambes, installé sur un muret en attendant les secours. Selon lui, le conducteur n’a, « à aucun moment », donné l’impression de vouloir s’arrêter.

Les victimes restent solidaires face à l’horreur. ©DLE
Marino est revenu sur les images qui le hantent encore aujourd’hui. Il se souvient notamment du bruit de l’accélération, « de l’impact très violent » et d’un gille projeté sur le capot de la BMW, les bras ouverts. Il affirme que la BMW a freiné, que le gille est tombé et que la voiture a roulé dessus, avant de freiner à nouveau.
Depuis cette nuit dramatique, explique-t-il, sa vie « n’est plus la même ». Il dit avoir perdu le sommeil après avoir vu des victimes « voler comme des sacs-poubelle ».
Christelle et son fils, lequel se sent seul
Christelle, qui a souhaité être accompagnée de son fils, subit depuis les faits un profond traumatisme physique et psychologique. Collègue de Michelina Imperiale, avec qui elle partageait de nombreux moments festifs, elle ne garde aujourd’hui aucun souvenir de ce qui s’est passé et a été admise aux soins intensifs. Sa maison n’étant plus adaptée aux soins dont elle avait besoin, ses enfants ont décidé qu’elle poursuivrait sa revalidation chez son compagnon, une situation qu’elle n’avait jamais envisagée dans son parcours de vie.
« Je dois accepter que je ne suis plus la même femme qu’avant », confie-t-elle. Sa cuisse n’est toujours pas complètement réparée, mais elle a malgré tout tenu à reprendre le travail, d’abord à mi-temps, puis à trois quart-temps et en quatre cinquième. « Depuis mars, je suis sous antidépresseurs ». Évoquant les victimes, elle déclare : « Ce sont de très belles étoiles ».
Son fils, aujourd’hui âgé de quinze ans, dit « avoir perdu son enfance » le 20 mars 2022. « Ce jour-là, j’ai vu ma maman partir ». Malgré le soutien des amis de sa mère, il s’est retrouvé seul. « Tous les jours, depuis quatre ans, je me sens seul et incompris. J’essaie d’avancer, la tête haute, comme j’ai été éduqué. On se soutient pour que justice soit faite ». La présidente lui répond qu’il peut être fier de lui.
Son père se souvient quant à lui de l’appel reçu à 6 h 30, soulagé d’apprendre que son fils était vivant. Il s’est immédiatement rendu sur les lieux. « On recherchait sa maman et son beau-père. Je suis très fier de lui, car on m’a dit qu’il s’était comporté comme un grand garçon, soutenant sa maman et son beau-père ».
Maryse : « un véritable massacre »
Maryse et Nicolas accompagnaient leur fils, qui défilait comme gille dans le cortège. Maryse raconte avoir d’abord entendu « le bruit terrible d’un moteur qui accélère », avant d’assister à « un véritable massacre ». Elle dit avoir ressenti un immense soulagement en voyant son fils sain et sauf, tout en constatant que « nous étions entourés de morts ».
Tétanisée par la scène, elle regrette de ne pas avoir pu venir en aide aux victimes. « Ces choses-là ne devraient jamais arriver, on n’est pas préparé à ça », confie cette infirmière retraitée, évoquant des « gens fracassés de partout ». Très ému, Nicolas, ancien pompier, rend hommage au travail de ses anciens collègues. Lui a vu « un OVNI traverser la foule ».
Leur belle-fille n’est pas capable de suivre les audiences et de témoigner.