Il y avait notamment une poubelle à couches avec des selles séchées, incrustées à l’intérieur. « C’était déjà le cas quand j’étais en stage… deux ans plus tôt. Ce qui veut dire que ça n’a pas été nettoyé depuis », s’insurge-t-elle.

Elle dénonce aussi un micro-ondes, un congélateur, un lave-vaisselle et un lave-linge dans un état lamentable, « avec du moisi dans les joints ».

« Partout, il y avait des toiles d’araignées. Quant au dortoir, les draps n’étaient pas changés régulièrement et je n’ai jamais vu la directrice le nettoyer. Pareil pour le reste des espaces, dit-elle. Elle ne lavait pas le sol le soir avant de partir. Elle ne respectait pas les règles d’hygiène élémentaires obligatoires dans un milieu d’accueil. »

Des cafards qui flottaient

Louise décrit en outre des casseroles si brûlées qu’elle redoutait de devoir cuisiner dedans pour les bambins.

Un jour, elle a constaté que deux cafards morts flottaient dans l’eau d’un chauffe-biberon où chauffait un biberon destiné à un bébé de 6 mois.

« Le chauffe-biberon avait disparu puis la directrice l’a retrouvé mais elle ne l’avait pas lavé parce qu’elle avait la flemme. Elle ne se rendait pas compte qu’un tel manque d’hygiène pouvait avoir des conséquences graves pour des enfants si petits (comme des maladies). »

D’après Louise, la directrice passait beaucoup de temps sur son téléphone (ou avec sa propre fille après son retour de congé maternité, dès mars 2026) et si un enfant était plus difficile, elle le mettait à la sieste, le laissant parfois pleurer longtemps.

« Ce n’était pas des violences physiques mais il arrivait qu’elle mette un enfant au lit et qu’il hurle jusqu’à épuisement. Elle ne montait pas régulièrement pour surveiller les siestes. Elle ne respectait pas non plus le rythme des enfants, raconte Louise, sidérée. Il est même arrivé qu’elle mette une petite fille dans une caisse en carton (restée ouverte) parce qu’elle pleurait en attendant son repas. Je lui ai demandé ce qu’elle fabriquait et elle m’a répondu qu’elle avait fait ça parce que la petite était dans ses pieds. »

Du favoritisme

Selon Louise, la directrice avait des « chouchous » dont elle voulait bien s’occuper et d’autres bébés qu’elle rejetait.

Elle évoque notamment le cas d’une fillette qui n’était pas nourrie correctement.

« La petite avait des épisodes de vomissements. Les parents ont donc fait des tests pour voir si ce n’était pas à cause d’une allergie. Quand le papa amenait la petite le matin, il venait avec un porridge pour qu’on lui donne mais la directrice avait décrété que les vomissements étaient dus aux flocons d’avoine qui étaient dedans et elle n’a donc plus voulu lui donner. Mais à la place, elle ne lui donnait rien d’autre à manger, révèle Louise, choquée. En plus, on avait reçu un papier du médecin attestant que le problème ne venait pas des flocons d’avoine et que la petite fille pouvait manger de tout ! »

D’après Louise, d’autres enfants n’avaient pas les quantités de nourriture requises. « La directrice trouvait que les courses coûtaient trop cher ! En plus, elle avait, là aussi, la flemme d’aller les faire. Une fois, une collègue y est allée mais elle attend toujours d’être remboursée. »

Avertis de ces dérives, les parents ont retiré leur enfant tour à tour.

Le 30 avril, la crèche a fermé. Pas sur une décision de l’ONE mais parce que la directrice l’a elle-même décidé (voir ci-dessous).

Ce qui révolte les puéricultrices et les parents, c’est qu’elle pourra retravailler dans le secteur de la petite enfance si elle le souhaite, en étant passée sous les radars…

Des anxiolytiques pour ne pas craquer

Romuald, le père de la fillette qui déjeunait avec des flocons d’avoine, ne cache pas sa colère.

Il confirme qu’aucune allergie n’a été décelée et que sa fille n’était soumise à aucune restriction alimentaire.

« Quand j’allais la rechercher, la directrice disait que tout s’était passé nickel et qu’elle avait bien mangé. Puis j’ai appris qu’elle mentait. Jusqu’au repas de midi, ma fille n’avait donc rien dans le ventre depuis la veille au soir ! Comment peut-on faire ce métier si on se comporte ainsi ? C’est honteux, estime-t-il. Pas étonnant qu’en rentrant, ma fille se jetait sur le placard à biscuits. »

La fillette est restée de ses 3 à ses 20 mois Aux Bergeries. Romuald a constaté dans son comportement les effets de ces négligences.

« Si la puéricultrice s’occupait d’elle, ça roulait, mais elle était nettement moins cool quand la directrice était là. À cet âge, les enfants sont de vraies éponges émotionnelles, poursuit-il. C’est arrivé souvent que la directrice laisse pleurer ma fille dans un coin. Et 9 fois sur 10, la directrice était sur son téléphone quand j’allais la rechercher. »

La fillette est à présent dans un autre milieu d’accueil et s’y plaît. Le papa préfère balayer ce très mauvais souvenir et se concentrer sur l’avenir.

« Rien que de vous en parler, je me sens mal, confie-t-il. Je ne suis pas quelqu’un qui se met facilement en colère mais là, j’ai dû être sous Xanax (anxiolytique) pendant plusieurs jours, pour ne pas que je débarque chez la directrice. Je n’ai jamais été fâché comme ça contre quelqu’un. »

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Une autre puéricultrice, qu’on appellera Lucie, corrobore les faits rapportés par notre première interlocutrice à la crèche Aux Bergeries. Elle a aussi été témoin d’autres graves négligences.

Lucie a travaillé aux Bergeries de janvier à juin 2025. Plusieurs fois, la jeune puéricultrice a dû gérer seule la dizaine d’enfants qui fréquentaient le milieu d’accueil car la directrice restait dans son fauteuil en pianotant sur son GSM ou allait faire une sieste pendant son temps de travail. Sa collègue a fait le même constat.

Au niveau alimentaire, Lucie et Louise citent une série de négligences : non-respect de la chaîne du froid et des règles d’hygiène (pas de lavage des mains, pas de gants ni de charlottes, pas de distinction entre les zones propres et sales, vaisselle sale, etc), manque de diversification alimentaire et de repas équilibrés…

« La directrice cuisait par exemple des fish-sticks avec une quantité de beurre inadéquate pour des petits enfants ou elle leur donnait des aliments très sucrés alors que les parents avaient spécifié qu’ils ne le souhaitaient pas », révèle Lucie.

« Un jour, alors que j’étais à nouveau seule avec tous les enfants, j’ai dû donner à une petite fille un hachis parmentier que la directrice avait préparé la veille. Mais elle n’avait pas assez cuit les pommes de terre. Je les ai écrasées comme je pouvais et je lui ai donné mais la petite s’est étouffée car les morceaux étaient trop gros et trop durs, raconte Lucie. J’avais appris lors de ma formation comment réagir dans ces cas-là et j’ai réussi à faire recracher à la petite ce qu’elle avait ingurgité. Je n’ose pas imaginer ce qui se serait passé si je n’avais pas effectué les bons gestes. »

Les deux puéricultrices rapportent aussi que la maman de la directrice, dont l’habitation jouxtait la crèche, venait « s’occuper » des enfants lorsque la directrice était absente. Mais la mère aussi avait des comportements qui posent question.

« Dans le jardin qui était commun au milieu d’accueil et à la maison des parents de la directrice, j’ai vu le chien des parents uriner sur les jouets des enfants (alors que les bébés mettent tout en bouche), témoigne Lucie. Une autre fois, une fillette a poussé un enfant à terre. La maman de la directrice a alors poussé la fillette en disant qu’elle voulait lui « montrer ce que ça faisait ». Elle m’a reproché après de réconforter la petite fille. Un autre jour, la maman de la directrice a levé la main sur un enfant, comme pour mimer qu’elle allait le frapper, mais sans le toucher. »

Des gestes qui peuvent être traumatisants pour des enfants en bas âge.

« Plusieurs parents ont ainsi constaté des changements dans le comportement de leur bébé », conclut Lucie, qui a elle aussi répercuté les faits auprès des parents et de l’ONE.

Malgré les plaintes du personnel et d’une dizaine de parents, la directrice conteste

Plusieurs plaintes ont été déposées auprès de l’ONE pour manque d’hygiène et négligences. Un suivi a été mis en place. Insuffisant pour certains parents. La directrice, elle, ne s’estime pas en tort.

« La plainte d’un membre du personnel en juillet 2025 fut le point de départ des investigations de l’Office de la naissance et de l’enfance (ONE) », indique Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE.

Quand une plainte arrive, des agents ONE vont dans le milieu d’accueil concerné afin de constater ce qui est rapporté.

Il l’accompagne alors pour améliorer sa qualité d’accueil et ses pratiques. Cela se fait au fil des mois, avec des améliorations continues.

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L’ONE n’a pas fermé Aux Bergeries car il le fait seulement en cas de danger imminent et sans équivoque pour les enfants.

« Si ce n’est pas le cas, le milieu d’accueil est mis en demeure de se conformer aux attentes notifiées dans un timing défini, précise Sylvie Anzalone. Dans le cas qui nous occupe, le Comité de la subrégion de Namur (qui octroie et retire les autorisations des milieux d’accueil), a décidé en septembre 2025 de mettre Aux Bergeries en suivi renforcé. »

Selon la procédure prévue, le milieu d’accueil a donc été entendu, une réunion s’est déroulée avec les parents, des visites de la « coordinatrice accueil ONE » ont eu lieu et ses constats ont été consignés dans un rapport.

Déjà là, les parents étaient en alerte. Mais ils n’ont pas retiré leurs enfants laissant le bénéfice du doute à la directrice et puis parce que c’est la croix et la bannière pour trouver un milieu d’accueil en urgence.

Depuis octobre 2025, des visites d’agents ONE ont lieu une fois par mois.

Les conclusions de ce suivi renforcé seront présentées au Comité en juin 2026.

« En mars 2026, une plainte d’une puéricultrice signalant des manquements répétés (hygiène et négligences) a encore été déposée à l’ONE, ajoute Sylvie Anzalone. Une dizaine de plaintes de parents a suivi. La pression, fut telle que le milieu d’accueil a cessé ses activités le 30 avril. »

Près de 300 nouvelles places en crèche: la Wallonie débloque 10 millions d’euros pour « faciliter le quotidien des familles »« Les photos ne prouvent rien »

La directrice du milieu d’accueil se dit abasourdie de ces accusations et conteste tout, notamment le favoritisme envers certains enfants ou le fait qu’elle les laissait pleurer.

« S’ils ne s’endormaient pas, j’allais les chercher, assure-t-elle. Mais on a que deux mains et parfois, il faut faire des choix. On ne peut pas être partout. »

Elle affirme aussi avoir toujours respecté les normes de l’ONE et de l’AFSCA.

Entre décembre 2025 et mars 2026, elle était en congé de maternité. S’il y a eu des dysfonctionnements à cette période, elle estime donc ne pas en être responsable.

« En mon absence, l’ONE a exigé la présence d’une personne ayant le même diplôme que moi. C’est elle qui était responsable du milieu d’accueil, de même que les puéricultrices qui y travaillaient à ce moment-là. »

La directrice nie aussi que l’hygiène laissait à désirer. « Les photos ont été prises à un instant T mais ne prouvent rien ! Je n’en peux rien si le lave-vaisselle ne lavait pas bien. Concernant le nettoyage, tout était lavé quand je partais. Si les puéricultrices ne le faisaient pas alors que c’est elles qui devaient le faire, ce n’est pas de ma faute. »

Quant à la fillette censée déjeuner avec des flocons d’avoine, elle dit n’avoir jamais reçu de document du médecin attestant qu’elle pouvait en manger.

« Elle ne restait pas sans rien, elle avait des tartines ou des petits pains au lait, affirme-t-elle. Quant à l’enfant dans la caisse, je l’y ai mise parce qu’elle essayait de grimper dedans, pas parce qu’elle me gênait. »

La directrice ajoute que sa mère était légitime car elle avait un diplôme d’accueillante.

La directrice dit avoir fermé sa crèche par « choix personnel » et n’avoir rien d’autre en ce moment.

« Les puéricultrices ont raconté plein de choses fausses, regrette-t-elle. Les parents ont préféré les croire et ne sont pas venus vers moi pour trouver des solutions. »

L’ONE ne dresse pas de liste noire interdisant à certaines personnes de reprendre une activité similaire si elles le souhaitent mais pour le faire, il faut lui transmettre un dossier complet. L’Office de la naissance et de l’enfance dit en outre être attentif au passé d’un porteur de projet.