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Sous l’influence de substances et d’une secousse orgasmique d’outre-tombe, David est sujet à un phénomène inexplicable : il se retrouve projeté dans la peau de la jeune femme. La scène est impressionnante, Léa Seydoux observant son propre corps dans un petit miroir, découvrant sa poitrine, son sexe, son ventre, dans un exercice de dédoublement (voire de dissociation) impressionnant.

Notons que, depuis La Vie d’Adèle en 2013, qui recevait la Palme d’or (attribuée à Abdellatif Kechiche et à ses deux comédiennes), l’actrice a obtenu un droit de regard sur toutes les scènes où elle est dénudée.

"L’Inconnue" d’Arthur Harari, avec Léa Seydoux et Niels Schneider.« L’Inconnue » d’Arthur Harari, avec Léa Seydoux et Niels Schneider. ©D.R.Modianesque

Dans Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, présenté au Certain regard en 2021, le dernier film d’Arthur Harari (qui signait, entre-temps, le scénario d’Anatomie d’une chute de sa compagne Justine Triet, Palme d’or 2023) racontait déjà une identité à rebours, avec l’histoire d’un militaire japonais refusant de croire à la fin de la guerre et s’enfonçant dans la jungle philippine.

« Onoda »: un film de guerre… sans guerre

Ici, les identités des personnages (auxquelles s’ajoute celle de Malia, une jeune femme d’origine roumaine fan de musique punk, dont le père est joué par le réalisateur Radu Jude, qui présente Le Journal d’une femme de chambre ici à la Quinzaine des Cinéastes) sont sans cesse malmenées, transfigurées, révélées (comme en photographie), sans qu’on sache réellement le mystère qui préside à cette métempsychose, à cet échange inexpliqué des corps et des genres auquel le film choisit de croire.

Désespoir diluvien

Entrecoupé de cartes postales fantomatiques des années 1920, du souvenir d’un père disparu, le film prend des allures modianesques, à la fois déconcertant (« C’est le pire film que j’ai vu » a-t-on pu entendre en sortant de la salle, visiblement divisée), mais aussi troublant jusqu’à l’absurde.

Avec ses frères Lukas au scénario (qui avait illustré le roman graphique dont est tiré le film) et Tom à la photographie – Niels Schneider, lui-même issu d’une fratrie de comédiens, dont un disparu, trouve peut-être un parallèle dans celle des frères Harari -, Arthur Harari n’hésite pas à faire sombrer L’Inconnue dans un désespoir quasi diluvien. Pour le retremper dans la lumière en trompe-l’œil des bords de Loire, où Léa Seydoux et Niels Schneider, dépouillés de tout, s’agrippent l’un à l’autre façon Les Amants du pont Neuf de Leos Carax, acceptant de tout perdre pour mieux renaître.

Tant mieux car c’est sur It’s All Over Now, Baby Blue de Bob Dylan que se clôture le film, une chanson de rupture et de renaissance.

"L’Inconnue" d’Arthur Harari, avec Léa Seydoux et Niels Schneider.David ausculte son nouveau corps de femme (Léa Seydoux)… ©D.R.L’Inconnue

Drame De Arthur Harari Scénario Arthur Harari, Lucas Harari et Vincent Poymiro Photographie Tom Harari Musique Andrea Poggio, Enrico Gabrielli et Tommaso Colliva Montage Laurent Sénéchal Avec Léa Seydoux, Niels Schneider, Valérie Dréville, Radu Jude… Durée 2h19