Si les avancées numériques offrent aux jeunes d’énormes opportunités de créer des liens, elles recèlent aussi des risques d’être confrontées à des personnes mal intentionnées, qui menacent, par exemple, de diffuser des images intimes. Le phénomène d’extorsion sexuelle (ou sextorsion), en particulier, a explosé, pointe la Fondation pour enfants disparus et sexuellement exploités : il y a eu 433 nouvelles victimes en 2025, soit une augmentation de 143 % en un an (178 nouveaux cas en 2024).

Le nombre de garçons qui se font soutirer des images intimes explose : Child Focus a déjà ouvert plus de 350 dossiers de sextorsion en 2025Les filles visées par le sexting

Les auteurs font pression pour obtenir davantage de photos intimes (sextorsion de contenu) ou pour soutirer de l’argent (sextorsion financière). Dans cette dernière forme, 92 % des victimes sont des adolescents dont l’âge moyen était d’à peine 15 ans. En raison de la hausse vertigineuse des signalements de ce type, les garçons constituent, pour la première fois, le groupe le plus important de victimes d’exploitation sexuelle en ligne accompagnées par Child Focus en 2025.

De plus en plus de jeunes sont aussi victimes de sexting, c’est-à-dire la diffusion ou l’échange de messages, photos ou vidéos à caractère sexuel, sans le consentement de celle ou celui qui figure sur le document. Le nombre de cas a augmenté de 30 % entre 2004 (227) et 2025 (296). Ici, les cibles sont les filles dans trois cas sur quatre (74 %) – des gamines âgées de 14 ans en moyenne.

Les deepnudes, des images ou des vidéos intimes partiellement ou complètement générées par l’IA, font aussi des ravages : même fausses ou falsifiées, elles affectent les victimes comme si elles étaient vraies.

Un quadragénaire risque trois ans de prison pour avoir approché, à des fins sexuelles, une fille de 14 ans… qui n’existe pasNombre record de signalements de grooming

Dernier phénomène, qui a enregistré une hausse record : le grooming, un procédé par lequel un adulte entre en contact, en ligne, avec un mineur dans un but sexuel. Que ce soit une conversation, un échange d’images intimes ou une prise de rendez-vous réel en vue d’abuser du jeune. En 2025, Child Focus a enregistré 108 nouveaux cas, contre 43 en 2024 (un chiffre stable depuis 2021), soit une augmentation de 151 % en un an ! Âge moyen des victimes : 13 ans…

Au vu de ces constats, Child Focus plaide en faveur d’une application stricte du « Digital Services Act » (DSA), la loi européenne sur les services numériques qui impose des règles claires aux grandes entreprises de technologie. Les plateformes en ligne telles que Meta (Facebook et Instagram), TikTok et Google doivent prendre leurs responsabilités pour assurer un environnement numérique sûr pour les enfants et les jeunes, insiste la Fondation.

Child Focus soutient aussi l’élaboration d’un cadre législatif permanent (le règlement « Child Sexual Abuse ») pour intensifier la lutte contre les images d’abus commis sur des enfants. Ce texte fait encore l’objet de négociations.

Deux chasseurs de pédophiles l’avaient appâté sur internet avec des photos d’une fille de 14 ans« Des enfants dont l’intimité est détruite »

La ministre fédérale en charge du Numérique, Vanessa Matz (Les Engagés) a réagi au rapport 2025 alarmant de Child Focus. « Derrière ces chiffres, il y a des enfants et des adolescents dont l’intimité est détruite, manipulée, marchandée ou utilisée comme arme de chantage. L’ampleur du phénomène est alarmante et appelle une réponse ferme et coordonnée. » Le respect du DSA n’est pas facultatif, ajoute-t-elle : « Les plateformes numériques ont le devoir de protéger les mineurs, de détecter les contenus illicites, d’agir rapidement et de mettre en place de véritables garde-fous pour empêcher que leurs outils deviennent des terrains de prédation. »

La ministre Matz prépare un projet de loi visant à fixer un âge minimum d’accès aux réseaux sociaux, avec un mécanisme de vérification via une plateforme d’authentification. Le texte prévoit aussi la fin de l’anonymat malveillant en ligne.