« À l’époque de Mégamix, j’essayais de mettre de l’humour, du second degré dans ce truc très carré. Un journaliste avait écrit que j’arrivais à faire cela « dans ce grand rien ». Pour avancer, il faut quand même quelques regards légitimants. Sinon, non, je pensais être perdue pour la cause. Je voulais jouer, mais je me disais: « T’es trop nulle, tu ne peux pas le faire. Tu vas donc chérir ton présent dans ce que t’es en train de faire. »

Festival de Cannes : pour son président, Park Chan-wook, “Une bonne Palme d’or est un film qui reste pertinent dans le temps”Viriginie Efira, sur la Croisette à 15 ans, montrait des articles de Moustique

Virginie Efira est un peu chez elle sur la Croisette. C’est ici qu’elle est parvenue à se défaire de son image de jolie blonde du petit écran (sur RTL, puis M6 et Canal +) pour s’imposer comme une “vraie” actrice, à l’affiche, à la Semaine de la Critique en 2016, de Victoria de Justine Triet. Trois ans plus tard, la réalisatrice française lui offre le rôle de Sybil. “À Cannes, c’est intéressant la manière dont on est vue et perçue. Je crois réellement que c’est une réalité alternative. Avant, j’avais toujours l’impression que les gens se demandaient ce que la dinde de la télé venait faire là.”

Elle se souvient être venue sur la Croisette à 15 ans, en essayant de rentrer dans les soirées en montrant trois articles de Moustique (Télémoustique à l’époque) en disant: “Regardez, je fais des trucs…” “On me refusait l’accès. Mais la période humiliante n’était pas forcément nulle. Mais je sais que quand je suis venue pour Victoria, le fait que ça avait touché quelque chose d’aussi intime en moi, le fait d’avoir travaillé avec Justine et de voir que c’était suivi par les gens, c’était vraiment joyeux.”

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Depuis, Efira a été présente à Cannes quasiment chaque année, marquant les esprits en Benedetta pour Paul Verhoeven en 2021, à l’affiche de Revoir Paris d’Alice Winocour en 2022, de L’Amour et les Forêts de Valérie Donzelli en 2023 ou de Vie privée de Rebecca Zlotowski, l’année dernière. Mais aussi, consécration suprême, en tant que maîtresse des cérémonies en 2022.

J’ai eu la chance d’avoir des bons rôles

Travailler avec deux immenses cinéastes comme Farhadi et Hamaguchi a passionné Virginie Efira. “Avec l’un et l’autre, on se défait complètement d’un cinéma assez dominant en France, que j’ai beaucoup pratiqué et que j’aime, qui est le naturalisme social. Là, on a d’autres grilles de lecture, d’autres regards”, se réjouit l’actrice. Si elle se dit métamorphosée par le tournage avec le cinéaste japonais, celui avec Farhadi l’a quelque peu déstabilisée. “Je ne m’attendais pas à ce degré de précision, avoue-t-elle. Franchement, c’est compliqué, parce qu’il sait déjà exactement les mouvements qu’il veut que tu fasses, à quel moment tu dois prendre le verre… Tout est extrêmement chorégraphié.

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Si elle concourt cette année deux fois au prix d’interprétation, Virginie Efira refuse de rêver le décrocher. “Ce n’est pas la cérémonie des César, où il y a plein de votants. Un jury, c’est huit personnes. Ça peut partir dans tous les sens. C’est impalpable…”, explique l’actrice. Qui garde la tête sur les épaules, en se souvenant de sa réaction quand, en 2023, elle a enfin décroché son premier César pour Revoir Paris… “Je suis restée très Belge quand je l’ai reçu. On m’a dit : “T’as été cherché ton César, comme si tu étais allée chercher un expresso.” Après, le fait d’avoir eu plusieurs nominations, six je crois, ça ne veut pas dire que je suis bien, mais que j’ai eu la chance d’avoir des bons rôles. Parce que, franchement, un acteur, ce n’est pas grand-chose s’il n’est pas face avec des choses bien écrites, avec quelqu’un qui a une idée de l’image et du texte…”, conclut la comédienne.