Lettre à Paolo : « Lis-la tous jours »

Il a remis cette lettre à la cour et la présidente l’a autorisé à la lire à l’audience. Dans ce courrier, Antonio Gava estime que Paolo Falzone aurait pu assouvir sa passion dans des lieux adaptés et sécurisés. Selon lui, le drame était « annoncé », notamment à travers les publications diffusées sur les réseaux sociaux, où Paolo Falzone exhibait « ses exploits ». L’échevin affirme également que Paolo Falzone connaîtra désormais « la peur de perdre un proche sur la route » depuis qu’il est devenu père. « Ma mère a pleuré durant quarante-cinq ans, et nous avons pris perpétuité ».

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Arrivé à Strépy vers 1 heure du matin, Antonio Gava se souvient d’une ambiance conviviale. « On plaisantait entre nous. Je me rappelle que Michelina avait goûté les beignets préparés par ma belle-mère et qu’elle voulait la recette. Je ne pensais pas qu’à ce moment-là, je la reverrais plus tard dans de telles circonstances. »

La voiture salvatrice

Comme d’autres témoins, il estime que la voiture de Raymond, qui arrivait en sens inverse, leur a probablement sauvé la vie. « Sans cette voiture, nous serions restés sur la droite et il y aurait eu quarante morts. » Puis viennent les souvenirs du drame : la voiture surgissant à vive allure, le bruit terrible de l’impact, « le bruit des os qui éclatent ».

« J’ai été projeté au sol. Je suis tombé sur Salvatore. Quand je me suis réveillé, j’ai vu Salvatore et mon neveu. En me retournant, j’ai aperçu des corps sur une centaine de mètres et quelqu’un qui tentait désespérément un massage cardiaque sur Frédéric Cicero », raconte-t-il, avant de s’interrompre longuement sous le coup de l’émotion. « J’ai vu Michelina. Elle était brisée. Cette image reste gravée dans ma tête. »

Il a perdu la flamme

Blessé au côté gauche, Antonio Gava souffre encore de plusieurs séquelles physiques, dont deux hernies ayant nécessité une opération. Psychologiquement, il reste suivi et dort très peu. Il reconnaît également éprouver des difficultés de concentration lors des collèges communaux. Il se souvient enfin que la visibilité était excellente sur la rue des Canadiens. Il dit avoir perdu la flamme de faire le gille.

Salvatore estime avoir eu beaucoup de chance, n’étant blessé que légèrement à un bras. Il se souvient d’un bruit « d’essoreuse », un bruit métallique. Il n’a pas vu la voiture et a cru à une explosion. « Ma compagne m’a dit qu’une voiture noire était passée ».

Père et beau-fils

Hugues et son beau-fils Dominique ont eux aussi demandé à être auditionnés ensemble. Ils faisaient partie d’une autre société de Gilles, invitée par les Boute-en-train.

Dominique se trouvait devant le tamboureur, avec Frédéric D’Andrea à sa gauche et son beau-père à sa droite. Il dit avoir entendu « un bruit d’explosion » et vu « un flash blanc ». Sur le moment, il a cru à une explosion de gaz ou à un attentat. Il a aperçu son beau-père avant de perdre connaissance. Blessé aux mains, il affirme n’avoir ni vu ni entendu la voiture arriver.

« Après, ça a été très difficile. La seule chose qui comptait pour moi, c’était de sentir l’odeur des cheveux de mes enfants. La psychologue voulait travailler sur ma colère. Je suis transporteur et, depuis ce jour, je ne supporte plus les fous du volant. Il m’a aussi volé quarante-deux ans de ma vie, parce qu’on se voyait tous les jours. Ma femme, mes enfants et ma famille m’aident à tenir. »

La dernière danse de Frédéric D’Andrea

Hugues, lui, peine davantage à s’exprimer tant l’émotion reste vive. Parrain de Frédéric D’Andrea, il avait accepté de participer au ramassage sur l’insistance de ce dernier. « La dernière image que j’ai de lui, c’est Fred qui danse à contresens. Ensuite, je suis projeté et lui se retrouve sur la voiture. »

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Habitué du carnaval depuis plus de cinquante ans, Hugues demeure hanté par le bruit de l’accélération. « C’est ce bruit que j’entends encore chaque soir. Il me suivra jusque dans ma tombe. » Il évoque également « des crissements métalliques » et l’impression que son crâne partait vers l’arrière. « Il y a eu cette lumière blanche du réverbère, puis le noir. »

Le pardon, jamais !

Blessé, il a été transporté aux soins intensifs en raison d’une suspicion de rate éclatée. Plusieurs fractures lui ont été diagnostiquées et les séquelles psychologiques restent profondes. Sa vie sociale, autrefois très active, s’est considérablement réduite. « Je me suis isolé malgré moi, allant parfois jusqu’à tenir des propos incohérents », confie-t-il, évoquant même des pensées suicidaires. « C’est impardonnable. Je ne pardonnerai jamais. »

Depuis ce matin du 20 mars 2022, dit-il, sa vie lui a été volée. D’autres ont déclaré la même chose, pratiquement tous…