La situation sur le terrain prend des proportions inquiétantes. Selon la police fédérale, 33 canots pneumatiques ont tenté la traversée depuis la Belgique vers l’Angleterre cette année.
Oui, le nombre de migrants en transit espérant gagner l’Angleterre en passant par nos côtes a fortement augmenté depuis un an. L’an dernier, on ne comptait qu’un seul bateau chargé de migrants. Entre-temps, la France a durci sa politique migratoire, ce qui incite les passeurs – des criminels – à passer par nos côtes pour organiser des traversées à bord de canots pneumatiques.
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Vous êtes inquiet ?
Plus que jamais, je crains l’accident. Ces petits bateaux bondés risquent, un jour, de chavirer ou de tomber en panne de moteur. Il y aura des noyades… Nous ne pourrons pas venir en aide aux migrants en détresse. Notre priorité absolue doit être d’empêcher ces personnes d’embarquer à bord de ces canots.
Ces derniers jours, 75 migrants ont été arrêtés par la police à Bredene, Middelkerke et La Panne. Votre plan d’urgence a fonctionné comme prévu ?
Oui, le plan mis en place par la Province a bien fonctionné et les sans-papiers ont été arrêtés. On leur a ordonné de quitter le pays. Ce qui n’empêche pas de nombreux bourgmestres de me dire qu’au final, tout ce que nous faisons, ce ne sont que des coups d’épée dans l’eau… car les migrants en transit reviennent à chaque fois. Mais, si nous n’intervenons pas, nous allons en attirer encore davantage. Le résultat sera qu’on aura des structures d’accueil temporaires comparables à la « Jungle de Calais ».
La police locale peine à arrêter les passeurs. Comment faire pour neutraliser ces organisateurs de traversées clandestines ?
Plus que jamais, il faut anticiper et mettre en place un système de monitoring performant capable de repérer leurs faits et gestes. L’utilisation massive de drones me semble une évidence. La mise en place de caméras de surveillance performantes est prioritaire. Nous avons également besoin de caméras thermiques pour détecter des groupes qui traversent discrètement la frontière de nuit. Celles-ci peuvent suivre des véhicules ou des embarcations dans des zones peu surveillées. Il faut scanner les dunes constamment. L’ensemble de ce dispositif ne coûterait pas plus que dix mille euros par mois. Il devrait être géré par une antenne spéciale de la police fédérale qui en assurerait la coordination.
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Que peut faire notre pays face à ce casse-tête que constitue la problématique migratoire sur le littoral ?
La nomination, dans les meilleurs délais, d’un « gold commander » (responsable de la stratégie générale, NdlR) s’impose. La désignation de cette personne relève du ministre de l’Intérieur (Bernard Quintin, NdlR). Or, les chefs de corps de la police fédérale ne sont, à ce stade, pas enthousiastes à l’idée de nommer ce « commandant en chef » aux compétences élargies. Car cette personne disposerait d’une autorité hiérarchique sur les différents services de police, un fonctionnement qui, forcément, ne fait pas l’unanimité.
Comment sortir de cette impasse, vous restez optimiste ?
Pas vraiment. Les jours suivants s’annoncent ensoleillés et chauds. Les passeurs inciteront les migrants à effectuer la traversée tant que la météo le permet. Je crains le pire, car l’été est toujours une période d’activité intense.