Il y a environ 42 000 ans, un astéroïde frappait la Terre, laissant derrière lui un cratère d’impact de sept kilomètres de large, connu aujourd’hui sous le nom de cratère Hapcheon (bassin de Jeokjung-Chogye, en Corée du Sud). Un événement somme toute modeste à l’échelle de l’histoire géologique de la Terre malgré sa puissance. Mais une étude récente portant sur ce cratère montre toutefois que ce type d’impact aurait pu jouer un rôle inattendu dans l’essor du vivant sur Terre, et notamment lors de l’étape clé qu’est la Grande Oxygénation.

Durant l’Archéen, les impacts d’astéroïdes auraient pu créer des habitats favorables au développement de bactéries photosynthétiques. © Tim Bertelink, Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0
Grande Oxygénation : une étape majeure encore mal comprise
La vie serait apparue sur Terre il y a 3,8 à 4 milliards d’années, dans les profondeurs océaniques. Les plus anciennes traces fossiles que nous avons ne datent toutefois que de 3,5 milliards d’années. Elles appartiennent à des stromatolites, des structures sédimentaires construites par des colonies bactériennes comme les cyanobactéries. Or, ces micro-organismes auraient largement contribué à l’essor de la photosynthèse oxygénique, probablement dès 2,8 milliards d’années, enclenchant une lente oxygénation des milieux terrestres.

Ce duo de microbes pourrait expliquer comment la vie complexe est née sur Terre
Comment la vie est-elle passée de simples micro-organismes à des cellules complexes, puis aux animaux ? Une récente étude apporte de nouveaux indices sur cette transition majeure de l’histoire du vivant. En observant des interactions inédites entre microbes, les scientifiques éclairent un mécanisme possible à l’origine des cellules eucaryotes, celles dont sont issus tous les animaux, plantes et humains. Une découverte qui relance le débat sur l’émergence de la complexité biologique…. Lire la suite
Cette étape a été cruciale dans l’histoire du vivant, puisque la présence d’oxygène libre est certainement l’un des points clés ayant permis le développement d’animaux complexes. Pourtant, la façon dont s’est opérée cette oxygénation est encore mal comprise.

Stromatolites actifs actuellement dans la baie de Shark en Australie. © Paul Harrison, Wikimedia Commons, CC BY-SA 3.0
Lacs hydrothermaux post-impact : des oasis pour les cyanobactéries ?
L’étude portant sur le cratère Hapcheon, en Corée du Sud, pourrait apporter de nouveaux éléments en mettant en évidence le rôle des impacts d’astéroïdes. Dans le cratère, les chercheurs ont en effet découvert la présence de multiples stromatolites, indiquant que le lac formé après l’impact avait été rapidement colonisé par des communautés microbiennes de type cyanobactérien.
Les analyses géochimiques révèlent des signatures compatibles avec une activité hydrothermale, laissant penser que les stromatolites se seraient formés dans des eaux chaudes, réchauffées par la chaleur de l’impact emmagasinée dans les roches du sous-sol.
Pour les chercheurs, ce type de lac chaud post-impact pourrait avoir servi, dans un passé bien plus lointain, d’oasis à oxygène, en offrant des environnements favorables au développement de stromatolites.

Océan et atmosphère se sont enrichis en même temps en oxygène il y a 2,3 milliards d’années
Si une Terre sans oxygène nous paraît impensable aujourd’hui, c’est pourtant ce qu’elle était il y a 2,5 milliards d’années, jusqu’au moment où débuta la Grande Oxygénation. On ne sait cependant pas encore très bien comment s’est déroulée cette évolution chimique de l’atmosphère et des océans. Une nouvelle étude nous révèle les coulisses de cet épisode majeur dans l’histoire de la Terre…. Lire la suite
Il ne faut pas oublier qu’à la fin de l’Archéen, soit vers 2,5 milliards d’années, le bombardement météoritique était encore bien plus intense qu’aujourd’hui. En offrant des habitats propices aux cyanobactéries, les nombreux cratères d’impacts auraient donc peut-être permis d’accélérer l’oxygénation de la Terre… mais aussi d’autres mondes.

Il y a plus de 2 milliards d’années, les puissants impacts météoritiques auraient pu donner naissance à des lacs de cratère chauffés par l’activité hydrothermale, permettant le développement de colonies cyanobactériennes produisant de l’oxygène. © Lim et al. 2026, Communications Earth and Environment
Des conditions similaires sur Mars ?
L’étude, publiée dans la revue Communications Earth and Environment, suggère en effet qu’une histoire similaire aurait pu se jouer sur Mars, où l’on a retrouvé de nombreuses traces de lacs formés dans des cratères d’impact, comme Jezero ou Gale visités par les rovers (respectivement, Perseverance et Curiosity). S’il n’existe pour l’instant aucune preuve directe d’une vie martienne, ces anciens cratères lacustres représenteraient des sites d’exploration particulièrement prometteurs.