Il n’en fallait pas plus pour qu’un étudiant indien de l’université de Boston, Abhijeet Dipke, lance son parti pour exprimer le ras-le-bol de la Génération Z. Le 16 mai, le « Cockroach Janta Party », le parti du peuple cafard, poste son premier message sur X : « Moi aussi je suis un cafard ». Son slogan ? « Une force politique de la jeunesse, pour la jeunesse, par la jeunesse ». Il a attiré 15 millions d’abonnés sur Instagram en moins d’une semaine. C’est six millions de plus que le parti du premier ministre Narendra Modi, le BJP.

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Sans le vouloir, le président de la Cour suprême a mis le doigt sur la frustration qui ronge la jeunesse indienne. La crise du marché du travail force des millions à émigrer en Europe, en Israël, en Russie, partout où il y a un besoin de main-d’œuvre, même infime. On repère facilement ces laissés-pour-compte dans les aéroports indiens. Ils ont une vingtaine d’années, tiennent entre leurs mains un billet d’avion et une liasse de documents pour prouver qu’ils sont en règle lors du contrôle aux frontières. Ils portent des survêtements bas de gamme mais tout neufs. « Ils prétendent partir en vacances à Chypre ou ailleurs. En réalité, ce n’est qu’une première escale vers la destination où ils espèrent trouver du travail au noir. C’est triste », confiait il y a quelques semaines une employée de l’immigration à l’aéroport de Delhi.

Il y a quatre critères pour rejoindre le Cockroach Janta Party via son site : « être chômeur (contraint, par choix, ou par principe). Être paresseux (physiquement. Le cerveau peut continuer à tourner). Passer sa journée sur internet (au moins 11 heures par jour, pause toilettes comprise). Être un râleur professionnel (à condition que le propos soit incisif, honnête et pertinent). »

« Depuis dix à douze ans, le potentiel de millions de jeunes, qui étaient un véritable dividende démographique, a été gaspillé. J’habite aux États-Unis depuis deux ans et ici, le débat public porte sur le boom de l’industrie de l’IA et des semi-conducteurs, le développement des énergies propres… Mais en Inde, de quoi parle-t-on ? De la question musulmane. De la protection de la vache [sacrée pour les hindous]. En quoi ça aide les gens ? », a déclaré Abhijeet Dipke à un média indien le 20 mai.

« Trump ne peut pas poster des déclarations dans tous les sens » : derrière la guerre au Moyen-Orient, la frustration des médiateurs pakistanaisL’espoir pour idéologie

Le parti des cafards ne promet pas de société idéale et n’a pas d’idéologie. Il se contente d’insuffler un peu d’espoir avec quelques demandes simples pour plus de démocratie et d’égalité des chances. Il s’engage à ce que la moitié des sièges à la Chambre basse soit réservée aux femmes s’il arrive au pouvoir. Il promet d’interdire les groupes de presse détenus par des milliardaires proches du gouvernement. Tout député qui changera de bord sera inéligible vingt ans. Il a aussi demandé la démission du ministre de l’Éducation après un énième scandale de corruption qui a provoqué l’annulation du concours de médecine alors que les épreuves avaient déjà eu lieu.

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Ces revendications témoignent du ras-le-bol des Indiens de la génération Z à l’égard de la corruption, du chômage et de certaines dérives autoritaires dans la démocratie indienne. Les soupçons d’achat de députés de l’opposition, la suppression arbitraire de plusieurs millions de personnes des listes électorales ont défrayé la chronique ces dernières années. Jeudi, le compte X du parti des cafards a été suspendu en Inde, où le nombre de demandes gouvernementales pour censurer du contenu sur la plate-forme sociale est parmi les plus élevés au monde.

Le parti des cafards n’a pas annoncé son intention de se présenter aux élections. Le ton reste satirique sur ses comptes Instagram et Facebook. Le cafard est présent sur terre depuis au moins 200 millions d’années. L’organisation a promis de durer aussi longtemps. « Nous sommes là depuis la nuit des temps. Les empires naissent et meurent, nous survivons ! »