Anto Carte
Mois de Marie
s.d.
Huile sur toile
160 x 160 cm
Collection privée, CharleroiAnto Carte
Mois de Marie
s.d.
Huile sur toile
160 x 160 cm
Collection privée, CharleroiAnto Carte: Mois de Marie ©Collection privée, Charleroi

Le second fut le chef de file du mouvement Nervia qui dura dix ans, de 1928 à 1938. Anto Carte était entouré d’artistes comme Louis Buisseret, Léon Navez et Jean Winance.

En 2028, une exposition fêtera le centenaire de Nervia.

Au musée d’Ixelles: Les Nerviens valaient bien les Flamands

L’histoire de l’art belge a souvent opposé ces deux mouvements, le premier aurait été plus innovant, le second plus réactionnaire, qualifié à tort d’anti-moderne, de « théâtral » ou d' »imagier » disait-on. Les projecteurs étant au sud du pays braqués sur le seul surréalisme et au nord, sur l’expressionnisme de l’école de Laethem.

Pourtant Anto Carte fut choisi comme professeur par Henry Van de Velde créant La Cambre en voulant placer son école à la pointe de la modernité. Anto Carte participa aussi à la Biennale de Venise en 1920 et dans la foulée, fut invité aux États-Unis, au Mexique, élu membre du jury du prix de Rome.

En 2015, une exposition au musée d’Ixelles avait déjà montré les grandes convergences entre ces deux artistes. Celle au musée van Buuren confronte systématiquement les deux peintres sur de mêmes sujets. Il devient parfois difficile de dire qui a fait quoi.

Gustave van de Woestyne
Annonciation au milieu d'un paysage
1933
Huile sur toile
99 x 99 cm
Van Buuren Museum & Gardens collection
© van Buuren Museum & GardensGustave van de Woestyne
Annonciation au milieu d'un paysage
1933
Huile sur toile
99 x 99 cm
Van Buuren Museum & Gardens collection
© van Buuren Museum & GardensGustave van de Woestyne : Annonciation au milieu d’un paysage, 1933
Van Buuren Museum & Gardens collection © van Buuren Museum & GardensLe jardin intérieur

On retrouve chez les deux, la vie des champs, les gens ordinaires, les scènes religieuses adaptées aux campagnes du début du XXe siècle (il faut admirer la toute petite Annonciation au milieu du grand paysage brabançon de Van de Woestijne). Ils mettent en avant les visages burinés des travailleurs, les mains usées des paysans, la même attention aux « trognes » des paysans, mais aussi la douceur des maternités et les paysages doucement ondulés, baignés de lumière.

 » La vie intérieures se révèle dans le silence « 

Le thème choisi est le jardin, et même le jardin clos, le « hortus conclusus » des mystiques du Moyen Âge et des primitifs flamands, identifié à la vision paradisiaque du jardin de la Vierge. Le jardin qui devient tout autant un jardin intérieur. « La vie intérieure ne se révèle jamais aussi intensément que dans le silence », écrivait Gustave Van de Woestijne, en 1929.

Pour les deux peintres, l’horreur de la Guerre 14-18 puis la grande crise de 1930 les conforteront dans ce sens, il s’agit de quitter les villes, de revenir à la campagne, vers la vérité de l’humain, vers la figuration, de retrouver nos racines, y compris religieuses. Les deux mouvements s’inspirèrent des grands peintres du passé : Bruegel (le musée van Buuren possède une version de La chute d’Icare de Bruegel), ou les peintres italiens du Quattrocento.

Au BAM à Mons : La modernité et l’humanité d’Anto-Carte

Si chez Van de Woestijne, le paysage est habité de tensions, entre la nature et le désir humain, il est chez Anto Carte, un espace de silence et de douceur.

Anto Carte
Mère et enfant
1935
Huile sur panneau
99 x 79 cm
Private collection, BrusselsAnto Carte
Mère et enfant
1935
Huile sur panneau
99 x 79 cm
Private collection, BrusselsAnto Carte : Mère et enfant 1935
Private collection, Brussels ©Private collection, Brussels

Ces artistes connaissaient la nouveauté des cubistes et des fauves parisiens : symbolisation des corps, perspective écrasée, décomposition du sujet, couleurs. Si les Nerviens refusaient « l’avant-garde à tout prix », comme ils le disaient, ils étaient très sensibles à la contemporanéité.

Bien sûr, les deux mouvements – Laethem et Nervia- prirent ensuite des voies divergentes avec la seconde école de Laethem apparaissant dès les années 20 (Permeke, Frits Van den Berghe, Gustave De Smet) qui bifurqua résolument vers l’expressionnisme de type allemand alors que Nervia restait fidèle à ses préceptes de départ.

Territoires intérieurs, Anto Carte et Gustave Van de. Woestijne, musée van Buuren, Uccle, jusqu’au 27 septembre.