La cousine de Frédéric D’Andrea a notamment raconté avoir vu Paolo Falzone effectuer une marche arrière sur plusieurs centaines de mètres à vive allure dans la rue de la Croisette, où elle réside. Une scène qui l’avait profondément choquée. L’accusé affirme ne pas s’en souvenir.
Ancienne commerçante à Maurage, elle dit également l’avoir vu rouler régulièrement à vitesse excessive dans le village. « C’était de l’inconscience. Il aurait pu renverser des enfants », a-t-elle déclaré à la barre.
Voisine excédée par le bruit
Une autre témoin, enseignante et ancienne voisine de Paolo Falzone dans un lotissement de Maurage, avait préparé minutieusement sa déposition, arrivant au tribunal avec une clé USB contenant des images et un plan des lieux. À l’époque des faits, elle avait répondu à un appel à témoins afin de signaler le comportement routier de l’accusé.
Selon elle, les habitants du quartier vivaient au rythme des accélérations et des crissements de pneus d’une BMW qui perturbait régulièrement le calme du lotissement, surtout la nuit. Paolo Falzone, qui habitait la première maison de l’ensemble résidentiel, effectuait fréquemment des tours du carré central « à vive allure », malgré l’absence de nécessité.
Des scènes filmées par plusieurs caméras de surveillance, a précisé la témoin, qui redoutait déjà qu’un drame ne survienne. « Malheureusement, cette crainte s’est réalisée », a-t-elle confié. Elle a également expliqué que son mari devait sortir à Strépy le soir du drame, mais qu’il s’était finalement endormi chez eux.
Interrogé sur ces faits, Paolo Falzone a reconnu avoir accéléré dans le lotissement avant de rentrer chez lui. Il affirme qu’il faisait le tour du quartier afin de replacer son véhicule dans le sens de la sortie. Une justification immédiatement remise en question par Me D’Agristina, qui lui a rappelé qu’il disposait aussi d’un emplacement perpendiculaire devant son habitation. L’accusé a répondu qu’il se garait « toujours parallèlement », tout en reconnaissant qu’une autre place existait « un peu plus bas ».
Le voisin se sent coupable
Le voisin direct de Paolo Falzone, du même âge que lui, a livré un témoignage particulièrement éclairant. « Je voulais un endroit paisible pour élever mes enfants et je me suis retrouvé avec un fou du volant comme voisin », a-t-il déclaré.
Selon lui, les excès de vitesse étaient quotidiens, principalement la nuit. Il affirme avoir déjà demandé à plusieurs reprises à Paolo Falzone de ralentir. « Il me répondait de ne pas m’inquiéter, de manière hautaine », raconte-t-il. La situation aurait dégénéré en juin 2021, lorsqu’un nouvel épisode de pneus qui crissent en pleine nuit aurait réveillé ses enfants en pleurs.
« Je suis sorti, excédé, mais ma femme m’a retenu », a expliqué le témoin, qui dit aujourd’hui ressentir une profonde culpabilité envers les victimes. « Si je lui avais mis une claque éducative, on ne serait peut-être pas là aujourd’hui. Ça me ronge depuis », a-t-il confié. Des propos auxquels Grégory D’Andrea aurait répondu qu’il ne devait pas porter cette responsabilité.
Le lendemain de cet incident, le voisin affirme avoir contacté les parents de Paolo Falzone, propriétaires de la maison. Selon son récit, le père de l’accusé serait arrivé quelques minutes plus tard pour tenter d’apaiser la situation. « Il lui a dit : « Arrête de rouler comme ça. Un jour, tu vas tuer quelqu’un. » Cette phrase me hante encore », a déclaré le témoin.
Celui-ci précise que Paolo Falzone était resté passif pendant les remontrances de son père.
Le voisin policier
Un autre habitant du lotissement, policier de profession, a lui aussi témoigné de l’ambiance qui régnait dans le quartier avant le drame. Comme plusieurs riverains, il avait choisi cet endroit pour offrir un cadre paisible à sa famille. « Je voulais voir grandir ma fille dans un endroit calme », explique-t-il à la barre.
Mais très rapidement, le calme espéré laisse place aux nuisances provoquées par une BMW puissante qui traverse régulièrement le quartier à vive allure. « À l’époque, il n’y avait qu’une dizaine de maisons construites. Comme je n’étais pas policier sur la zone, je me contentais de gestes de la main pour lui demander de ralentir et j’en discutais avec son voisin », raconte-t-il.
Lui non plus ne comprenait pas l’utilité des tours répétés effectués dans le lotissement. Face aux inquiétudes grandissantes, les habitants avaient même créé un groupe Messenger afin d’échanger sur la situation. « On se disait qu’il fallait faire quelque chose. Je pense que l’agent de quartier avait été averti », précise le témoin.
Le policier était de service à Binche dans la nuit du 20 mars 2022. Il se souvient avec précision du moment où il a appris le drame. « J’entendais de nombreuses ambulances. Quand je suis arrivé à Binche, mes collègues m’ont annoncé qu’un strike venait de se produire à Strépy. »
Une fois sur les lieux, les images le marquent durablement. « J’ai vu des gens au sol, des pleurs partout. J’ai eu l’impression de revivre l’attentat de Nice du 14 juillet 2016 », confie-t-il.
Le témoin évoque encore aujourd’hui des souvenirs particulièrement difficiles. « J’essayais de cacher mes larmes, alors que certains collègues pleuraient discrètement eux aussi », raconte-t-il.
Selon lui, le traumatisme reste présent dans le quartier. Même après le départ de Paolo Falzone, plusieurs riverains disent continuer à faire preuve de prudence.