Comme à son habitude, la Nasa et l’ESA mettent régulièrement en ligne des images prises avec le mythique télescope spatial Hubble, montrant des objets célestes particuliers et souvent spectaculaires sous un aspect ou un autre.
Tout récemment, ce fut le tour de la galaxie NGC 1266, une galaxie lenticulaire située à environ 100 millions d’années-lumière de la Voie lactée quand on regarde en direction de la constellation d’Éridan. C’est une constellation de l’hémisphère austral qui doit son nom à un fleuve de la mythologie grecque.
Mais pour les astrophysiciens spécialistes de l’étude des galaxies, c’est une galaxie énigmatique, dotée d’un centre brillant et d’une face suggérant une structure spirale, sans toutefois présenter de bras spiraux apparents, comme l’explique un communiqué de la Nasa à son sujet. Elle est au moins pour eux une galaxie de transition, représentant un pont évolutif entre les spirales et les elliptiques.
Rappelons que les galaxies elliptiques, qui ne sont pas sous forme de disques, sont probablement le fruit de collisions suivies de fusion de deux grandes galaxies spirales. Ce qui est sûr, c’est qu’elles sont « mortes », elles ne produisent plus, ou quasiment plus d’étoiles, car elles ont été vidées d’une façon ou d’une autre de leur contenu en gaz. Il n’y a donc plus de nuage d’hydrogène et d’hélium pouvant s’effondrer en se fragmentant gravitationnellement pour donner des pouponnières de jeunes étoiles, comme c’est encore le cas dans les bras des galaxies spirales.
Le James-Webb continue de surprendre les théoriciens de la cosmologie en découvrant des galaxies lointaines et anciennes qu’ils n’avaient pas vraiment prévues. Mais il est encore trop tôt pour savoir s’il s’agit d’indication qu’il faut revoir notre modèle cosmologique ou simplement que nous ne savons pas encore en tirer correctement certaines de ses prédictions. Aujourd’hui, c’est la découverte d’une galaxie spirale la plus ancienne connue à ce jour qui laisse les chercheurs perplexes…. Lire la suite
Les galaxies lenticulaires ont, comme leur nom l’indique, la forme d’une lentille tout en possédant un bulbe central brillant et un disque aplati comme les spirales, mais elles sont dépourvues de bras spiraux. Elles présentent cependant un taux de formation d’étoiles très faible, voire inexistant, comme dans le cas des galaxies elliptiques.

Ces images du télescope spatial Hubble de la Nasa révèlent la galaxie lenticulaire NGC 1266. Cette galaxie énigmatique, ayant connu une phase de formation d’étoiles intense, possède un centre brillant et une face qui suggère une structure spirale, bien qu’elle ne présente aucun bras spiral discernable. Des amas et des filaments de poussière brun-rougeâtre masquent partiellement la face de la galaxie, tandis que la lumière rouge, bleue et orange de galaxies lointaines traverse ses régions extérieures diffuses et parsème le fond d’un noir d’encre. © Nasa, ESA, K. Alatalo (STScI) ; Traitement d’image : G. Kober (Nasa, Université catholique d’Amérique)
Une galaxie de transition
Dans le cas de NGC 1266, les astronomes pensent donc que l’on observe un maillon de la chaîne d’évolution des galaxies spirales aux galaxies elliptiques.
Il y a environ 500 millions d’années, NGC 1266 aurait avalé une petite galaxie, ce qui aurait eu deux effets. Tout d’abord, une flambée de formation de nouvelles étoiles, mais surtout un apport massif de gaz frais, qui a chuté sur le noyau de la galaxie. Cela aurait d’une part fait grandir son bulbe, et d’autre part alimenté fortement le disque d’accrétion d’un trou noir supermassif au cœur de NGC 1266, le transformant en noyau actif de galaxie et probablement en quasar.

Une concentration étrange de quasars, ces phares cosmiques, déroutent les cosmologistes !
Le James-Webb n’est pas le seul télescope à mettre en évidence de possibles anomalies dans la théorie de la formation et de l’évolution des galaxies, ainsi que des grandes structures qui les regroupent, selon le Modèle cosmologique standard. Sur Terre, le télescope japonais Subaru à Hawaï vient également de révéler une autre énigme avec une population de quasars, il y a plus de 10 milliards d’années…. Lire la suite
Le trou noir aurait alors produit de puissants vents de matière, en plus de jets le long de son axe de rotation, ce vent contribuant à éjecter le gaz encore présent dans le disque de la galaxie, alors que ce gaz s’épuisait rapidement aussi en raison de la flambée de nouvelles étoiles.
Le communiqué de la Nasa se conclut en expliquant que « les galaxies post-sursaut de formation d’étoiles comme NGC 1266 sont des sujets d’étude idéaux pour les astronomes qui souhaitent comprendre les processus physiques complexes qui inhibent la formation d’étoiles. Elles nous aident à mieux comprendre l’évolution des galaxies et la manière dont les trous noirs supermassifs interagissent avec leurs hôtes ».
