Arrivés récemment sur le marché français – Saxenda (liraglutide) en 2021, puis Wegovy (sémaglutide) et Mounjaro (tirzépatide) à l’automne 2024 –, les nouveaux traitements médicamenteux de l’obésité (TMO) gagnent du terrain. « En France, près de 100 000 personnes y auraient aujourd’hui recours », avance le Pr Emmanuel Disse, chef du service d’endocrinologie-diabète-nutrition à l’hôpital Lyon Sud (Hospices civils de Lyon), sur la base des volumes de ventes communiqués par les laboratoires.
Un mouvement appelé à s’amplifier, quand on sait que l’obésité touche un Français sur cinq. « Les TMO constituent l’un des champs de recherche les plus dynamiques de l’industrie pharmaceutique », constate le spécialiste. Bien étudiés dans le diabète, où ils sont prescrits depuis une vingtaine d’années, les analogues du GLP-1 commencent à être bien observés en conditions réelles d’utilisation dans l’obésité.
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Comment agissent-ils ?
Ces médicaments miment l’action d’hormones impliquées dans la régulation de la satiété : le GLP-1 (glucagon-like peptide-1) dans tous les cas, certaines molécules « imitant » en plus l’effet du GIP (glucose-dependent insulinotropic polypeptide) et/ou du glucagon. En se fixant sur les récepteurs cérébraux de ces hormones, ils en reproduisent les effets. Par ce biais, ils envoient au cerveau des signaux modulant le comportement alimentaire, en réduisant la sensation de faim et en induisant un rassasiement plus rapide, plus intense et plus durable.
Ils ralentissent également la digestion, avec une vidange plus lente du contenu de l’estomac vers l’intestin, ce qui aboutit à une diminution de la quantité d’aliments ingérés et à une prolongation de la satiété après les repas. Mais leur intérêt ne s’arrête pas là. « Les compulsions diminuent, les pertes de contrôle deviennent plus rares. Le food noise (ces pensées envahissantes liées à la nourriture) s’apaise nettement. Le craving, cette envie irrépressible de consommer certains aliments, se trouve lui aussi atténué », observe le Pr Disse.
Ces traitements peuvent également modifier les préférences alimentaires, en réduisant l’attirance pour les aliments gras et sucrés. La relation à l’alimentation s’en trouve profondément transformée. « Les patients décrivent souvent une impression de chape de plomb en moins. Ils ne sont plus en permanence dans le contrôle : ils peuvent s’arrêter de manger avec la sensation d’être repus, et non plus sur une injonction mentale », témoigne le Dr Cyril Gauthier, médecin-nutritionniste cofondateur de l’Emno (espace médical nutrition & obésité) à Dijon.
Quelle efficacité en attendre réellement ?
Le premier agoniste du récepteur au GLP-1, le liraglutide, administré en injection sous-cutanée quotidienne, permettait déjà une perte de poids moyenne d’environ 9 %. Aujourd’hui, il tend à être supplanté par des traitements plus récents, à la fois plus pratiques (une injection hebdomadaire) et surtout plus efficaces.
« Avec Wegovy (sémaglutide), la perte de poids peut atteindre jusqu’à 15 %. Quant au Mounjaro (tirzépatide), qui associe une double action GLP-1 et GIP, les résultats augmentent encore, jusqu’à 20 ou 21 % aux doses les plus élevées », rapporte le Pr Disse. Cet « allègement » s’obtient progressivement en douze à dix-huit mois de traitement. Mais ces chiffres proviennent d’essais thérapeutiques menés dans des conditions optimales : patients sélectionnés selon des critères très stricts, suivi rapproché…
Parfois, ils sont même indemnisés pour leur participation à ces travaux conditionnant l’autorisation de mise sur le marché (AMM). « Il s’agit d’un cadre très différent de la vie réelle, souligne le Pr Jean-Michel Oppert, chef du service nutrition à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière (APHP). Dans la vraie vie, les données (encore limitées et majoritairement issues d’études menées à l’étranger) suggèrent des progrès un peu moins élevés : environ 12 % de perte de poids avec le sémaglutide, et jusqu’à 17 % avec le tirzépatide. » Une efficacité qui demeure néanmoins significative. A titre de comparaison, les changements de mode de vie seuls permettent généralement une perte de 5 à 10 % du poids.
Font-ils mieux que la chirurgie bariatrique ?
Actuellement, non… Très développées en France (troisième pays au monde en nombre d’interventions), les interventions se montrent plus performantes. « Ainsi, la sleeve gastrectomie amène à une perte de poids de l’ordre de 25 %. Elle monte en moyenne jusqu’à 30 % pour un bypass », rappelle le Pr Disse. Mais cette supériorité pourrait vite disparaître.
« Le rétatrutide, un triple agoniste des récepteurs aux GLP-1, GIP et glucagon, permet déjà, dans les premières études, des pertes de poids de l’ordre de 25 à 28 % », confirme le médecin lyonnais. Ce principe actif, souvent présenté comme le prochain « grand bond en avant », est actuellement en phase 3 d’essais cliniques. Si ces derniers se révèlent concluants, une demande d’AMM pourrait être déposée fin 2026 ou début 2027.
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Au-delà du poids, quels bénéfices apportent-ils sur la santé ?
« On observe une action sur la Nash (« maladie du foie gras »), avec une diminution de l’inflammation hépatique. Ces médicaments présentent aussi des bénéfices au niveau des reins, du système nerveux central (avec un moindre risque de démence) et bien sûr du métabolisme », détaille le Dr Gauthier. Sur le plan glycémique d’abord, où ils contribuent à prévenir la survenue d’un diabète de type 2 chez des patients en situation d’insulino-résistance ou d’hyper-glycémie modérée à jeun, confirme le médecin nutritionniste.
Sur le profil lipidique également : les études montrent une baisse des triglycérides, une augmentation du cholestérol HDL (le « bon cholestérol ») et une diminution modérée du LDL (le « mauvais »). Enfin, les médicaments de l’obésité diminuent le syndrome d’apnées du sommeil et le risque cardiovasculaire, « avec environ 20 % d’événements en moins pour certaines molécules », précise le Dr Gauthier.
A qui s’adressent-ils ?
Selon leur autorisation de mise sur le marché, ces médicaments sont indiqués chez les personnes en situation d’obésité (IMC = 30), ou en surpoids (IMC = 27) associé à au moins une comorbidité, comme l’hypertension artérielle, le diabète de type 2 ou le prédiabète, la dyslipidémie, le syndrome d’apnées du sommeil ou une maladie cardiovasculaire.
Toutefois, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande de les réserver en priorité aux formes d’obésité les plus sévères (IMC = 35). Dans les faits, la décision revient au médecin prescripteur. « Dans tous les cas, ils ne sont jamais prescrits en première intention, mais après échec (perte de poids inférieure à 5 % en six mois) d’une prise en charge globale prolongée, associant diététique, suivi psychologique et activité physique adaptée », indique le Dr Gauthier.
Qui prescrit ce type de traitement et en assure le suivi ?
Délivrés sur ordonnance, ces médicaments peuvent être initiés et renouvelés par l’ensemble des médecins depuis juin 2025, et non plus seulement par des spécialistes de l’obésité. On consultera en premier recours son médecin généraliste : il évalue la situation, définit la prise en charge et débute le suivi. « Pour les situations plus complexes, il vous orientera vers un médecin nutritionniste ou un endocrinologue et, si nécessaire, vers un centre spécialisé de l’obésité (CSO). »
En pratique, le traitement est toujours commencé à faible dose, « puis augmenté par paliers, en fonction de la tolérance (notamment digestive) et de l’efficacité », décrit le Pr Oppert. D’où l’importance d’un suivi médical régulier, associant évaluations cliniques et contrôles biologiques (prises de sang) pour surveiller la tolérance, l’évolution du poids et du comportement alimentaire.
Il s’agit aussi de prévenir d’éventuelles complications (risques de carences, perte excessive de masse musculaire…) et d’ajuster les doses si besoin. Le médecin veille également à ce que l’alimentation reste équilibrée et la perte de poids progressive. « On sait qu’il faut perdre doucement. Une perte trop rapide (plus de 10 % en trois mois ou 20 % en six mois) doit alerter. A l’inverse, en l’absence de réponse suffisante (moins de 5 % de perte de poids après six mois), le traitement doit être réévalué », avertit le Dr Gauthier.
A quel point mange-t-on moins ?
Sous traitement, l’appétit diminue… et les portions aussi. « En moyenne, les apports caloriques baissent d’environ 30 % », observe le Pr Emmanuel Disse. Mais c’est une moyenne : chez certains, la baisse est plus modérée, chez d’autres beaucoup plus marquée.
« Toute leur vie, les personnes en situation d’obésité se sont vu répéter qu’il fallait manger moins, se restreindre… Avec ces traitements, elles ont enfin moins faim, sont rassasiées plus vite : perdre du poids devient plus facile. Le sentiment de reprendre le contrôle est puissant, parfois grisant. On se dit que ce n’est pas grave si l’on saute un repas, voire deux sur les trois recommandés, puisqu’on n’en ressent pas le besoin », développe le Dr Gauthier, qui met en garde contre ce faux sentiment de sécurité.
Manger trop peu, et perdre du poids trop rapidement, expose à des risques de carences, à une perte excessive de poids et de masse musculaire, parfois à une dénutrition. C’est pourquoi l’appui d’un diététicien est généralement recommandé. Point de vigilance majeur, les protéines : viande, poisson, œufs, produits laitiers ou légumineuses…
Avec ces traitements, il est nécessaire d’en consommer 1,2 à 1,5 g par kilo et par jour pour préserver sa masse musculaire. Côté apports énergétiques, on recommande de ne pas descendre sous certains seuils : environ 1 200 à 1 500 kcal au quotidien chez la femme, et 1 500 à 1 800 kcal chez l’homme. Une supplémentation peut par ailleurs être nécessaire. « Environ un patient sur cinq aura besoin de compléments vitaminiques », expose le Pr Disse.
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Quid des effets indésirables ?
Ces médicaments ralentissent la vidange gastrique, ce qui explique la fréquence des effets secondaires digestifs. Les plus courants sont les nausées (25 à 44 % des patients), la diarrhée (19 à 30 %), les vomissements (8 à 24 %) et la constipation (17 à 24 %). Le plus souvent d’intensité légère à modérée, ces troubles ont tendance à s’atténuer avec le temps. « Ils surviennent surtout à l’initiation du traitement, puis lors des augmentations de dose, généralement dans les vingt-quatre à quarante-huit heures suivant l’injection », relate le Pr Oppert. Il est important d’en parler à son médecin.
« On peut adapter les dosages et vérifier s’il existe des facteurs alimentaires susceptibles d’aggraver ces effets », confirme le professionnel. Pour les limiter, des mesures simples d’hygiène de vie sont recommandées : rester bien hydraté, consommer suffisamment de fibres, éviter les repas trop copieux et fractionner l’alimentation. Au-delà des effets secondaires d’ordre gastro-intestinaux, des pancréatites, des cancers de la thyroïde et des atteintes du nerf optique sont décrits dans les études. « Mais dans les faits, ces réactions plus graves restent très rares et même discutées », rassure le Pr Oppert.
Combien ça coûte ?
Le coût de ces traitements varie selon les molécules mais reste élevé. En moyenne, il faut compter entre 200 et 300 € par mois, parfois jusqu’à 400 € pour les doses les plus élevées. « De plus, les prix peuvent varier selon les pharmacies, avec des écarts pouvant aller de 30 à 50 % », signale le Dr Gauthier. Concernant la prise en charge par l’Assurance maladie, la HAS a rendu un avis favorable au remboursement du sémaglutide (Wegovy) en décembre 2024, puis du tirzépatide (Mounjaro) en décembre 2025.
Le dossier est désormais entre les mains des autorités sanitaires. Les modalités précises de cette prise en charge restent à l’étude. Selon nos experts, le dispositif envisagé reposerait sur une priorisation des patients les plus sévèrement atteints. « Le remboursement pourrait ainsi concerner d’abord les personnes ayant un IMC supérieur à 40 avec comorbidités, puis celles présentant un IMC supérieur à 35, dans une logique d’accès progressif au traitement », évoque le Pr Oppert. Les autorités devraient se prononcer à l’horizon 2026.
Un traitement à prendre au long cours
« Aujourd’hui, près d’un patient sur deux n’est plus sous traitement au bout d’un an », révèle le Pr Disse. En raison du coût et des effets secondaires digestifs des médicaments, mais pas seulement. « On entend souvent : « Ça marchait au début, mais plus maintenant. » En réalité, le traitement fait précisément son travail : empêcher la reprise de poids », clarifie le Dr Gauthier.
La perte de poids n’est en effet qu’une étape. La première année, les kilos diminuent. Puis la perte ralentit, voire prend fin, mais ce n’est pas un échec : le médicament continue d’agir. « Dans les études menées au-delà de deux ans, les patients poursuivant le traitement maintiennent leur perte de poids. A l’inverse, ceux qui arrêtent la médication reprennent en un an entre 60 et 75 % du poids perdu », rapporte le Pr Oppert.
D’où un message clé : « une prise au long cours, parfois à vie, peut être nécessaire, avec des doses ajustées à la baisse dans le cadre de la stabilisation du poids », insiste le Dr Gauthier. Car l’obésité est une maladie chronique. Le corps garde en mémoire son poids maximal et tend à y revenir. « Même après une perte importante, l’organisme reste programmé pour stocker », confirme le médecin nutritionniste.
Comme pour l’hypertension artérielle, ce n’est pas parce que les chiffres s’améliorent que l’on arrête le traitement, mais pour en maintenir les bénéfices. Les spécialistes recommandent aussi d’éviter les prises intermittentes. « A l’arrêt du médicament, le poids revient presque systématiquement. Et avec lui, le risque d’effet yoyo pondéral qui pèse sur la santé à moyen terme », regrette le Pr Disse.
Bientôt par voie orale !
Aujourd’hui, les traitements de l’obésité reposent sur des injections sous-cutanées, simples à effectuer et quasi indolores grâce des aiguilles très fines (4 mm). Mais la prochaine étape est déjà en vue : de nouveaux traitements par voie orale, issus de la famille des gliprons, des analogues du GLP-1 qui résistent au processus digestif. La molécule la plus avancée, l’orforglipron (Foundayo), en prise quotidienne, est en phase 3 d’essais cliniques. Elle pourrait être disponible en France dès 2027.
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L’enjeu d’une prise en charge globale
« Les médicaments de l’obésité n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans une prise en charge globale de la maladie », martèle le Pr Oppert. « Ils ne remplacent pas les modifications du mode de vie, qui restent la pierre angulaire du traitement de l’obésité ; de surcroît, ils sont d’autant plus efficaces lorsqu’ils sont associés à une alimentation équilibrée, une activité physique régulière et une réduction de la sédentarité », abonde le Pr Disse.
Dans ce contexte, un dispositif innovant vient de voir le jour : le parcours coordonné renforcé (PCR). Il s’adresse aux personnes présentant une obésité sévère et/ou avec complications associées. Déployé progressivement cette année sur l’ensemble du territoire, ce dispositif prévoit un accompagnement structuré et pluridisciplinaire associant médecin spécialisé de l’obésité, activité physique adaptée, suivi diététique et psychologique, ainsi que de l’éducation thérapeutique, dans le cadre d’un forfait pris en charge par l’Assurance maladie pendant deux ans. Pour en savoir plus, rapprochez-vous du centre spécialisé de l’obésité (CSO) le plus proche.
Où s’adresser ?
• Le site obesitefrance.fr donne accès à l’annuaire des quarante-deux centres spécialisés de l’obésité en France.
• La plateforme monpoidsmasante.fr indique tous les praticiens sensibilisés à l’obésité autour de chez soi.