Face à ce qu’il qualifie de « panique mondiale », le codécouvreur d’Ebola Jean-Jacques Muyembe a nuancé dans une interview à la RTS la gravité de l’épidémie actuelle en RDC, rappelant que le pays en a déjà jugulé plusieurs. Le scientifique appelle à avoir confiance en l’expertise des autorités.

La nouvelle épidémie d’Ebola progresse en Afrique centrale. En République démocratique du Congo (RDC), plus de 200 morts et près de 900 cas suspects ont été enregistrés en une semaine, d’après le ministère de la Santé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle désormais de risque très élevé – le niveau d’alerte maximal – à l’échelle nationale et de risque élevé au niveau régional. Sur le plan global, ce risque est évalué comme étant bas.

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Face à cette crise sanitaire, le codécouvreur d’Ebola Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, qui dirige l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) à Kinshasa, se dit « frappé » par la « panique quasi mondiale » provoquée par la récente épidémie, la 17e en RDC, rappelle-t-il. « Nous n’avons jamais eu une telle réaction mondiale. Ce n’est pas normal », estime le scientifique congolais interrogé par la RTS.

Nous en sommes à notre 17e épidémie d’Ebola. Nous avons l’expérience

Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, codécouvreur d’Ebola

Selon lui, cet emballement illustre une certaine peur après la pandémie de Covid-19. Beaucoup « pensent qu’Ebola se transmet comme le Covid. Or, c’est tout à fait différent. Ebola ne se transmet pas par voie aérienne », précise-t-il. Le foyer d’hantavirus déclaré sur le navire de croisière MV Hondius a encore « compliqué la situation ». « Il y a une confusion totale entre les données scientifiques, épidémiologiques, et la politique », regrette Jean-Jacques Muyembe-Tamfum.

Expérience et expertise des autorités

En plus de la RDC et de l’Ouganda, où trois cas ont été annoncés, dix pays voisins sont considérés « à haut risque » par l’OMS depuis samedi en raison des mouvements de populations dans la région. Le foyer de l’épidémie causée par le virus Bundibugyo se situe au nord-est de la RDC, dans une province reculée et contrôlée par des groupes armés, ce qui complique d’autant plus l’organisation de la réponse sanitaire.

>> Les précisions du 19h30 : Epidémie d'Ebola: le co-découvreur congolais du virus détaille la situation Epidémie d’Ebola: le codécouvreur congolais du virus détaille la situation / 19h30 / 2 min. / hier à 19:30

Jean-Jacques Muyembe-Tamfum se montre toutefois confiant. Des précédentes épidémies ont pu être maîtrisées par le passé malgré des problèmes sécuritaires, souligne-t-il. « Nous en sommes à notre 17e épidémie d’Ebola », insiste-t-il.

Le virologue appelle à « faire confiance » aux autorités congolaises, qui « possèdent l’expertise dans ce domaine », tout comme les autres pays de la région. « Nous avons l’expérience. L’épidémie [actuelle] sera jugulée avec l’aide des partenaires et du gouvernement. Il est possible que dans 2-3 mois, elle soit complètement contenue », assure-t-il.

Effets des vaccins et traitements nuancés

Pour l’heure, il n’existe pas de vaccin ou de traitement spécifique du virus Bundibugyo, qui présente un taux de létalité allant jusqu’à 50%. Là encore, Jean-Jacques Muyembe-Tamfum rappelle que des épidémies antérieures d’Ebola ont pu être contrôlées sans médicament ni vaccin, qui ont été développés lors des épidémies de 2018 et 2020.

La souche actuelle du virus n’est pas aussi létale que le virus Ebola du Zaïre

Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, codécouvreur d’Ebola

« Avant 2018, ce sont des mesures de santé publique, telles que l’isolement des malades, les internements sécurisés et la protection du personnel soignant dans les hôpitaux, qui ont permis de briser la chaîne de transmission et de contrôler les épidémies », explique le directeur, précisant que la souche actuelle du virus n’est « pas aussi létale » que le virus Ebola du Zaïre, par exemple.

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Le scientifique a bon espoir qu’un vaccin et un traitement soient prochainement déployés à large échelle pour le virus Bundibugyo, après des tests sur le terrain.

Mais pour Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, la priorité en RDC est aujourd’hui de rattraper le retard pris dans la détection du virus, qui a permis sa propagation. Il s’agit d’informer correctement la population en communiquant les risques et en engageant les communautés pour une participation globale à la riposte sanitaire. Des systèmes de détection rapides et des sites de traitement doivent également être mis en place.

>> Voir aussi l’interview dans le 19h30 de Thomas Jenatsch, directeur de la Coopération suisse en RDC : Entretien avec Thomas Jenatsch, directeur de la Coopération Suisse en RDC Entretien avec Thomas Jenatsch, directeur de la Coopération suisse en RDC / 19h30 / 5 min. / hier à 19:30

Propos recueillis par Olivier Dessibourg

Article web: Isabel Ares