Cette découverte date d’avril 2026 : Lucy Munro, spécialiste de Shakespeare au King’s College London, a mis la main sur trois documents inédits qui permettent, pour la première fois, de situer avec exactitude la résidence londonienne du plus célèbre dramaturge de langue anglaise.

Un mystère vieux de plus trois siècles et demi vient de se refermer. Les résultats de ses recherches ont fait l’objet d’une publication dans Times Literary Supplement.

Un bien immobilier perdu dans les flammes et dans l’histoire

Le 10 mars 1613, William Shakespeare achète une propriété dans le quartier de Blackfriars, à Londres. Une plaque commémorative au 5 St. Andrew’s Hill rappelle encore aujourd’hui cette transaction, avec la mention near this site, qui signifie « près de cet endroit ». Cette précision toute relative a longtemps alimenté le flou.

Des mathématiciens australiens ont calculé que, si tous les chimpanzés du monde disposaient de la durée de l'Univers, ils n'arriveraient « presque certainement » jamais à reproduire les œuvres de Shakespeare. © tookitook, Adobe Stock

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Le problème ? La petite-fille du dramaturge, Elizabeth Hall Nash Barnard, revend le bien en 1665. L’année suivante, le Grand Incendie de Londres ravage environ 15 % des habitations de la ville, emportant avec lui la maison. Des siècles durant, les historiens ne pouvaient qu’approximer son emplacement.

Trois éléments nouveaux ont permis de trancher :

Un plan d’étage de la propriété, conservé dans les London Archives.Un rendu cartographique du quartier de Blackfriars daté de 1668, soit deux ans seulement après l’incendie.Deux documents complémentaires identifiés lors de recherches en archives.

Le plan révèle une structure mesurant 45 pieds (environ 13,7 mètres) d’est en ouest, et entre 13 et 15 pieds de largeur à chaque extrémité. Assez large pour être divisé en deux logements distincts, ce qui suggère que Shakespeare y voyait à la fois un lieu de séjour et une source de revenus locatifs.


Plan du quartier de Blackfriars, 1668. © Archives de Londres, Corporation de la Cité de Londres

Shakespeare à Londres : investisseur ou habitant régulier ?

« Il a parfois été supposé qu’il avait acheté cette propriété uniquement comme investissement, mais nous ne savons pas si c’est vrai, ni s’il ne l’a jamais utilisée pour lui-même », souligne Lucy Munro. L’argument géographique est frappant : le logement se trouvait à quelques pas du théâtre de Blackfriars, où Shakespeare travaillait. Acheter un bien aussi proche de son lieu de travail sans jamais y dormir paraît franchement peu probable.

La chronologie renforce cette thèse. En 1613, Shakespeare cosigne Two Noble Kinsmen avec le dramaturge londonien John Fletcher. On sait aussi qu’il séjourne à Londres en novembre 1614. « N’est-il pas probable qu’il ait alors logé dans sa propre maison ? », interroge Munro. La réponse coule de source.

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Certes, Shakespeare passait la majeure partie de ses dernières années à Stratford-upon-Avon, sa ville natale, à environ 160 kilomètres au nord-ouest de Londres. Mais cette double vie entre province et capitale correspond bien au profil d’un auteur à la notoriété grandissante, tiraillé entre ses racines et les exigences de la scène londonienne.

Quant au site aujourd’hui ? Ces cent dernières années, l’emplacement de l’ancienne demeure a successivement hébergé une imprimerie, un cabinet d’architecture, un grossiste en moquettes… et, ironie de l’histoire, l’Association nationale du livre. Difficile de rêver meilleure chute pour une redécouverte littéraire de cette ampleur.

Cette localisation précise ouvre désormais la voie à des fouilles archéologiques potentielles dans le sous-sol du quartier de Blackfriars, qui pourrait encore receler des fondations de l’époque élisabéthaine, attendant silencieusement d’être exhumées.