Vient ensuite la première – qui est aussi la dernière – exécution du concerto en si mineur opus 104 de Dvorak dans ces finales 2026. Aucun Schumann, un seul Dvorak : les amateurs de musique du XIXe ne sont pas à la fête cette année, mais on profite d’autant plus de ce moment qu’il est unique. Comme le premier concerto pour piano de Brahms, le concerto pour violoncelle de Dvorak s’ouvre par une très longue introduction de l’orchestre, au cours de laquelle on scrute le regard du soliste en se demandant où il vole. On aura très vite la confirmation que Martin est un conteur né, capable d’emmener toute une salle dans son monde imaginaire, un Monde nouveau mais pas si lointain dont les grandes étendues sont familières et qui s’étend jusqu’aux marais de Rusalka.
Certes, l’une ou l’autre attaque du soliste sont parfois un soupçon imprécises (celles des cors de l’Orchestre National le sont aussi, et plus souvent), mais il sait faire chanter son instrument, et prend en le faisant un plaisir que ne montrait pas Maria Zaitseva. L’allegro initial est tellement épique qu’Anthony Hermus a raison de le conclure en indiquant à la salle qu’il est trop tôt pour applaudir. C’est qu’il y aura ensuite un adagio ma non troppo intense, éminemment mittel-européen dans sa façon de mettre l’âme en avant, et un finale empreint de panache mais sans excès.