Laurette Onkelinx , vice-Premier ministre en affaires courantes - PS (Christophe Bortels)Laurette Onkelinx , vice-Premier ministre en affaires courantes - PS (Christophe Bortels)En 1996, Laurette Onkelinx était alors ministre présidente, en charge de l’enseignement. ©Christophe Bortels

Aujourd’hui, la colère vise le « décret-programme 2 » du gouvernement MR-Engagés et comme en 1996, la contestation dépasse largement les syndicats traditionnels et se diffuse établissement par établissement.

Figure historique du mouvement syndical enseignant, Régis Dohogne dénonce les mesures du gouvernement Des écoles à l’arrêt… comme en 1996

Le parallèle est d’autant plus frappant que la mécanique du mouvement ressemble elle aussi à celle des années 90. En février 1996, les syndicats avaient lancé des grèves tournantes par province, avant que certaines écoles ne basculent dans des arrêts quasi continus pendant des semaines. Aujourd’hui encore, plusieurs établissements fonctionnent au ralenti tandis que d’autres ferments complètement.

Nous n’en sommes pas encore là mais… « à l’époque, la grève a duré trois mois et elle était fortement suivie », rappelle Bernard Delvaux. « Cependant à l’approche des examens, il était devenu assez difficile pour les enseignants de maintenir la pression, mais pendant des semaines, une grande partie des élèves du secondaire francophone n’ont pratiquement plus eu cours. « 

Va-t-on vers une annulation des examens de fin d’année ?

L’autre point commun saute donc aux yeux : la proximité du vote politique avec la fin de l’année scolaire. En 1996 comme aujourd’hui, les manifestations s’intensifient alors que les examens approchent. Il y a trente ans, Laurette Onkelinx accusait le mouvement de prendre les élèves « en otage ». « Il y avait clairement une tentative d’opposer les parents et les enseignants », rappelle le chercheur. Une stratégie qui pourrait réapparaître dans les prochains jours si les perturbations s’étendent bien jusqu’aux examens…

Bernard Delvaux pointe également une différence importante entre les deux époques. En 1996, c’était le PS qui portait les réformes contestées, provoquant une fracture importante avec les syndicats proches du monde socialiste. Aujourd’hui, la contestation vise principalement le MR et Les Engagés. Mais dans les deux cas, le moteur reste le même : une logique d’économies dans un système éducatif jugé sous-financé par ses acteurs.

Les examens comme point de bascule

Reste désormais la grande inconnue : jusqu’où le mouvement peut-il aller ? En 1996, les grèves s’étaient progressivement essoufflées à l’arrivée des examens de juin. Les mesures avaient finalement été votées et appliquées. « De mémoire, les enseignants n’ont pas obtenu grand-chose à court terme », reconnaît Bernard Delvaux. Mais tout de même, cette grève historique a été l’occasion pour les enseignants de prouver qu’ils sont capables d’entretenir un rapport de force avec le gouvernement.

Anciaux-Dohogne-1996Anciaux-Dohogne-1996– Manifestation des enseignants contre les mesures Onkelinx: Régis DOHOGNE (CSC) – ANCIAUX (CGSP / FGTB) ©BELGA

Aujourd’hui, les syndicats et les collectifs répètent déjà que le report du vote du 27 mai ne marquera pas la fin de la mobilisation. Une perspective qui rappelle, là encore, les tensions de 1996. Reste à savoir si cette colère pourra tenir jusqu’aux examens. En 1996, c’est précisément à ce moment-là que le rapport de force avait commencé à se fissurer.

Pourquoi « le plan Onkelinx » a-t-il provoqué des grèves historiques ?

Le 2 février 1996, le parlement de la communauté français adopte le très contesté « plan Onkelinx ». Derrière ce décret porté par Laurette Onkelinx, un objectif clair : économiser 5 milliards de francs belges soit près de 125 millions d’euros. Pour y parvenir, le gouvernement prévoit notamment la fusion ou la disparition des écoles composées de moins de 400 élèves ainsi que la suppression de 3000 emplois dans l’enseignement secondaire francophone.

Très vite, la colère explose. Les enseignants dénoncent un coup porté à un secteur déjà fragilisé par des années d’économies budgétaires depuis le transfert de la compétence « enseignement » du fédéral aux communautés en 1989. Cette fois, le mouvement dépasse largement les salles des profs : les élèves et les étudiants rejoignent eux aussi massivement la contestation.

Le 8 février 1996, marque le premier jour d’action. La grève est lancée. Dès le lendemain, les syndicats enclenchent des grèves tournantes par province. Dans plusieurs écoles du secondaire, les cours s’arrêtent totalement pendant plusieurs semaines.

Manifestations monstres, occupations, actions coup de poing : petit à petit, le mouvement devient historique. Malgré plus de vingt manifestations et près de quatre mois de mobilisation, le gouvernement et Laurette Onkelinx ne cèdent rien. À l’approche des examens, le mouvement finira par s’essouffler et le « plan Onkelinx » sera maintenu. La contestation sociale ne reprendra pas le septembre de l’année suivante. Mais ces mois quasi sans cours dans une grande partie de l’enseignement primaire et secondaire resteront comme la plus longue grève de l’histoire de l’enseignement belge.