Toutefois, les frères du gille D’Andrea ont tenu à rappeler que les règles en matière de sécurité routière n’avaient pas été respectées par Paolo Falzone. La vitesse et le manque d’attention sont les causes de l’accident. Les frères ont tenu à recentrer le débat. L’accusé roulait à 174 km/h dans une zone limitée à 50 et avait les yeux rivés sur son téléphone.

Falzone répond qu’il ne savait pas

Plusieurs témoignages sont venus alimenter la première question. Un coiffeur de Maurage, qui connaissait Paolo Falzone depuis plusieurs années, a expliqué recevoir chaque année les affiches annonçant le carnaval et les différentes activités folkloriques. Selon lui, un panneau informatif était clairement visible pour les automobilistes.

L’avocate de certaines parties civiles, Me D’Agristina, a également rappelé que des barrières étaient installées dans le village, que des camions de forains occupaient l’espace public et et que le carnaval se déroule traditionnellement le dimanche. Connaissant les lieux comme sa poche, l’avocate a demandé à Paolo Falzone le chemin qu’il a emprunté, la veille des faits, pour se rendre chez son coiffeur à Bois-du-Luc. Sur ce point, l’accusé s’est montré imprécis.

Le coiffeur de Maurage a par ailleurs décrit un conducteur connu dans le village pour sa conduite rapide. « Plusieurs personnes lui avaient demandé de rouler moins vite », a-t-il affirmé. Lorsqu’il a appris le drame, il a indiqué avoir immédiatement pensé à Paolo Falzone.

Le secrétaire de la société des Boute-en-train a rappelé que les soumonces n’avaient finalement pas eu lieu cette année-là, le maintien du carnaval ayant été confirmé tardivement. Paolo Falzone a également affirmé ne pas avoir remarqué la présence des forains ni les préparatifs liés au carnaval dans le village.

La sécurité

La seconde partie des débats a porté sur les conditions de sécurité entourant le ramassage des Gilles. Le président de la société organisatrice a confirmé que des signaleurs étaient censés encadrer le cortège conformément à un arrêté communal du 7 mars 2022. Celui-ci imposait notamment une circulation sur une demi-chaussée, la présence de signaleurs en gilets fluo, l’utilisation de feux orange clignotants et la présence d’un véhicule de sécurité.

Plusieurs témoins ont toutefois reconnu qu’avant le drame, ces mesures étaient peu appliquées ou insuffisamment contrôlées. Le président des Boute-en-train a indiqué qu' »aucune directive » concrète n’était réellement donnée avant les faits. Le secrétaire de la société a affirmé n’avoir jamais vu de signaleurs lors des ramassages organisés dans la région avant mars 2022.

Les auditions ont également mis en évidence certaines imprécisions dans l’organisation. Le trésorier de la société a expliqué que les directives communales étaient simplement transmises aux membres, sans véritable suivi. Un employé communal chargé de l’organisation des carnavals de Maurage et de Strépy s’est montré incapable de préciser si les signaleurs devaient se placer derrière le groupe folklorique ou à l’arrière du cortège. Comme il n’y a jamais eu de problème, il n’y a pas eu de remise en question non plus… sauf après le drame.

Les débats ont enfin porté sur l’existence supposée d’un véhicule de sécurité présent avant le drame. Selon certains témoignages, ce véhicule aurait disparu à l’entrée de la rue des Canadiens. Les organisateurs ont indiqué ne disposer d’aucune information à ce sujet.

Drame évitable ? Pas vraiment…

Malgré ces interrogations sur l’encadrement du cortège, plusieurs parties civiles ont rappelé les circonstances relevées par l’enquête. Paolo Falzone circulait à 174 km/h dans une zone limitée à 50 km/h et consultait son téléphone au moment des faits.

Le véhicule a percuté le côté droit du cortège, qui occupait une demi-chaussée.

Enfin, le périmètre de sécurité était d’application dès 7hOO dans une zone définie, soit deux heures après ce terrible drame qui a coûté la vie à sept personnes.

La Ville avait mis les moyens dans sa com’

Ce n’est pas le procès de la Ville de La Louvière mais celui de Paolo et d’Antonino Falzone. D’ailleurs, la Ville avait mis les moyens dans sa communication.

Responsable du service « animation » de la Ville de La Louvière, une jeune femme est revenue sur les réunions de sécurité organisées ainsi que sur le contexte de l’époque. Elle a rappelé qu’en mars 2022, les activités avaient pu reprendre après de longues semaines de confinement.

« Toutes les sociétés ont été réunies en présence des autorités communales et de la police. Lorsque nous sommes passés en code jaune, nous avons pu lancer la saison des carnavals et plusieurs communiqués ont été adressés à la presse », explique le témoin.

Elle précise également qu’un bulletin communal avait été distribué dans toutes les boîtes aux lettres. « Une conférence de presse a aussi été organisée et diffusée en direct sur les réseaux sociaux de la Ville au moment du passage en code jaune. La police a également communiqué via ses réseaux sociaux et son site internet. Des affiches ont par ailleurs été placées dans les commerces et les écoles. »

Interrogée par un juré, la témoin affirme que la Ville avait fortement misé sur la communication autour des carnavals. « La couverture médiatique a été importante, tant au niveau régional que national. On parlait de la saison des carnavals partout », souligne-t-elle. Elle évoque aussi la présence de panneaux d’interdiction de stationnement dans les rues de Strépy.

Me Discepoli s’est ensuite interrogé sur la distribution d’un toutes-boîtes auprès des riverains de la rue de la Croisette et de la rue des Canadiens. La témoin répond par la négative, précisant que ces deux rues se trouvaient en dehors du périmètre de sécurité.

Enfin, l’ancienne responsable du service communication de La Louvière confirme qu’une « campagne particulière et alternative » avait été déployée sur les réseaux sociaux et sur internet à l’occasion du premier carnaval organisé dans la région du Centre, après l’annulation de celui de Binche. « Une centaine d’affiches aux formats A3 et A1 ont été distribuées aux entrées de la ville », indique-t-elle.

Les élus ainsi que de nombreux citoyens avaient relayé les informations diffusées par la Ville de La Louvière. Des bâches de grande visibilité avaient également été installées sur l’Hôtel de Ville de La Louvière, une bonne semaine avant le drame.