aTrouver des composés organiques sur Mars est une chose assez rare, surtout avec de telles quantités. En mars dernier, une trouvaille du rover Curiosity dans le cratère de Gale avait fait couler beaucoup d’encre. Il s’agissait d’une roche contenant des composants avec jusqu’à 12 molécules de carbone, ce qui en fait un des plus grands échantillons contenant de la matière organique.

Avec cette découverte, une question : est-ce que cela est une biosignature ? Une trace laissée sur Mars par une ancienne forme de vie. Ou est-ce que l’on peut tout expliquer avec de simples processus abiotiques n’impliquant pas le moindre être vivant ?

Le dilemme est difficile à résoudre puisque le rover Curiosity ne dispose pas de capacités d’analyse suffisantes pour trancher, mais les scientifiques pensaient alors avoir affaire à des acides gras, une substance qui, sur Terre, est produite lors d’interactions avec le vivant. Cela dit, d’autres processus, notamment géologiques, peuvent arriver au même résultat avec uniquement des minéraux et de l’eau. Au mieux, cela prouve que Mars a connu un environnement dans lequel les premières briques de vie auraient pu se développer, mais pas la vie elle-même.


Le cratère de Gale. © Nasa, JPL

Désormais, une nouvelle étude parue dans la revue scientifique Astrobiology revient sur cette découverte. Sans possibilité d’accéder directement à l’échantillon, et avec les moyens limités dont dispose le rover martien, l’équipe de chercheurs rassemblant des spécialistes de la Nasa, mais aussi la Française Caroline Freissinet, spécialiste de l’exobiologie, ont dû trouver une parade pour en savoir plus.

Dans cette étude, ils ont donc mené des expériences en laboratoire pour savoir comment des roches martiennes, altérées par des radiations durant 80 millions d’années, pourraient conserver une telle quantité de composés organiques, sachant que ceux-ci ont tendance à se briser sous l’effet des rayons solaires, surtout s’ils ne sont que très peu protégés par l’atmosphère, comme c’est le cas sur Mars.

Aucune explication abiotique valable

Selon leur modèle, pour que Curiosity ait détecté autant de molécules sur cet échantillon, cela signifie qu’il y en avait infiniment plus il y a quelques dizaines de millions d’années. Or, pour arriver aux quantités indiquées, un processus abiotique semble très peu réaliste.

Les chercheurs ont examiné plusieurs sources possibles, comme les poussières cosmiques ou les météorites, qui ont pu apporter des molécules organiques à la surface de Mars, mais les modèles ne permettent pas d’arriver aux quantités trouvées.

Il pourrait également s’agir de molécules créées lorsque l’atmosphère martienne ne s’était pas encore échappée, et qu’elle ressemblait alors un peu plus à celle de la Terre. Mais là aussi, l’idée se heurte au fait que Mars n’aurait pas contenu suffisamment de méthane par rapport à la quantité de dioxyde de carbone pour arriver à un tel résultat.


Le rover ExoMars encore en construction pourrait aller forer sous la surface pour trouver des traces de vie. © Thales Alenia Space, Altec

De même, si des molécules complexes formées profondément sous la surface, dans le manteau, étaient remontées suite à des impacts de météorite, la composition de la roche aurait été tout autre, ce qui exclut également cette possibilité.

Au final, les chercheurs n’ont pas trouvé d’explication abiotique convaincante pour expliquer la présence de ces molécules. Est-ce que cela signifie que nous sommes face à la première preuve de vie ancienne sur Mars ? Pas encore, d’autant plus que nous manquons de moyens pour analyser plus en détail cet échantillon, avant d’avoir une certitude sur la question. La réponse viendra peut-être si une mission de retour d’échantillons martiens voit le jour…