Pour que le bien triomphe, insiste Gandalf en d’autres mots, il appartient à chacun de faire sa part, à sa mesure, dans le champ qui lui est donné de moissonner.
Le pape appelle à « désarmer » l’IA pour « l’empêcher de dominer l’humain »Un clin d’œil malicieux
Il est facile de prêter des intentions au Pape. Et beaucoup ont vu dans cette citation une réponse aux apôtres de la technologie qui – depuis la Silicon Valley – aiment citer Tolkien et le Seigneur des Anneaux au service de leurs ambitions et d’une lutte manichéenne entre le bien et le mal. Léon profiterait de son encyclique pour retourner leur référence culturelle en un clin d’œil malicieux. Et c’est vraisemblable.
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Mais plus profondément, Gandalf et Tolkien servent le propos du Pape qui rappelle que « la civilisation de l’amour ne naît pas d’un geste unique et spectaculaire, mais d’une somme de petites et tenaces fidélités faisant barrage à la déshumanisation. C’est pourquoi il vaut la peine de s’arrêter et d’examiner la manière dont chacun dans son domaine peut contribuer à sa construction ». Comment ? Par des vertus quotidiennes et d’apparence banales : en choisissant les mots que nous utilisons pour qu’ils soient au service du dialogue et de la justice, en adoptant le regard des victimes…
Le petit Frodon Sacquet
Attention, il ne faudrait pas réduire à ces petits gestes individuels le propos de Léon XIV. Ils ne suffiront pas. Face aux graves défis que pose l’IA, Magnifica Humanitas appelle à des réflexions et des réponses structurelles. Néanmoins, le Pape bâtit son encyclique sur la doctrine sociale de l’Église. Celle-ci, depuis plus d’un siècle, réfléchit aux conditions de travail indispensables pour que chaque personne puisse grandir en dignité et développer ses talents. Or, au cœur de la doctrine sociale de l’Église se trouve le principe de subsidiarité. Le terme est un peu compliqué, mais il veut dire que chaque décision doit être prise au niveau le plus bas d’un organigramme. Dans une société, « ce que les personnes, les familles, les communautés locales et les corps intermédiaires peuvent faire ne doit pas être assumé par des instances supérieures », précise le Pape. « Ce principe encourage à dépasser toute forme de gestion paternaliste ou d’assistanat. » Il encourage donc les dirigeants à faire confiance aux citoyens. On le voit dans le Seigneur des Anneaux. Même face au pouvoir maléfique de Sauron, le petit Frodon Sacquet, hobbit ordinaire, peut prendre sa responsabilité et porter le fardeau de l’anneau pour faire triompher le bien. Et cela, pour autant que chacun fasse sa part autour de lui.
« Le principe de subsidiarité s’applique de manière particulière dans le contexte de la révolution numérique », souligne encore le Pape pour conclure un de ses propos. Les grands ténors de l’IA bénéficient en effet d’un pouvoir inédit sur la vie du monde. Leurs outils numériques sont d’une puissance inégalée. Ils ont donc un devoir de transparence. « Dans les choix relatifs aux flux économiques et aux plateformes numériques, dans la gouvernance des données et des algorithmes, on ne peut permettre que seuls quelques acteurs orientent les processus. » Il y va de la paix et de la démocratie : chaque personne est digne par le simple fait d’exister, note Léon ; chaque personne est indispensable et a quelque chose à dire au monde. Elle doit donc avoir voix au chapitre pour contribuer au bien et pouvoir cultiver le champ qui lui est confié.