Ce que vous allez apprendreLa contraception est en mutation : 28 % des femmes utilisent des méthodes non médicales, 8 % aucune contraception.Un retour au « naturel » est observé en raison de crainte des hormones et défiance envers la médicalisation.Ces pratiques contraceptives plus diverses appellent des conseils contraceptifs mieux adaptés.
À partir des données de l’enquête Contexte des sexualités en France (CSF-2023), menée auprès de 4 420 femmes âgées de 18 à 49 ans exposées à un risque de grossesse non prévue, cette étude analyse les pratiques contraceptives et leurs déterminants. Son objectif : comprendre les ressorts du recul de la contraception médicalisée et la progression des méthodes non médicales. Les résultats ont été publiés dans le BEH n° 12-13 du 26 mai 2026.
Une diversification des pratiques contraceptives
En 2023, 8 % des femmes à risque de grossesse non prévue n’utilisent aucune contraception. Parmi les utilisatrices, 28 % ont recours à des méthodes non médicalisées, dont 8 % à des méthodes naturelles.
Ces méthodes incluent principalement le préservatif masculin ou féminin, mais aussi le diaphragme, la cape cervicale et les spermicides. S’y ajoutent les méthodes naturelles, comme le retrait ou celles fondées sur le calcul ou l’observation du cycle (température, glaire cervicale, abstinence périodique).
Pourquoi un recours aux méthodes non médicales ?
Le recours à ces méthodes s’inscrit dans une évolution du rapport à la santé et à la contraception. Plusieurs facteurs sont avancés : une insatisfaction croissante vis-à-vis des méthodes hormonales, liée à la crainte d’effets indésirables, mais aussi une recherche de « naturalité » et un rejet de la médicalisation.
Ces choix s’inscrivent dans des évolutions sociétales plus larges : défiance envers les technologies médicales, préoccupations environnementales liées aux hormones, et revendications féministes autour du partage de la charge contraceptive.
Ils sont également associés à une faible activité sexuelle et à des intentions de grossesse nuancées, certaines femmes acceptant l’éventualité d’une grossesse non prévue.
Des profils d’usage contrastés
« L’absence de contraception demeure fortement corrélée à l’origine sociale, confirmant son rôle de marqueur d’inégalités persistantes », soulignent les auteurs.
Le profil des utilisatrices de méthodes non médicalisées apparaît plus complexe : les femmes nées à l’étranger y recourent plus souvent, ce qui peut traduire une moindre familiarité avec le système de soins ou des difficultés de prise en charge. À l’inverse, les femmes les plus diplômées sont également plus enclines à les utiliser, tandis que les ressources économiques influencent peu ces pratiques.
Ces comportements sont liés à une faible activité sexuelle et à des intentions de grossesse nuancées. Ils s’inscrivent dans un contexte de diversification des pratiques sexuelles – avec une diminution des rapports vagino-péniens et un développement des pratiques sans risque de grossesse – rendant les approches de prévention standardisées moins adaptées.
Repenser les stratégies de prévention
Face à cette diversité de pratiques, les auteurs appellent à repenser les stratégies de prévention dans une approche moins uniforme. « Cette approche repose sur une éducation à la sexualité englobant le continuum contraception-IVG et sur un accès facilité via les pharmacies et des services en ligne homologués », concluent-ils.
IVG et contraception : un continuum
Le recours à l’interruption volontaire de grossesse (IVG) ne s’oppose pas à la contraception, mais s’inscrit dans un continuum de prévention des grossesses non prévues. L’étude souligne que certaines femmes utilisant des méthodes moins efficaces maintiennent cette possibilité en cas de grossesse non souhaitée.
En France, environ 251 270 IVG ont été réalisées en 2024, soit une hausse de 3 % par rapport à 2023, selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees).