Des trous de l’épaisseur d’un cheveu
Fabriquer ces empennages demande une précision ultime (« la tolérance est celle de l’épaisseur d’un cheveu ») dans des matériaux de dernier cri. L’enjeu ? Assurer la furtivité de l’avion, l’un de ses atouts majeurs. « Nous sommes désormais l’un des rares pays au monde à maîtriser cette technologie », souffle Yves Delatte, le patron de la Sonaca. La nouvelle usine wallonne possède ainsi l’une des cinq machines sur la planète permettant cet assemblage.
Et le travail ne va pas manquer à Gosselies. Dans un premier temps, le fabricant américain du F-35, Lockheed Martin, a demandé aux Belges de fabriquer des empennages pour 400 de ses aéronefs. Un contrat qui devrait avoir des retombées économiques de 400 millions d’euros pour notre pays sur plus de dix ans. « On va commencer par un rythme de 30 empennages par an, puis nous allons monter en cadence pour arriver à 45 », nous explique-t-on.
« Nous sommes désormais l’un des rares pays au monde à maîtriser cette technologie. »
Ces pièces belges sont fabriquées par le consortium BeLigthning qui regroupe trois entreprises. Asco fabrique l’ossature interne de l’empennage à Zaventem, la Sabca développe, elle, la « peau » enveloppante permettant notamment la furtivité de la pièce à Lummen (Limbourg), tandis que la Sonaca assure l’assemblage final à Gosselies. Le trio, soutenu par la SFPIM, le bras financier fédéral, a mis près de 200 millions d’euros pour construire cette ligne de production.
Avantage à la Wallonie
Entre Zaventem, Lummen et Gosselies, la répartition régionale est quasiment assurée, même si sur les 200 emplois créés, une majorité le sera en Wallonie. « C’est magnifique ! Ici dans le pays noir, nous lance un Theo Francken ministre de la Défense (N-VA) en pleine forme (il qualifiera notamment les avions européens, le Rafale et le Gripen, de « petits programmes »). C’est assez ironique que cela profite au bastion du PS ».
Le regard est tourné vers le bourgmestre de Charleroi, Thomas Dermine (PS), également présent à cette inauguration et dont le parti a multiplié les critiques après le choix du F-35 par la Belgique. « Je vois que M. Dermine est très content, renchérit le premier ministre Bart De Wever (N-VA). J’espère qu’il transmettra ce message positif à ses collègues au parlement ».
« Un discours populiste stupide », dixit De Wever
Immanquablement muni de son costume trois pièces, malgré une chaleur suffocante, le « Premier » a remis une pièce dans la machine. « Ceux qui ont un discours populiste stupide ne savent pas quelle partie cruciale du F-35 est fabriquée ici. » Le nationaliste flamand a défendu les lourds investissements consentis par son gouvernement en matière de Défense.
Selon lui, les retombées économiques seront au rendez-vous pour la Belgique. « Il ne faut pas opposer sécurité et prospérité, comme le font certains. » Questionné sur les craintes d’un manque de souveraineté lorsque notre armée utilise ses F-35, comme l’ont pointé certains spécialistes, Bart De Wever réplique. « Le F-35 est avant tout un avion global. Si vous êtes un membre loyal et faites de votre mieux au sein de l’Otan, vous gagnez votre indépendance. Vive l’Otan. Pour toujours. »
Très loin du « contrat du siècle »
D’aucuns souligneront toutefois que ces retombées économiques du F-35 sont à des années-lumière du « contrat du siècle » que la Belgique avait signé pour le F-16. Un contrat qui avait permis à des entreprises comme la Sonaca ou la Sabca d’acquérir leur statut d’acteur mondial. L’histoire est différente. « La Belgique est entrée trop tard dans le programme du F-35, contrairement aux Pays-Bas par exemple, qui en récolte désormais les fruits », regrette Yves Delatte.
Bill White, fidèle à son mentor
Mais selon le CEO, grâce à cette expertise acquise avec le F-35, notamment en termes de furtivité, la Belgique est désormais idéalement placée pour initier les programmes des futurs avions de chasse. « Peu importe qu’ils soient européens ou américains. »
Des propos qui raviront l’ambassadeur des États-Unis en Belgique, Bill White, qui, invité à signer le premier empennage, reprendra le mot d’ordre de son mentor Donald Trump : « La paix par la force ». Thomas Dermine (« Dura lex sed lex ») et Bart De Wever (« Si vis pacem, para bellum ») choisiront eux le latin. Une langue universelle, on vous disait.