L’asymétrie du PS : implacable avec Kir, protecteur à Anderlecht

Le PS s’oppose fermement à un tel dispositif. « Ahmed Laaouej et le PS mettent une grosse pression sur Boris Dilliès, le MR, et les autres partenaires, afin qu’ils ne votent pas en faveur de cette commission d’enquête », glisse un insider.

Pour les socialistes, le texte déposé conjointement par le MR et Anders est vécu comme un coup de canif dans le contrat de mariage de la majorité. « On ne fait pas ça à un partenaire ! », s’irrite un cadre du parti.

Un agacement publiquement relayé dans nos colonnes ce jeudi par Karine Lalieux (PS) : « En trente ans de carrière, je n’ai jamais vu des partenaires réclamer une commission d’enquête avant même d’avoir entendu la ministre de tutelle ! »

Cette posture de protection tranche avec l’intransigeance – légitime au vu des éléments soulevés – affichée le même jour par Ahmed Laaouej dans le dossier de Saint-Josse. Soutenu par son gouvernement, le ministre bruxellois des Pouvoirs locaux n’a pas hésité à enclencher une tutelle coercitive historique pour démanteler le « système Kir ». Mais si le socialiste se montre implacable avec son ancien rival exclu en 2020, il semble nettement moins enclin à lâcher son proche, Lotfi Mostefa, à Anderlecht.

Saint-Josse mise sous tutelle coercitive : le gouvernement bruxellois active « l’arme atomique » contre le « système Kir »

La ligne socialiste a le mérite d’être claire sur le Foyer anderlechtois: circulez, il n’y a rien à voir. Toutes les procédures d’attribution de logement ont été respectées, martèle le PS.

Menace de rupture et textes concurrents

Quoi qu’il en soit, les devoirs d’enquête du parquet de Bruxelles entreprises ce jeudi – qui a mené plusieurs perquisitions au Foyer anderlechtois et chez son président – démontrent que le dossier est loin d’être enterré par la justice. Mercredi soir sur X, Frédéric De Gucht, président d’Anders, a carrément brandi la menace d’une rupture de coalition : « Nous ne laisserons pas étouffer cette affaire. Une commission d’enquête n’est pas une option, c’est une obligation. »

Le gouvernement, qui a mis plus de 600 jours à se former, risque-t-il pour autant de tomber ? L’hypothèse est peu probable.

« De Gucht exige des garanties pour sa commission parlementaire. Or, cette minorité de rechange, il risque de la trouver assez facilement dans l’opposition pour faire passer son texte, donc il ne quittera pas le navire », tranche une source gouvernementale. « Et puis, franchement, personne n’a envie de se retaper deux ans de négociations. »

D’autres sont pourtant moins sereins. Deux propositions s’affrontent au Parlement : l’une, ciblée, émane d’Ecolo et vise spécifiquement le Foyer anderlechtois ; l’autre, portée par le MR et Anders, élargit le spectre à l’ensemble des SISP (Sociétés immobilières de service public), au risque de noyer le poisson.

Il n’est pas exclu que les deux textes se neutralisent si le MR refuse de voter le texte d’Ecolo, et inversement. « Si le PS joue intelligemment le coup, avec le soutien du PTB, ils peuvent encore éviter la commission d’enquête », prévient un député.

Vers une paralysie par représailles

Chez les libéraux, la tension est tout aussi palpable. Boris Dilliès semble subir les événements, tandis que Georges-Louis Bouchez donne le « la » depuis les coulisses, mais aussi sur la VRT où le Montois plaidé personelement pour une commission d’enquête. « Le PS dit qu’il n’y a rien (au Foyer anderlechtois. Alors qu’ils le prouvent ».

Alors que le président du MR se veut offensif dans le dossier du Foyer, d’autres libéraux bruxellois craignent d’avoir été trop loin avec le PS. Mais l’heure n’est plus au repli. Ce jeudi, Halina Benmrah (MR), échevine anderlechtois de la Mobilité et de l’Égalité des chances, a dénoncé un climat « hostile, anxiogène et politiquement malsain » au sein de la majorité anderlechtoise.

« Celui qui ne vote pas en faveur de la commission d’enquête lundi a probablement quelque chose à se reprocher », avertit le député bruxellois Olivier Willocx (MR). « Ne pas faire toute la lumière est irresponsable alors qu’on investit encore 400 millions d’euros pour refinancer la SLRB. »

Le gouvernement survivra sans doute à la journée de lundi, mais le prix à payer pourrait être la paralysie. « Le PS fait du Foyer anderlechtois une question de parti. Ils ne feront pas tomber le gouvernement, mais il y aura des représailles », résume une source bien informée.

Ce blocage risque de s’enkyster durant de longues semaines, chaque camp neutralisant méthodiquement les projets de l’autre. Le fait que la désignation de Marie-Pierre Fauconnier à la tête de Bruxelles Environnement ait été remise in extremis à l’agenda du gouvernement – avant d’être à nouveau bloquée ce jeudi – pourrait constituer le premier indice de cette nouvelle dynamique.

La solution passera inévitablement par une « paix des braves », où chaque formation devra décrocher son trophée pour sauver les apparences. Et relancer la dynamique d’un gouvernement qui, cent jours à peine après sa naissance, traverse déjà sa première crise existentielle.