Ce septuagénaire a été admis aux urgences de Mont-Godinne le 23 avril 2023 à 21h09 pour un accident vasculaire cérébral (AVC) dont les premiers symptômes sont apparus la veille. Quelques heures plus tard, lors de son admission au sein du service de neurologie, un test de déglutition appelé test de Toronto a été réalisé. Objectif : s’assurer de la bonne déglutition du patient et de sa capacité à pouvoir manger normalement. Un test concluant.

Cela ne l’empêchera pas d’être victime d’une fausse route alimentaire en avalant un morceau de steak, le 27 avril 2023. Coincé dans sa trachée, celui-ci l’a privé d’oxygène durant plusieurs minutes. Une asphyxie qui le plongera dans le coma. Les gestes de réanimation et les manœuvres pour tenter d’extraire ce morceau de viande entraîneront par ailleurs une infection bronchopulmonaire. « La décision de procéder à une désescalade thérapeutique et d’arrêter le traitement a été prise le 3 mai et le décès constaté le 4 mai », rappelle le président.

« Imprévisible qu’il avale le gros morceau »

La première aide-soignante a réalisé le test de Toronto. Elle a été formée pour, par les infirmiers. Un test en 10 étapes qui consiste à faire boire de l’eau au patient et à le faire prononcer après chaque déglutition le son « AAA ». « À chaque fois, le son était bon. S’il avait raté le test, je l’aurais signalé à l’infirmier qui l’aurait lui-même indiqué au médecin », explique-t-elle. Les plaignants estiment qu’elle n’a pas apprécié adéquatement ce test.

L’autre dame que la partie civile accuse d’avoir commis une faute, c’est une logopède qui a eu deux contacts avec le patient les 25 et 26 avril. Les plaignants estiment qu’au vu de l’impossibilité de communiquer avec lui, elle aurait dû considérer le test de Toronto comme non fiable. « J’ai constaté une paralysie faciale au niveau inférieur gauche. La mobilité de la langue était par ailleurs bonne », a expliqué la logopède. Celle-ci précise que ne maîtrisant pas le géorgien, il était difficile pour elle d’analyser la phonétique. « Mais il n’y a pas forcément de lien entre le trouble de la parole et celui de la déglutition », précise-t-elle, interrogée à ce sujet par le président.

Enfin, la seconde aide-soignante est celle qui a servi le repas à l’origine du décès. « J’ai coupé la moitié du steak en petits morceaux, comme pour un enfant. Il m’a alors dit « c’est assez ». J’ai laissé l’autre partie du steak sur le côté. » Elle aurait dû tout couper, ou retirer le gros morceau de l’assiette, selon la partie civile.

S’il n’y a eu aucune constatation matérielle officielle après le drame, il apparaît selon plusieurs membres du corps soignant que c’est ce gros morceau d’environ 5cm de diamètre qu’aurait avalé le patient. « Qu’il le gobe au lieu des petits était totalement imprévisible », lance Me d’Hondt, pour la défense.

Quelle responsabilité pour le CHU ?

La partie civile estime que le CHU UCL Namur a aussi sa part de responsabilité dans ce décès. Me Lombaerd pointe premièrement le rapport du médecin légiste. « Vu la proximité avec cet AVC, il lui apparaît étonnant qu’un repas avec une viande non moulue a été donné. D’ailleurs, depuis ce drame, le steak a été retiré des repas et un régime spécial AVC est d’application. Pourquoi avoir décidé de cela ? La précaution, la prévoyance. Mais c’est une décision qu’il aurait fallu prendre plus tôt. L’hôpital est tenu de vérifier que l’alimentation offerte n’est pas de nature à mettre en danger ses patients. »

La défense rappelle que les deux jours précédents cette fausse route alimentaire, le patient a mangé du steak haché et de la blanquette de veau, sans le moindre problème. « Se positionner sur la texture de l’alimentation ne fait par ailleurs pas partie de l’objet social du CHU. Sa seule obligation est de prévoir de la nourriture et de répondre aux obligations sanitaires », rétorque Me d’Hondt, suivi par le ministère public. « L’hôpital doit fournir la nourriture. Mais à qui et comment ? Cela relève de choix thérapeutiques. »

Le parquet de Namur considère ne pas avoir suffisamment d’éléments au niveau pénal pour requérir autre chose qu’un acquittement général. À l’instar de la défense.

Jugement le 25 juin.