Avec la réforme du chômage, opérationnelle depuis quelques mois désormais, la réforme des Pensions était, pour le gouvernement fédéral, l’un de ses principaux chevaux de bataille de la législature. Dans la nuit de jeudi à vendredi, elle a été définitivement entérinée par le vote des députés de la Chambre des représentants. Un vote majorité contre opposition, moins l’abstention des libéraux flamands (Anders).

L’objectif de l’Arizona est clair : inciter les travailleurs à rester plus longtemps actifs. Avec des moyens incitatifs : un bonus pension pour ceux qui décideraient de continuer à travailler après avoir atteint l’âge de la retraite (67 ans aujourd’hui). Des moyens coercitifs surtout : ceux qui partiront trop tôt ou en n’ayant pas accumulé suffisamment d’années de travail effectif ne pourront pas revendiquer le paiement complet de leur pension. Explications.

Ce qui ne change pasPremière chose importante à savoir : les nouvelles règles ne concerneront que ceux qui ne peuvent pas prendre leur pension avant la fin de l’année. Prenons l’exemple fictif de Michel et Marianne. Le premier prend sa pension en décembre mais compte encore un peu travailler après : lorsqu’il prendra effectivement sa pension, ce sont les anciennes règles qui prévaudront. Pour Marianne, qui devait prendre sa pension l’an prochain, les nouvelles règles seront de mise.Loi-programme, réforme des pensions, énergie … : voici les différents textes adoptés par la Chambre cette nuitEnsuite, l’âge officiel du départ à la retraite ne change pas : il reste fixé, de base, à 67 ans. Et pour bénéficier d’une pension complète, il faut avoir travaillé pendant 45 ans. Toutefois, celui qui, par exemple, a commencé de travailler à 18 ans peut prendre sa retraite à 63 ans s’il a travaillé durant 45 ans.Ce qui changeDans l’ancien système, il fallait avoir travaillé au moins 104 jours par an pour que l’année travaillée soit considérée comme complète et soit prise en compte dans le calcul. Désormais, il faudra avoir bossé pendant minimum 156 jours par an. Sauf la première année de travail, où l’on reste à l’ancien statut de 104 jours. « Les années durant lesquelles vous avez travaillé au moins à mi-temps seront prises en compte pour l’accès à la pension anticipée sans malus pension », rassure toutefois le ministre en charge, Jan Jambon (N-Va).Ensuite, il sera désormais possible de partir à la pension anticipée à partir de 60 ans à condition d’avoir travaillé pendant 42 ans (contre 44 à l’heure actuelle) et minimum 234 jours par an. Néanmoins, le travailleur ne touchera que 42/45e du montant total de la pension qu’il aurait perçue en travaillant durant 45 ans.« Aucun effort exigé des plus riches », « Les gens en ont assez »… : l’opposition vent debout contre les mesures votées cette nuit à la ChambreUn système de bonus va être introduit. Un travailleur pourra bénéficier d’une prime de 5 % s’il continue de travailler après l’âge légal de la pension à condition qu’il ait travaillé 156 jours par an durant au moins 35 ans et d’avoir cumulé 7.020 jours de travail sur l’ensemble de sa carrière. Dans ce calcul, les jours de maladie ne sont pas considérés comme prestés.Qui dit bonus dit également malus. En cas de retraite anticipée sans remplir les conditions nécessaires (156 jours par an durant au moins 35 ans et 7.020 jours de travail cumulé), le travailleur verra le montant de sa pension être amputé de 5 % par année non prestée. Cinq jours de flexibilité sont toutefois tolérés sur l’ensemble de la carrière, pour éviter de tomber juste en dessous du minimum certaines années. Par ailleurs, les congés de maternité, les congés pour aidants-proches, les arrêts maladie et le chômage temporaire restent considérés comme des périodes assimilées. Le service militaire également.L’âge de la retraite des militaires (56 ans aujourd’hui, sous certaines conditions) et des cheminots (55 ans sous conditions) sera progressivement relevé pour finalement entrer dans les mêmes conditions que les autres travailleurs. Pour les fonctionnaires, les tantièmes préférentiels seront aussi supprimés.Réforme des pensions – Le PTB introduira un « recours collectif » devant la Cour constitutionnellePour les fonctionnaires, le calcul de la pension ne se basera plus sur les 10 dernières années de leur carrière. Le calcul sera progressivement étendu sur l’ensemble de la carrière, soit 45 ans. Le mécanisme de péréquation, qui permet aux fonctionnaires retraités de voir leurs pensions augmenter lorsque les salaires des fonctionnaires en activité progressent, sera supprimé.

« Pourquoi menons-nous cette réforme ? Pour garantir la soutenabilité de notre système de pension pour vous aujourd’hui mais aussi pour nos enfants et nos petits-enfants », termine Jan Jambon.

Notons que la FGTB dénonce une nouvelle loi « juridiquement fragile » et qu’à l’instar du PTB, elle entend introduire un recours à l’automne 2026 devant la Cour Constitutionnelle. À l’inverse, la Fédération des entreprises de Belgique a salué une réforme « nécessaire » et « une étape indispensable pour contenir l’augmentation des dépenses de pension ».

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