L’avocat n’a pas davantage épargné Antonino Falzone. Selon lui, les éléments du dossier démontrent que ce dernier n’était pas endormi au moment de l’impact avec le cortège carnavalesque.
Thèse de la défense rejetée
Me Mayence rejette la thèse de la défense selon laquelle le drame constituerait un homicide involontaire résultant d’un défaut de prévoyance ou de précaution.
« Quand c’est un accident, on s’arrête et on porte secours. Ce n’est pas ce qui s’est passé ici », a-t-il affirmé.
Il a rappelé que plusieurs magistrats avaient déjà considéré que le dossier contenait suffisamment d’éléments pour justifier un renvoi devant la cour d’assises pour meurtres. La qualification retenue pour Frédéric D’Andrea a notamment été renforcée après la découverte d’une vidéo montrant Paolo Falzone filmant son compteur quelques secondes avant l’impact. Selon l’avocat, cette séquence a démontré que l’accusé avait menti sur les circonstances des faits : il roulait à une vitesse excessive tout en portant son attention sur son téléphone.
La chambre du conseil puis la chambre des mises en accusation ont ainsi retenu sept meurtres et 81 tentatives de meurtre.
Une démonstration en trois temps
S’appuyant sur la jurisprudence en matière de meurtre, Me Mayence a insisté sur l’existence d’un élément moral, estimant que Paolo Falzone avait accepté les conséquences potentiellement mortelles de son comportement.
L’avocat a rappelé que l’accusé avait reconnu être conscient du risque de tuer quelqu’un en roulant à une telle vitesse.
Avant l’impact, il décrit un conducteur qui transforme sa voiture en « arme », évoquant un véhicule modifié, utilisé en mode sport, et conduit à des vitesses qualifiées d' »astronomiques ». Il souligne également l’enregistrement vidéo du compteur et le fait que Paolo Falzone connaissait parfaitement les lieux, fréquentés par des riverains et soumis à des limitations de vitesse.
Au moment de l’impact, Me Mayence affirme que l’accusé disposait du temps nécessaire pour éviter la collision. Selon lui, il aperçoit la foule mais ne freine qu’une seconde avant le choc, sans effectuer de manœuvre d’évitement. La BMW circulait alors à environ 105 km/h.
Après l’impact, l’avocat met en avant les données techniques du véhicule ainsi que les témoignages recueillis. Il estime que le conducteur a poursuivi sa route malgré la présence de victimes sur son véhicule et dans son habitacle, traduisant selon lui la continuité de l’intention homicide.
Antonino Falzone « ne dormait pas »
Concernant Antonino Falzone, Me Mayence conteste fermement la version selon laquelle il dormait au moment des faits.
Il rappelle que Paolo Falzone a déclaré à plusieurs reprises que les deux hommes étaient en train de discuter avant le drame. L’avocat évoque également le bruit généré par la vitesse du véhicule, le mode sport activé ainsi que les données téléphoniques du dossier, qu’il juge incompatibles avec un état de sommeil.
« Il s’associe totalement à ce que l’autre fait », a soutenu Me Mayence, estimant qu’Antonino Falzone suivait l’évolution de la vitesse affichée au compteur.
Enfin, il a évoqué la vidéo enregistrée peu avant le drame, dans laquelle une voix prononce « oh, oh ». Pour l’avocat, si cette voix est celle d’Antonino Falzone, cela constituerait un élément supplémentaire démontrant qu’il était éveillé au moment des faits.
L’assassinat du gille
Pour Me Mayence, les éléments du dossier ne laissent guère de place au doute : la mort du Gille Frédéric D’Andrea relève de l’assassinat et non du simple meurtre. Selon l’avocat, Paolo Falzone a agi en toute connaissance de cause.
« Voyait-il le gille ? Oui », martèle-t-il. Il s’appuie notamment sur la reconstitution. « Le juge d’instruction et les témoins ont tous affirmé qu’on voyait le gille. C’est une certitude qu’il l’a vu. »
L’avocat rappelle également plusieurs déclarations de l’accusé. À un policier, Paolo Falzone avait confié avoir tué un gille. Devant la cour, interrogé par Me Mayence, il a aussi reconnu avoir voulu « éviter » le gille. Une formulation qui, selon l’avocat, démontre qu’il avait parfaitement conscience de sa présence.
Autre interrogation soulevée par la partie civile : pourquoi avoir freiné précisément à cet endroit ? « Aucune raison », répond l’expert cité par l’avocat. Quant à l’hypothèse selon laquelle l’accusé aurait pu entendre le gille, Me Mayence fait diffuser une vidéo dans un silence total avant de secouer une apertintaille devant les jurés.
Pour l’avocat, Paolo Falzone a surtout eu le temps de choisir. Et même de renoncer. « La jurisprudence considère que le temps n’est pas un élément déterminant », rappelle-t-il.
Aucune trace de panique, selon lui. Vingt-deux secondes se sont écoulées entre le point d’impact et le freinage qui a provoqué la chute du gille. « Il a eu le geste parfait », souligne-t-il en reprenant les conclusions de l’expert. Puis le véhicule a roulé sur la victime.
« Il a délibérément choisi de rouler sur le gille alors qu’il avait le temps de changer d’avis », lance Me Mayence.
Avant sa conclusion, l’avocat marque alors un silence de vingt-deux secondes dans la salle d’audience. Le même laps de temps que celui écoulé lors des faits.
Puis il reprend : « Il a réfléchi aux gestes à poser. Et il les a posés. »