Dix jours. C’est tout ce qu’il a fallu à quatre astronautes pour réécrire l’histoire et bousculer des décennies de certitudes sur l’environnement lunaire. Artemis II, du 1er au 11 avril 2026, était un survol habité de la Lune, le premier vol humain au-delà de l’orbite basse depuis Apollo 17 en 1972, et le premier vol habité du programme Artemis piloté par la NASA. Les livres de physique avaient décrit l’espace profond. Les sondes y avaient navigué pendant des décennies. Et pourtant, quand des humains s’y sont retrouvés à bord du vaisseau Orion baptisé Integrity, ce qu’ils ont ramené n’était pas tout à fait ce qu’on attendait.
À retenir
Des phénomènes lumineux jamais observés ont été détectés à la surface lunaire pendant le survol
Les astronautes ont exploré des régions polaires de la Lune jamais contemplées par l’humanité
Des données cruciales sur la réaction du corps humain en espace profond redéfiniront les futures missions
Sommaire
Le vol le plus loin de l’histoire humaine
Des flashs inattendus sur la Lune
Le bouclier thermique : la grande incertitude résolue
Le corps humain en espace profond : terrain inconnu
Le vol le plus loin de l’histoire humaine
Les Américains Christina Koch, Victor Glover et Reid Wiseman, ainsi que le Canadien Jeremy Hansen, ont voyagé plus loin dans l’espace qu’aucun humain avant eux : à plus de 406 000 kilomètres de la Terre, soit plus de 1 000 fois plus loin que la Station spatiale internationale. Pour situer l’échelle : l’ISS tourne à environ 400 km d’altitude. Ces quatre astronautes se sont retrouvés à une distance équivalente à faire le tour de la Terre dix fois de suite, horizontalement, dans le vide absolu.
Quand Orion a basculé derrière la Lune, l’équipage a atteint la plus grande distance jamais parcourue par des êtres humains, à un peu plus de 406 000 kilomètres. C’est quelque 6 600 kilomètres plus loin qu’Apollo 13 en 1970. Un record battu discrètement, sans fanfare, dans l’obscurité totale de la face cachée de notre satellite.
Cette face cachée, justement. Les quatre astronautes ont observé directement l’hémisphère de la Lune qui se situe en permanence du côté opposé à la Terre, avec un point de vue panoramique bien supérieur à celui de leurs prédécesseurs d’Apollo. Les vols Apollo passaient à 110 kilomètres d’altitude au-dessus du sol lunaire, là où Artemis II se maintenait à environ 6 400 kilomètres, offrant une vue circulaire complète incluant les régions polaires. Une géographie que les humains n’avaient jamais contemplée à l’œil nu dans son intégralité.
Des flashs inattendus sur la Lune
C’est là que commence l’inattendu. Pendant leur survol de la face cachée, en pleine éclipse de Soleil, l’équipage a observé quatre flashs à la surface de la Lune, deux repérés par le pilote, un ou deux par Jeremy Hansen, à proximité et au sud de l’équateur lunaire, et même près du pôle Sud.
Leur expérience a permis d’immédiatement écarter l’hypothèse de reflets du Soleil sur des particules provenant des propulseurs. Selon les astronautes, ces flashs n’étaient autres que de très brefs éclairs dus à l’impact de météorites à la surface de la Lune. Une « nouvelle incroyable » pour le centre de contrôle de mission. Observer en temps réel des impacts météoritiques sur la Lune, à l’œil nu, depuis une capsule en orbite haute : personne n’avait prévu ça dans le programme scientifique.
Environ 21 % de la face cachée de la Lune a été visible pour les quatre astronautes. Ils ont beaucoup commenté les différences de luminosité : le reflet du Soleil sur les pics de zones non éclairées, des petits cratères beaucoup plus illuminés, des sommets de cratères à l’apparence neigeuse. Un chercheur en planétologie a souligné qu’Artemis II a pu identifier certaines zones d’intérêt autour du pôle Sud, une région que les missions précédentes n’avaient jamais explorée, les alunissages d’Apollo s’étaient tous effectués aux alentours de l’équateur, sur la face visible.
Le bouclier thermique : la grande incertitude résolue
Avant même le décollage, l’inquiétude principale des ingénieurs ne portait pas sur la Lune, mais sur le retour. Le bouclier thermique de la mission précédente, Artemis I, avait subi des dommages inattendus après sa récupération en 2022 : des fissures et une carbonisation plus importante que prévu avaient semé le doute sur la capacité du bouclier à protéger un équipage humain lors d’une rentrée atmosphérique à près de 35 fois la vitesse du son.
La solution adoptée par la NASA : modifier la trajectoire de rentrée. La vitesse élevée lors du retour d’Artemis I avait piégé des gaz chauds dans les couches superficielles du bouclier, endommageant certaines parties et créant des cavités inattendues. En adoptant une trajectoire incluant un premier freinage atmosphérique, puis un rebond, et enfin une véritable entrée dans l’atmosphère, la NASA a évité que cela ne se reproduise.
La capsule a traversé l’atmosphère à une vitesse initiale d’environ 38 405 km/h, créant un nuage de plasma incandescent qui a bloqué toute transmission pendant six minutes. Les quatre astronautes ont subi une force équivalente à 3,9 fois la gravité terrestre et le bouclier thermique a atteint environ 1 649 °C. Résultat ? Les conclusions du rapport d’analyse se sont révélées plus que rassurantes : le bouclier thermique n’a subi aucun dégât structurel important et a parfaitement joué son rôle.
Le bouclier a été transporté au Marshall Space Flight Center à Huntsville, en Alabama, pour une véritable « autopsie » technique, incluant des scans internes aux rayons X et des extractions d’échantillons pour comprendre comment le matériau s’est comporté au niveau microscopique. Le succès du bouclier, couplé aux excellentes performances de la fusée SLS, démontre que les leçons d’Artemis I ont été parfaitement intégrées.
Le corps humain en espace profond : terrain inconnu
Pendant leur mission, les astronautes ont servi à la fois de scientifiques et de sujets de recherche, participant à cinq études explorant les effets du voyage en espace profond sur le corps humain, le mental et le comportement, des expériences indispensables pour maintenir les astronautes en bonne santé sur des missions plus longues.
Les astronautes ont été exposés à deux types de rayonnements : les rayons cosmiques galactiques, des particules de haute énergie émanant principalement des restes d’étoiles massives ayant explosé en supernova, et les particules énergétiques rejetées par le Soleil. L’ISS bénéficie de l’effet tampon de la magnétosphère, qui protège la Terre en filtrant certains rayons cosmiques et particules projetées par le Soleil, un bouclier naturel dont Orion était totalement privé au-delà de la Lune.
Des scientifiques ont prélevé des échantillons de salive des astronautes avant, pendant et après la mission pour tester leur système immunitaire et mesurer l’impact des radiations, de l’isolement et de la distance depuis la Terre. Cette mission a aussi permis de mieux comprendre les conditions météorologiques spatiales auxquelles seront confrontées les futures missions. Ces échantillons aident les scientifiques à identifier des biomarqueurs signalant des changements du système immunitaire dus aux stress combinés de la radiation et de l’isolement, et permettent aussi d’examiner si des virus dormants se réactivent dans l’espace, comme cela avait déjà été observé précédemment.
Un détail passe souvent sous silence dans les comptes rendus officiels : les quatre astronautes ont vécu pendant dix jours dans une capsule de 9 m² habitables, avec coin cuisine, petit appareil de musculation et des toilettes qui ont, dès les premières heures du vol, posé problème. La logistique du corps humain en espace profond reste un chantier entier, et Artemis II a généré sur ce point des données que personne n’avait pu collecter depuis 1972. Une mission spatiale ne se termine pas au retour des astronautes sur Terre, et la NASA continue d’analyser les données d’Artemis II bien après l’amerrissage du 11 avril. Ce que ces chiffres diront sur la physiologie humaine en espace profond conditionnera directement la durée et la faisabilité des futurs séjours sur la Lune — et, un jour, du voyage vers Mars.
Sources : wsws.org | franceinfo.fr