Stéphane Bern : « Le Luxembourg a décidé de ma vie. C’est une histoire folle »
Ce sont finalement les éditions Le passage, « petite mais vraie maison, avec une bonne diffusion », qui accueillent l’écrivain et son texte. « J’étais super content parce que les libraires se sont mis à parler du livre, je montais dans les classements des ventes, du coup les journalistes en parlaient. Il y avait un petit emballement que je trouvais tout bonnement incroyable. »
Sa vie, pas un long fleuve tranquille
L’affaire, on s’en doute, ne s’arrête pas là. C’est un Franck Thilliez encore émerveillé qui nous la raconte. « Un mois et demi après sa sortie, des producteurs de cinéma me disent qu’ils veulent adapter La chambre des morts. Ce qui est dingue, c’est que, de rien, j’en suis arrivé à ça ! En fait, les propositions arrivaient de tous les côtés, il y en avait au moins cinq ou six sur le bureau de mon éditeur. Outre le fait que c’était génial parce que c’était inattendu, on ne va pas se mentir, il y avait aussi l’aspect financier. D’un seul coup, on parlait de montants importants. Plus de 100 000 euros pour se faire plaisir. Jusque-là, j’étais ingénieur, c’était un super métier, mais je gagnais 29 000 euros… par an. J’allais encore au boulot quand on m’a proposé d’acheter mes droits. Mon éditeur a été malin, il a fait un peu monter les enchères. » C’est finalement Charles Gassot – l’homme qui a produit La vie est un long fleuve tranquille – qui rafle la mise. « Il voulait que le film se fasse très vite et c’est vraiment là que je me suis dit que je ne pouvais pas passer à côté de ce truc de fou », se souvient l’écrivain. Le film, avec Mélanie Laurent et Gilles Lellouche, sort en 2007.
L’onde de choc de ce moment de bascule s’est largement étendue. « Je me suis dit que, peut-être, je pouvais vivre de ce métier d’écrivain… Quelques mois plus tard, en 2006, je posais ma démission de ce boulot d’ingénieur. Ça a été un acte difficile parce que mes parents m’avaient payé une grande école, ce qui n’avait pas été simple pour eux. Mon père travaillait au câblage téléphonique et ma mère était femme au foyer. Ils s’étaient bien saignés pour mes études. Du coup, arrêter une activité où un salaire tombait chaque mois, ça m’a fait quelque chose. C’était un vrai saut dans le vide », se souvient-il. Enfin, si cela n’a pas changé sa structure familiale, cette nouvelle manière de travailler a néanmoins très concrètement changé sa vie. « Je ne devais plus aller au boulot, je restais à la maison pour bosser, j’écrivais mes livres, tout seul, en espérant que ça marche pour pouvoir en vivre. Ce n’était pas rien. »
Peur du vide
Heureusement, l’inspiration ne lui manque pas. À tel point, les propositions pleuvent. « À partir du moment où les producteurs se sont rendu compte que j’écrivais des livres adaptables, ils sont venus me voir pour me proposer d’écrire des scénarios », sourit-il. « Ce changement de vie a aussi provoqué chez moi une sorte de peur du vide qui m’a fait dire oui à beaucoup de choses. Étant devenu indépendant, je me disais qu’il fallait que je comble tous les trous et, à un moment je me suis retrouvé avec trop de choses à écrire. »
Insoupçonnable, Alex Hugo, La promesse du feu, Vortex : la télévision, gourmande, lui en demande toujours davantage. Au point qu’il décide d’y mettre le holà et de revenir à l’essentiel : ses polars. « Je suis revenu au truc d’origine, ce qui est assez rigolo, quand on y pense. Ça doit être lié à l’âge, à la carrière, aux différentes périodes de nos vies », analyse-t-il. Dans L’autre moi, son dernier livre, l’auteur fait montre d’une incroyable maîtrise, doublée d’une redoutable roublardise. D’abord parce qu’il attribue la paternité du texte à un certain Caleb Traskman (que ses lecteurs connaissent bien). Ensuite parce que jusqu’à la dernière page, il manie à la perfection l’art du faux-semblant. C’eut été un scandale de laisser la télé phagocyter un tel talent.